Le Safari Club était un réseau secret d’agences de renseignement formé en 1976 par la France sous l’impulsion d’Alexandre de Marenches, chef du SDECE, l’ancêtre de la DGSE, l’Arabie saoudite, l’Égypte, le Maroc et l’Iran (sous le shah, avant la révolution de 1979).
Son objectif principal était de coordonner des opérations clandestines anticommunistes en Afrique et au Moyen-Orient, en contournant les restrictions imposées au renseignement américain après le scandale du Watergate et les enquêtes du Congrès (comme le comité Church) qui avaient limité les pouvoirs de la CIA.
Le nom du club provient du Mount Kenya Safari Club, un complexe de luxe au Kenya appartenant à l’époque à l’homme d’affaires saoudien Adnan Khashoggi, où se tenaient les réunions initiales.
Ce groupe opérait comme une alliance « offshore » du renseignement, financé en grande partie par l’Arabie saoudite, et menait des actions comme le soutien à des régimes pro-occidentaux (par exemple, en aidant Mobutu au Zaïre contre des incursions cubaines ou en armant la Somalie contre l’Éthiopie).
Les liens avec la CIA étaient étroits mais informels : les États-Unis n’en étaient pas membres officiels pour éviter la surveillance du Congrès, mais la CIA collaborait activement via des figures comme Theodore Shackley (un haut responsable de la CIA) et George H. W. Bush (directeur de la CIA en 1976-1977).
Le Safari Club permettait à la CIA d’externaliser des opérations sensibles, comme des ventes d’armes ou des financements occultes, en utilisant les réseaux des pays membres.
Khashoggi, un intermédiaire clé dans le trafic d’armes (notamment lors de l’affaire Iran-Contra dans les années 1980), servait de pivot financier et logistique, souvent en lien avec des intérêts américains.
Le club s’est dissous après la révolution iranienne de 1979, mais ses méthodes – réseaux privés, financements opaques et opérations hors bilan – ont influencé des structures ultérieures.
Fabrice Epelboin, expert français en guerre de l’information et géopolitique (ancien enseignant à Sciences Po et au CELSA), évoque ce réseau dans le cadre de l’affaire Epstein pour illustrer une « continuité » dans les pratiques des services de renseignement occidentaux.
Selon lui, le Safari Club représente un modèle de collaboration secrète entre États et acteurs privés pour financer des opérations via des circuits illicites (trafic d’armes, récupération de fonds cachés par des dictatures renversées), sans avoir a rendre de comptes démocratiques.
Epstein, financier condamné pour trafic sexuel de mineures, est vu par Epelboin comme une extension moderne de ce système : son réseau impliquait du chantage (kompromat) sur des élites via des compromissions sexuelles, potentiellement au profit d’agences comme le Mossad ou la CIA, pour influencer ou financer des opérations .
Le lien concret passe par Khashoggi, un client précoce d’Epstein (dès les années 1980 chez Bear Stearns), qui gérait des flux financiers occultes similaires à ceux du Safari Club.
Epstein est aussi associé à des figures comme les Bronfman (liés à des réseaux d’influence) et aurait servi d' »agent d’influence » pour des services étrangers, recyclant des méthodes du Safari Club pour compromettre des puissants sans impliquer directement les États.
Epelboin insiste sur le fait que l’aspect pédophile d’Epstein masque une réalité plus large : ces réseaux révèlent les « faces sombres » des démocraties, où des opérations criminelles servent des intérêts géopolitiques, comme au temps du Safari Club.
Des sources variées corroborent cette vue, bien que des interprétations divergent : certains y voient une conspiration, d’autres un pattern historique bien documenté de renseignement privatisé.