Gerhard Schröder refait surface

Extrait de Eurointelligence

Après quatre années de silence volontaire, Gerhard Schröder a choisi ce moment pour revenir sur la scène publique , avec un long essai où il appelle à mettre fin à l’isolement de Moscou et à reprendre les échanges énergétiques.

On imagine aisément la popularité de cette position, notamment auprès des Européens de l’Est.

Schröder n’est manifestement plus un acteur de la politique allemande, même au sein de son propre parti, le SPD. Mais son intervention fut significative.

Dans son essai de 5 000 mots, rédigé d’un style qui semble personnel, il a ouvertement déclaré que le modèle économique allemand est défaillant et irrémédiablement brisé.

L’essai traite presque exclusivement de politique intérieure, et non de la Russie. Il y exprime son inquiétude quant à l’avenir du pays et à son incapacité à développer de nouveaux modèles économiques, ce qui exige une réforme économique.

Son analyse de l’économie allemande rejoint la nôtre.

L’un d’entre nous a d’ailleurs publié un ouvrage sur le déclin du modèle économique allemand , qui aboutit à des conclusions très similaires.

Schröder est incontestablement une figure controversée en raison de son amitié avec Vladimir Poutine. Nous avons toujours désapprouvé son corporatisme industriel – même si nous reconnaissons qu’il a bien fonctionné pendant longtemps.

Malgré nos réserves, nous lui attribuons une qualité essentielle : une capacité hors du commun à saisir le climat politique et à choisir le bon moment pour agir.

Nous pensons que le passage ci-dessous, en particulier, trouvera un écho important dans le paysage politique allemand :

« Un nouveau « modèle allemand » n’est pas en vue, et le monde européen est en repli. Les causes résident non seulement dans les bouleversements géopolitiques et les nouveaux défis sociaux et écologiques, mais aussi dans nos propres erreurs, comme la pression financière exercée sur notre pays par le renforcement militaire ou les initiatives timides visant à mettre fin à la guerre en Ukraine. »

Le problème géopolitique des relations énergétiques germano-russes ne résidait pas dans le fait même de ces relations, mais dans la dépendance qu’elles engendraient. On peut exclure tout scénario où l’Allemagne reviendrait à la situation antérieure. Cependant, le monde d’après-guerre sera très différent d’aujourd’hui. Nous aussi, nous pouvons nous attendre à ce que les échanges énergétiques avec la Russie reprennent, non pas à la même échelle qu’auparavant, mais sous une forme ou une autre. Les oléoducs et gazoducs sont toujours là.

Si un accord de paix est conclu en Ukraine, il sera suivi d’un afflux massif d’investissements privés, tant en Ukraine qu’en Russie, sous l’impulsion des États-Unis.

Donald Trump poursuit des objectifs corporatistes qui ne sont pas sans rappeler ceux de Schröder durant son mandat. Il serait paradoxal que les États-Unis finissent par combler le vide laissé par le retrait des entreprises allemandes de Russie.

L’ironie réside dans le fait que l’Allemagne a agi ainsi à la demande des États-Unis. On peut supposer que les entreprises allemandes souhaiteront revenir sur le marché une fois la guerre terminée.

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