Thomas Hobbes a prononcé la célèbre phrase « l’homme est un loup pour l’homme » (en latin, homo homini lupus).
Bien qu’empruntée à Plaute elle a été popularisée par Hobbes; dans son De Cive (1642), il capture l’essence de sa vision anthropologique pessimiste. … et de la mienne !
Dans le Léviathan (1651), Hobbes développe une théorie matérialiste de la nature humaine où les individus sont mus par des désirs incessants, sans notion objective de bien ou de mal au-delà de leurs appétits personnels.
« Ce qu’un homme désire ou convoite, il le qualifie de bien ; ce qu’il a en horreur, il le qualifie de mal. […] Le bonheur est un progrès continu du désir d’un objet à l’autre, l’obtention du premier n’étant jamais qu’un chemin vers le second. […] Je postule que toute l’humanité est animée d’une soif perpétuelle et insatiable de pouvoir, qui ne prend fin qu’avec la mort. »
Ceci est une traduction fidèle de différents passages clés du Léviathan
La traduction française provient directement des chapitres 6, 10 et 11 du Léviathan (Partie I : « De l’Homme »).
Voici les équivalents en anglais original, pour précision :
- Sur le bien et le mal : « Whatsoever therefore is the object of any man’s Appetite or Desire; that is it, which he for his part calleth Good: And the object of his Hate, and Aversion, Evill. » Hobbes relativise la morale : le « bien » n’est pas une valeur absolue, mais ce qui attire l’individu, tandis que le « mal » est ce qui le repousse. Cela découle de sa vision mécaniste de l’homme comme une machine en mouvement, où les passions (appétits et aversions) dictent les jugements.
- Sur le bonheur : « Felicity is a continuall progresse of the desire, from one object to another; the attaining of the former, being still but the way to the later. » Pour Hobbes, le bonheur (ou « félicité ») n’est pas un état statique de contentment, comme chez Aristote, mais un processus dynamique de « toujours plus », et insatiable. Atteindre un désir n’apporte qu’un plaisir éphémère, poussant vers le suivant. Cela exclut toute idée de repos final dans cette vie, car les désirs humains sont infinis.
- Sur le pouvoir : « I put for a generall inclination of all mankind, a perpetuall and restlesse desire of Power after power, that ceaseth onely in Death. » Hobbes postule que l’humanité est animée par une « soif perpétuelle et insatiable de pouvoir » non pas toujours par pure avidité, mais souvent par peur : accumuler du pouvoir assure la survie dans un monde où les ressources sont limitées et les conflits inévitables.
Ces idées forment le socle du contrat social hobbesien : pour échapper à cette anarchie, les individus cèdent leur liberté naturelle à un souverain absolu, qui impose la paix par la force. Hobbes n’idéalise pas cette poursuite des désirs ; il la voit comme une fatalité humaine, justifiant un autoritarisme pour la contenir.
Ma comparaison avec Jeffrey Epstein applique cette anthropologie hobbesienne à un cas contemporain d’élite débridée. Epstein n’a pas explicitement revendiqué une « devise » inspirée de Hobbes
MAIS IL L’A MISE EN PRATIQUE CE QUI EST BIEN PLUS INTERESSANT POUR QUELQU’UN COMME MOI QUI ANALYSE LE MONDE FACON DIALECTIQUE, OBJECTIVE ET MATERIALISTE.
Son mode de vie et son réseau évoquent précisément cette « soif insatiable de pouvoir » et cette relativisation du » couple bien/mal » qui fait penser au Marquis de Sade et à ses désirs.
Epstein, financier autodidacte, certainement animé d’une formidable volonté de puissance Nietzschéenne est devenu multimillionnaire, il a bâti un empire sur des connexions avec des puissants (familles royales, scientifiques, politiciens, milliardaires), via des services sexuels et du chantage. Epstein a confisqué, extorqué une partie de la part maudite de nos sociétés, de cette part maudite dont les 1% veulent s’approprier le monopole. J’entends « part maudite » au sens de Bataille et à son univers de transgression.
Ses îles privées et ses fêtes notoires symbolisent une quête effrénée de plaisirs charnels et surtout de dominations, ou dans certains cas de Potlach où l’obtention d’un « objet » (pouvoir, sexe, influence) n’est qu’un pas vers le suivant.
Dans les millions de pages des « Epstein Files » déclassifiées par le DOJ (incluant des témoignages, e-mails et rapports du FBI), des centaines de noms d’élites transatlantiques émergent : Bill Clinton, Donald Trump, le prince Andrew, Alan Dershowitz, et bien d’autres.
Ces documents révèlent non seulement des visites répétées à ses propriétés, mais aussi des dynamiques de pouvoir où le « bien » semble défini par ce qui satisfait les appétits personnels, sans égard pour la morale collective.
Epstein incarnait peut-être un « Léviathan » inversé : au lieu d’un État contenant les désirs, son réseau opérait comme un état de nature privatisé, exacerbant les désirs, où les puissants s’affranchissaient des lois pour poursuivre cupidité et plaisirs.
Si Hobbes voyait le pouvoir comme un moyen de survie, chez Epstein et ses associés, il devient un fin en soi, perpétuant un cycle de désir jusqu’à la mort.
Cela s’applique en effet aux « membres prétendument respectés de l’establishment » : les dossiers montrent comment des figures influentes – de la finance à la politique – ont fermé les yeux sur des abus pour préserver leurs propres intérêts et satisfaire leurs desirs les plus bas..
C’est une illustration moderne de la compétition hobbesienne pour le pouvoir, où l’absence de conscience morale réelle permet à la « guerre de tous contre tous » de se jouer en coulisses.
Hobbes n’est absolument pas un produit ou un fondement de la société libérale moderne , non c’est un homme éternel à l’état de nature, pervers polymorphe, vicieux, égoïste, cynique.
Adam Smith, influencé indirectement, commence à civiliser cet homme éternel , à le rendre politiquement et hypocritement correct; ce loup, il le transforme; cette « cupidité », il la conceptualise en « main invisible » où les désirs personnels profitent à la société.
Hobbes, lui, propose un souverain absolu pour canaliser ce loup pour l’homme.
C’est peut être ce qu’essaient de faire les techno-féodaux copains d’Epstein , « transformer les loups pour l’homme en moutons pour eux » afin que eux, les derniers loups puissent chasser en meutes!
Le « Léviathan » contemporain – États et institutions – n’est plus assez fort pour contenir ces loups, car il est lui-même corrompu par eux.