Editorial: on ne peut prédire le futur mais on peut lire le présent avec les yeux de demain.

C’est en 2009 que j’ai écrit un texte phare « un jour ou l’autre il faudra qu’il y ait la guerre, on le sait bien … c’est le destin » .

Ce n’était pas une prévision mais un constat.

Confronté à la crise de surendettement et d’excès de capital de 2008, l’Occident avait le choix entre deux orientations :

-accepter la destruction , accepter le nettoyage de la pourriture et des dettes non recouvrables, ce qui aurait ruiné les banques, la classe financière, la haute bourgeoisie.

-pratiquer la fuite en avant, refuser le nettoyage, faire le « extend and pretend », ce qui veut dire créer des liquidités , des nouvelles dettes et prétendre qu’elles étaient bonnes avec la garantie des gouvernements et l’assurance de préteur de dernier ressort donnée par les banques centrales.

La première orientation équivalait à détruire une partie de la grande bourgeoisie et son ordre social puisque c’est elle qui détient le Capital.

La seconde orientation impliquait de s’enfoncer dans le mensonge et de transférer progressivement les pertes de la crise de 2008 sur les peuples et les contribuables par divers moyens combinés.

En mars 2009 une mesure clef a été prise , elle a consisté à modifier la législation americaine et les règles comptables afin de dissimuler les pertes des institutions financieres et des banques: on a modifie la règle comptable FASB 157 correspondante et donné aux banques la possibilité de publier des comptes fantaisistes, « marked to fantasy », pour dissimuler les pertes.

C’est un choix central un choix clef et je l’ai diagnostiqué dès la mi-mars 2009 car c’est ce que le Japon avait fait dans sa crise des années 90..

A partir de ce constat que j’ai fait clairement et explicité j’ai considéré que l’on avait fait le choix de l’orientation numéro deux, celle du « extend and pretend », le choix de la dissimulation et du transfert des pertes sur les classes moyennes et inferieures. Transfert sur les contribuables et la classe salariée.

Nous étions à un carrefour, nous avons choisi une route et je n’ai eu aucun mérite en le constatant et en prédisant qu’au bout de la route il y avait un monde conflictuel, un monde nouveau : le « extend and pretend » conduisait à une tentative de reporter la crise sur les plus faibles, a une paupérisation des classes moyennes en leur faisant supporter le poids des pertes de la classe financière et d’autre part le « extend and pretend » créait un nouvelle situation internationale dans laquelle la coopération disparaissait pour laisser la place à l’affrontement , aux luttes pour s’accaparer le surproduit mondial.

Le choix numéro deux signifiait hausse du taux d’exploitation des salariés à l’intérieur, confiscation de la productivité et gonflement des inégalités de revenus et de patrimoines.

Le choix numéro deux signifiait la fin de la coopération internationale, la compétition stratégique, la tentation du pillage, l’impérialisme, l’unipolarité exacerbée.

J’ai résumé tout cela en une formule clef:

« quand le butin se réduit les bandits s’entretuent ».

La rareté du surproduit mondial face à l’exces de capital et dettes que l’on avait refusé de reconnaitre en 2008 allait être le déterminant historique de toutes les prochaines années, la suraccumulation de dettes et de capital allaient dicter leurs lois et leurs logiques.

On allait au devant de luttes à l’intérieur des pays développés entre les classes moyennes/inferieures et les bourgeois et au devant de luttes de plus en plus stratégiques et militaires à l’exterieur entre les pays du nord surcapitalisés et les pays du sud colonisés et détenteurs de richesses primaires, main d’oeuvre et matières premières.

D’ou montée du populisme à l’intérieur et montée des tensions et rivalités stratégiques puis militaires à l’extérieur.

La guerre dont j’ai parle a cette époque avait deux faces:

-une face interieue de lutte pour extorquer plus de surproduit aux masses populaires et

-une face extérieure pour exploiter les pays en cours de développement et les grands producteurs de surproduits , surproduit de matières premières pour la Russie et surproduit de travail sous payé, la Chine

Tout a été écrit en mars 2009 mais n’a été confirmé qu’en 2010 quand les élites occidentales se sont rendues compte qu’il n’y avait pas de reprise économique vive, que le monde se trainait et qu’il était illusoire d’espérer que la croissance allait pouvoir résorber le surendettement, les dettes, l’excès de capital l’excès de création monétaire intervenus depuis 2009.

Bernanke a declaré « nous avons sauvé l’ordre du monde » .. mais il s’est bien gardé de retirer les dopages et les politiques monetaires non conventionnelles, il a renforce le choix de la fuite en avant et le « extend and pretend » par les QE , c’est a dire le choix du transfert de la charge de la crise sur les classes moyennes à l’interieur et sur les pays en développement, les pays du sud à l’extérieur.

Stagnation du pouvoir d’achat domestique et Cantillon systematique et, au plan mondial dollar roi qui exerce son prélèvement imperial par dilution accelerée.

Le futur est imprevisible disait Lacan mais on peut donner l’impression que l’on connait l’avenir en lisant le présent avec les yeux de demain.

On ne peut prédire le futur mais on peut lire le présent avec assez de clairvoyance pour comprendre les choix qui sont faits à un moment donné.

Observez la montée de l’extrême droite en Europe. Avec 24 % des voix, c’est un niveau jamais atteint depuis les années 1930. Réfléchissez-y. Et considérez le point de bascule : 2010. C’est la crise financière. Ça a toujours été la crise financière. Ni la culture, ni l’immigration, mais l’économie.

L’IRRESISTIBLE MONTEE DU POPULISME EST PRODUITE PAR LA CRISE ET LE REFUS DE NETTOYER LA POURRITURE. ON A ETALE LA DESTRUCTION DE L’ORDRE SOCIAL

Regardez la courbe noire!

Une réflexion sur “Editorial: on ne peut prédire le futur mais on peut lire le présent avec les yeux de demain.

  1. Sans être objectivement recherchée la montée de l’extrême droite devient l’intérêt objectif de la haute bourgeoisie lorsqu’elle est acculée car cela dévie la colère vers des confrontations horizontales.

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