Lisez le texte du Global Times ci dessous, il est clair équilibré et raisonnable.
C’est un appel à l’autonomie européenne . C’est le cœur du message.
L’Europe, avec son marché unique, l’euro et son poids économique (environ 16-18% du PIB mondial), a les outils pour être plus indépendante. Historiquement, sa « puissance normative » (basée sur des valeurs, des règles et du soft power) est une force, mais elle est devenue vulnérable et cette puissance normative est un handicap face à la realpolitik brute.
L’idée de passer d’une « dépendance passive » à une « action proactive » est sage.
Des exemples concrets comme le développement d’une défense européenne (via l’UE ou des initiatives comme PESCO) ou une diplomatie unifiée pourraient effectivement renforcer l’Europe dans un monde multipolaire.
La référence à Wang Yi (le ministre chinois des Affaires étrangères) est astucieuse : elle illustre le risque d’un monde sans règles, où les petits finissent « au menu ».
C’est une piqûre de rappel universelle, pas juste anti-américaine.
Cet editorial chinois est tout sauf marxiste, c’est un travail presque de Think Tank gouvernemental européen. C’est comme si ce texte avait voulu adopter le mode de pensée mécaniste, positiviste, linéaire, occidental !
Il propose des pseudo solutions volontaristes, subjectives dans un monde qui est dominé par des forces objectives, réelles , systémiques. matérielles et sociales: si l’Europe est comme elle est, vassale, menacée, reléguée c’est en vertu de sa position, dans le système occidental hiérarchisé, de satellite économique, satellite dominé par une bourgeoisie domestique de type comprador.
Cette bourgeoisie profite de sa position dans l’ordre occidental unilatéral/impérial américain, elle en recueille les miettes, elle n’a qu’un intérêt, le sien et son seul projet est .. que cela dure.
Editorial du Global Times
A la veille de la 62e Conférence de Munich sur la sécurité, les organisateurs ont publié le Rapport de Munich sur la sécurité 2026. La couverture présente un éléphant imposant accompagné du titre « En destruction » – la cible de cette description est on ne peut plus claire.
L’année dernière, le vice-président américain J.D. Vance avait sermonné l’Europe sur un ton condescendant lors de la conférence, laissant de nombreuses élites européennes visiblement inquiètes. Cette année, la délégation américaine sera dirigée par le secrétaire d’État Marco Rubio. Son discours semblera peut-être un peu plus mesuré que celui de Vance, mais les tensions dans les relations transatlantiques se sont déjà accentuées.
De la menace d’« acheter » le Groenland à l’instrumentalisation du commerce, en passant par la sape systématique des mécanismes multilatéraux et les hésitations sur des questions de sécurité cruciales comme la crise ukrainienne, les actions de Washington ont déjà semé un froid en Europe. L’Indice de sécurité de Munich montre que les personnes interrogées dans de nombreux pays – y compris la quasi-totalité des pays du G7 – estiment que les risques mondiaux posés par les États-Unis sont devenus plus graves que l’année dernière.
Ils sont contraints de reconnaître une dure réalité : les États-Unis, jadis pilier de l’ordre international et allié indéfectible de l’Europe, considèrent désormais cet ordre comme ne servant plus leurs intérêts et n’éprouvent guère le besoin de le maintenir ou de le défendre.
Bien que l’Europe se soit « réveillée » sous la pression américaine, elle doit faire face à une réalité implacable : malgré son poids considérable dans l’économie mondiale, son euro, deuxième monnaie de réserve mondiale, et l’immense marché unique de l’UE, l’Europe s’est montrée incapable de préserver l’ordre international face aux pressions unilatérales des États-Unis et même de sauvegarder ses propres intérêts.
La raison en est la quête historique de l’Europe d’un rôle de « puissance normative ». Sa dépendance extérieure, fondée sur le commerce et les liens économiques, la force de son intégration institutionnelle et l’attrait moral des valeurs dites démocratiques, apparaît particulièrement fragile face à la politique de puissance américaine, à la coercition unilatérale et au conservatisme populiste, compte tenu du déséquilibre manifeste des forces.
Ce n’est que sous le coup de la « boule de démolition » de Washington que l’Europe a réalisé qu’elle manquait à la fois d’un pilier de sécurité indépendant et d’une posture diplomatique unifiée et décisive.
L’inquiétude de l’Europe est double : elle éprouve un profond malaise face à un « allié » de plus en plus imprévisible qui a poussé le principe « L’Amérique d’abord » à l’extrême, tout en nourrissant de profondes préoccupations quant à son autonomie stratégique insuffisante et à son manque de cohésion interne.
La dépendance sécuritaire au sein de l’OTAN, qui fut pendant 70 ans la « zone de confort » de l’Europe après la guerre, se transforme désormais en « zone de risque ». De plus en plus d’Européens prennent conscience que le monde ne doit jamais retomber dans une « loi de la jungle » où les forts s’attaquent aux faibles. Ce serait catastrophique pour les petits et moyens pays et conduirait à l’effondrement des biens publics mondiaux, sans laisser personne à l’abri. À l’heure où la gouvernance mondiale est confrontée à de graves déficits et où les règles internationales sont constamment sapées, l’Europe doit assumer un rôle plus constructif et plus indépendant.
La logique sous-jacente de la politique étrangère américaine a déjà évolué. Les trois piliers de la relation transatlantique – la sécurité, le commerce et une identité occidentale partagée – commencent tous à vaciller.
Tenter d’« apaiser les États-Unis » comme par le passé et éviter les désaccords ouverts ne peut plus résoudre aucun problème réel.
