RJ Brooks
Les États-Unis publient des tonnes de données, mais la seule qui intéresse vraiment les marchés, ce sont les chiffres de l’emploi.
À l’époque où je travaillais à Wall Street, le brouhaha était constant sur le parquet de Goldman Sachs, mais ce brouhaha laissait place à un silence de mort quelques minutes avant la publication des chiffres de l’emploi.
Si ces chiffres étaient bons, la salle des marchés explosait de joie et de cris de « USA, USA… ». S’ils étaient mauvais, c’était la déception générale. Aucune autre publication de données ne provoque un tel effet.
Les chiffres de l’emploi publiés hier et la réaction du dollar ont marqué un tournant important.
Depuis 2014, les bonnes surprises économiques ont fait grimper le dollar, mais cela n’a pas toujours été le cas.
Dans les années qui ont suivi la crise de 2008, la Fed a eu recours à de multiples programmes d’assouplissement quantitatif pour plafonner les rendements des bons du Trésor. Cela a incité les marchés à vendre des dollars lorsque des données économiques étaient positives, car ils estimaient que ces surprises positives – du fait de l’intervention de la Fed – faisaient baisser les taux d’intérêt réels.
Compte tenu des fortes pressions politiques exercées sur la Fed, je pense que nous allons revenir à cette corrélation négative, ce qui explique pourquoi j’ai revu mes prévisions concernant la faiblesse du dollar dans mon analyse pour 2026.

Le graphique ci-dessus présente les surprises mensuelles concernant les créations d’emplois par rapport au consensus Bloomberg (en écarts-types) et la variation du rendement des obligations du Trésor à 2 ans les jours de publication des chiffres de l’emploi (en points de base) depuis janvier 2006.
Comme prévu, on observe une corrélation positive entre les deux : une surprise positive entraîne une hausse des rendements, alimentée par les anticipations d’un resserrement de la politique monétaire.
De fait, la hausse du rendement à 2 ans enregistrée hier était légèrement supérieure à la normale, ce que représente la ligne de régression en pointillés noirs. Les marchés anticipent un resserrement monétaire plus marqué de la Fed qu’auparavant.

On aurait pu penser que la bonne surprise d’hier et la hausse du rendement à 2 ans auraient soutenu le dollar, mais cela ne s’est pas produit. Le graphique ci-dessus présente les mêmes surprises concernant l’emploi en abscisse, mais cette fois-ci la variation en pourcentage du dollar par rapport aux principales devises en ordonnée. Le dollar est resté stable, ce qui est assez remarquable compte tenu de l’évolution des taux.
J’y vois le signe d’un renversement de corrélation imminent : la Fed étant perçue comme de plus en plus politisée, les marchés déprécieraient le dollar malgré de bons indicateurs économiques.

Ce renversement de corrélation explique, selon moi, le nouveau plus bas atteint hier par le dollar face aux marchés émergents, comme l’illustre la ligne noire du graphique ci-dessus.
Cet indice est le meilleur indicateur avancé de l’orientation du dollar, car il est bien moins volatil que le dollar face aux devises du G10.
Nous entrons dans une nouvelle ère. La croissance américaine sera fulgurante cette année. Mais le dollar va baisser.