L’État profond et le complotisme
Maintenant que le scandale a éclaté, tout est fait pour l’empêcher d’aller plus loin.
On veut éloigner l’attention de la vie des hautes sphères du pouvoir occidental.
À cet effet, différents biais sont utilisés :
Par exemple l’argument habituel mais ici particulièrement ridicule de la «main russe», alors que le scandale est au cœur de la vie des États-Unis.
Par exemple aussi, le bruit fait autour de seconds couteaux comme Jacques Lang en France ou même le prince Andrew, en Angleterre, déjà, abondamment compromis dans le passé.
Mais surtout on veut empêcher la prise de conscience de l’existence d’une organisation internationale, avec ses différents mécanismes, ceux visibles comme ceux monstrueux et secrets, tel le réseau Epstein, au-dessus des peuples, au-dessus de la démocratie, au-dessus des élections.
Ceux-ci les peuples occidentaux le pressentaient mais on les a terrorisés d’oser même le penser, on les a accusés de complotisme.
Or même si de ci de là cette accusation pouvait tomber juste, elle devenait trop rapidement un instrument commode pour passer sous silence le terrain sur lequel se développait l’esprit et les visions dites complotistes, c’est à dire l’absence de transparence, la confiscation du pouvoir dans la gestion des affaires des pays et du monde, l’expulsion des peuples du pouvoir réel.
Qu’il y ait eu, dans l’affaire Epstein au départ un complot des élites, c’est-à-dire que leur organisation dans ce réseau ait été préméditée, ou que cette organisation soit le simple résultat de leur jonction, de leur rencontre, de leur réunion à un moment donné de leurs activités, et des relations qu’elles induisent forcément, importe finalement peu.
Il se peut d’ailleurs qu’il y ait les deux à la fois : dans un premier temps la rencontre de ces élites, leur réunion au sens sociologique du terme, une concentration disons spontanée, qui donnent lieu à des relations qu’aurait pu catalyser Epstein, puis des actions concertées, et peu à peu des actions structurantes.
En termes plus concrets, Epstein a finalement réuni les gens, il a servi de catalyseur. Il a joué ce rôle consciemment ou inconsciemment. Les relations sexuelles elles-mêmes ont pu être un catalyseur, probablement une recréation, un prétexte, une occasion au rassemblement des élites comme on se rassemble autour d’un diner, d’un repas, d’un banquet.
En réunissant des élites, Epstein les a liées les unes aux autres, il a établi des ponts entre elles et à la fin des complicités, jusqu’à ce qu’elles débordent dans le domaine de la criminalité, qu’elle soit sexuelle, financière ou politique.
Il ne faut pas oublier que cette criminalité sexuelle n’est pas ordinaire, banale, elle ne peut qu’être le résultat d’un sentiment de toute-puissance si caractéristique de la perversion du pouvoir.
Tout se tient. Du délit économique aux délits sexuels, de la prédation sexuelle à la prédation financière, de la puissance politique ou économique au sentiment de toute-puissance sexuelle.
Avec l’affaire Epstein, le système occidental de domination semble pourrir sur pied, aux yeux dégoutés de la planète, y compris sa partie occidentale. L’affaire Epstein vient ajouter un épisode sordide à l’Histoire du déclin annoncé, en ce XXIe siècle, de l’empire américain occidental.
Est-ce un hasard si cet empire se trouve aussi au centre d’un autre évènement majeur de ce début de siècle, son désastre moral en Palestine, à Gaza, ou côte à côte avec Israël, par les bombes, les armes et le soutien qu’il lui fournit, il a la responsabilité directe d’un génocide. On l’a vu, on parle d’ailleurs, d’Epstein, comme d’un agent israélien, ou du moins avec des liens étroits avec ce pays. Serait-ce s’aventurer dans un raccourci que de dire qu’entre le monde d’Epstein, et ses horreurs, et le génocide de Gaza il y a un rapport, une simultanéité qui devrait faire réfléchir de ce qu’il révèle dans son inhumanité totale.
Professeur Djamel Labidi