Ce n’est qu’en passant d’une dépendance passive à une action proactive, et d’une frustration réactive à une vision stratégique claire, que l’Europe pourra relever ses défis. L’Europe a la capacité et la sagesse de proposer des solutions crédibles en matière de gouvernance mondiale, ainsi que le potentiel de développer des capacités de sécurité à la hauteur de sa puissance économique. Ce dont elle a le plus besoin, c’est d’un changement de mentalité et du courage d’agir aux moments critiques.
Les inquiétudes de l’Europe en matière de sécurité ne sont pas insolubles, mais la solution ne se trouve ni à Washington, ni dans de simples plaintes ou une attitude passive.
Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité de l’année dernière, durant le « Conversation avec la Chine », Wang Yi, membre du Bureau politique du Comité central du PCC et ministre des Affaires étrangères, a déclaré que sans normes ni standards, on peut être à la table des négociations hier et se retrouver au menu demain.
Plus la pression extérieure est forte, plus l’Europe doit rester fidèle à ses principes, respecter les règles, pratiquer le multilatéralisme et privilégier l’ouverture et la coopération mutuellement avantageuse, plutôt que d’hésiter et de tenter de reporter la pression qu’elle subit sur des pays tiers.
À l’approche d’une nouvelle Conférence de Munich sur la sécurité, l’Europe doit montrer l’exemple en matière de changement. Autrefois qualifiée de « réunion de famille transatlantique », la conférence reflète désormais une famille marquée par des fissures et un éloignement croissant.
L’Europe continuera-t-elle de s’accrocher à un passé prétendument glorieux, ou saisira-t-elle l’occasion d’achever une « émancipation » qui n’a que trop tardé ? La réponse est évidente.
S’agissant de la sauvegarde du système et de l’ordre internationaux, l’Europe est capable de jouer un rôle plus constructif, non pas en tant que partenaire mineur des États-Unis, mais en tant que pôle égal, autonome et responsable dans un monde multipolaire.
Seule une Europe véritablement autonome sur le plan stratégique sera digne de sa richesse, de sa sagesse et de son héritage historique.
EN PRIME
L’INDICE DE SECURITE DE MUNICH
L’Indice de sécurité de Munich (en anglais : Munich Security Index, ou MSI) est une composante clé du Rapport sur la sécurité de Munich 2026 (« Under Destruction » / « En destruction »), publié par la Munich Security Conference (MSC) en partenariat avec Kekst CNC.
Il s’agit d’un outil d’analyse des perceptions des risques mondiaux, basé sur des sondages d’opinion réalisés fin 2025 dans 11 pays : les G7 (États-Unis, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni) et les pays BICS (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud – les BRICS sans la Russie).
Méthodologie et structure
- Depuis 2021 : L’indice existe annuellement et suit l’évolution des perceptions au fil du temps.
- 32 risques majeurs évalués : Incluent des menaces comme les guerres commerciales, les cyberattaques, le changement climatique, la désinformation, les crises financières, les risques liés aux grandes puissances (USA, Chine, Russie), etc.
- Cinq dimensions combinées (pondérées également) pour calculer la « sévérité perçue » d’un risque :
- Gravité perçue du risque pour le pays.
- Probabilité d’occurrence imminente.
- Impact potentiel sur la sécurité/prospérité.
- Préparation sociétale à y faire face.
- Autre métrique liée à la perception globale (détails précis dans le rapport PDF).
- Classements : Fournit des classements par pays/groupe (G7 vs BICS), évolutions vs années précédentes, et comparaisons transversales.
Principaux résultats pour 2026
- Perception accrue des États-Unis comme risque : Dans presque tous les pays G7 et BICS (sauf Japon et Chine), les États-Unis sont vus comme un risque plus grave qu’en 2025. C’est la continuation d’une tendance amorcée après l’élection de Trump (hausse déjà forte en 2025). Dans la plupart des pays G7 (sauf UK et Japon), c’est le risque qui a le plus augmenté cette année.
- Guerres commerciales : Perçues comme beaucoup plus sérieuses qu’en 2025, atteignant leur niveau le plus élevé jamais enregistré dans les classements G7 et BICS.
- Russie : Perception en baisse marquée dans les G7 (de 2e à 8e risque le plus grave sur 32). Dans les BICS, la Russie reste parmi les risques les moins sérieux depuis 2021 → polarisation persistante entre Occident et « Sud global ».
- Autres tendances :
- Crise de confiance dans la démocratie : Dans tous les G7, très faible proportion de répondants pensent que les politiques actuelles amélioreront le sort des générations futures. Forte désillusion envers les institutions (bureaucratisation, impossibilité de réformes).
- Divergences G7 vs BICS : Les Occidentaux priorisent cyberattaques, crises financières, désinformation ; les BICS mettent en avant changement climatique, événements extrêmes météo, inégalités.
- Risques environnementaux : Perçus comme moins imminents malgré la réalité croissante des coûts du réchauffement (priorité moindre face aux crises politiques/économiques immédiates).
- Implications globales : L’indice souligne une fragmentation croissante des perceptions (divergences transfrontalières et générationnelles), avec des conséquences pour la cohésion internationale, les alliances et la gouvernance mondiale.
Sources
- Site officiel de la MSC : Munich Security Index 2026
- Rapport complet (PDF gratuit) : « Under Destruction – Munich Security Report 2026 » (environ 100+ pages, avec figures et données détaillées).
- Téléchargement direct du MSI : Souvent disponible via Kekst CNC ou le site MSC (fichier séparé pour les graphiques).
Cet indice est donc un baromètre des angoisses globales actuelles, et il alimente directement les débats de la Conférence de Munich (13-15 février 2026).