Editorial. Le risque montre son horrible tête sur le marché americain..

 L’IA c’est comme la langue d’Esope, à la fois la meilleure et la pire des choses.

Après avoir dopé les marchés, l’investissement, le crédit et le GDP vient le temps de prendre en compte , -abstraitement bien sur-, les conséquences négatives supposées de l’IA.

Nous ne sommes pas dans le réel , pas plus que nous ne l’étions il y a quelques mois, car les anticipations n’avaient rien de sérieux et fondé, il s’agissait de mythes, de constructions imaginées avec des failles considérables comme par exemple celle l’adoption de l’IA et ses bienfaits sur la productivité.

Pendant quelques mois on a « monté l’escalier du plaisir » .

Tout ceci pour insister : nous sommes dans l’imaginaire, dans le récit et le récit a basculé vers le négatif.

La « peur de l’IA » agit maintenant comme un catalyseur, révélant la fragilité sous-jacente du marché.

Voici les titres des médias:

Les actions financières américaines poursuivent leur chute en raison des inquiétudes persistantes liées à l’IA. »

« Les actions des courtiers américains chutent lors de la dernière vague de ventes provoquée par un nouvel outil d’IA. »

« Les actions des gestionnaires de patrimoine s’effondrent, les investisseurs fuyant la prochaine victime potentielle de l’IA. » « Les actions des courtiers d’assurance plongent, une nouvelle application suscitant des craintes quant aux risques liés à l’IA. »

« La panique liée à l’IA affecte les actions immobilières. » « Les actions des services immobiliers s’effondrent dans le dernier épisode de la panique liée à l’IA. »

« La débâcle technologique s’intensifie à mesure que l’angoisse liée à l’IA grandit. »

« Les entreprises de biotechnologie poursuivent leur chute en raison des craintes liées à l’IA et de résultats décevants. »

« Les actions du secteur de la logistique s’effondrent face à la panique liée à l’IA. »

« La panique liée à l’IA s’empare des actions du transport routier. »

« Les marchés boursiers connaissent peu d’îlots de calme face aux inquiétudes liées à l’IA. »

« La nouvelle stratégie de Wall Street consiste à se débarrasser des actions menacées par l’IA. »

13 février – Bloomberg :

« Pendant trois ans, l’IA a été la sauveuse de la bourse. Soudain, elle est devenue une véritable fléau, et pratiquement aucun secteur du marché des actions ne semble à l’abri de son impact. Rien que ces dix derniers jours, les investisseurs ont infligé des pertes considérables à des entreprises opérant dans des secteurs aussi divers que la logistique, l’immobilier, les logiciels, le crédit privé, l’assurance et la gestion de patrimoine.

À chaque fois, le lancement d’un nouvel outil d’intelligence artificielle, notamment celui d’Anthropic PBC, mais aussi celui de petites start-ups moins connues, a entraîné une réévaluation rapide des perspectives commerciales…

« Tout ce que nous avons vu ces dernières semaines, c’est le marché s’acharner sur les entreprises perçues comme perdantes face à l’IA. Bien évidemment, la définition de ces entreprises évolue presque quotidiennement, au point qu’il est impossible de la suivre par thèmes ou par catégories », a déclaré David Wagner, gestionnaire de portefeuille chez Aptus Capital Advisors.

Une chose est sûre : les applications d’IA sont devenues l’épouvantail du marché, capables d’anéantir des milliards de dollars de valeur en quelques heures, tandis que les investisseurs s’interrogent sur… » La viabilité de pans entiers du paysage des entreprises est fortement compromise…

« Cette perception se propage comme une traînée de poudre, et de manière horizontale », a déclaré Joseph Shaposhnik, gestionnaire de portefeuille chez Rainwater Equity. « Autrement dit, ce qui était autrefois limité à un secteur particulier se répand désormais à tous les secteurs : la peur du risque. »

Le mot est laché, la peur du risque revient.

Quand l’argent spéculatif se retire, quand la mer redescend, le risque réapparait avec son horrible tête. Ce qui était caché, occulté, enfoui, émerge et ce n’est pas beau avoir!

Dans un environnement de marché robuste, sain refletant la réalité avec sa complexité et ses incertitudes, nous n’assisterions pas à une telle multiplication de mini krachs boursiers sectoriels.

Le marché boursier est devenu un véritable champ de mines. Ou plus exactement il me fait penser à la situation qui précède les tremblements de terre, sous la surface, alors que tout semble encore normal , et contenu, les plaques tectoniques glissent, les failles se creusent. Des secousses se préparent.

Ce type de vulnérabilité n’est pas caractéristique d’un resserrement des conditions financières, non il est le resserrement des conditions financières lui même grâce au phenomène de transmission!

La performance boursière des grands acteurs du crédit privé continue de signaler une crise du crédit imminente.

Apollo a chuté de 6 % cette semaine (en baisse de 13,6 % depuis le début de l’année).

Ares Management de 1,8 % (en baisse de 17,2 %) et KKR de 1,4 % (en baisse de 20,2 %).

En légère hausse cette semaine, Blue Owl et Blackstone restent en baisse de 17,7 % et 14,8 % respectivement depuis le début de l’année.

Signe apparent d’un retour du risque , les valeurs bancaires et financières ont subi de fortes pressions à la vente cette semaine.

L’indice bancaire KBW a plongé de 5,5 %, sa plus forte baisse depuis la semaine du 4 avril. Le secteur des courtiers a chuté de 3,7 %, également sa plus forte baisse depuis avril.

Parmi les pertes citons Ameriprise Financial (-12,8 %), Charles Schwab (-10,8 %), Citigroup (-9,6 %), Robinhood (-8,3 %) et Raymond James (-7,8 %).

À noter que les actions des banques européennes (indice STOXX) ont reculé de 5,5 %, soit leur pire semaine depuis avril, sur fond d’inquiétudes liées à l’intelligence artificielle.

Qui dit baisse du secteur financier dit montée du facteur risque, dit mouvement de désendettement voulu ou subi.

A ce stade je fais le pari que les corrections du Centre ne déplaisent pas aux régulateurs ou même au pouvoir exécutif car la baisse de Wall Street en ce moment ne fait de tort à personne, au contraire, elle reconstitue le potentiel haussier dont on va avoir besoin pour les élections de mid-term.

Je prétends que la réapparition du facteur risque constitue en elle même le resserrement des conditions financières; on cesse de croire que, quoi qu’il se passe, on va vendre plus cher ce que l’on a acheté. Le mercure file , il s’échappe!

Le désendettement, le deleveraging, car c’est de lui que nous parlons, a déja secoué l’immobilier commercial, le secteur des cryptomonnaies et il prend mainteant de l’ampleur dans le secteur des grandes entreprises technologiques et des institutions qui les financent.

La diminution, la contraction des liquidités selon notre définition comme mouvement et état d’esprit subjectif, cette diminution est en cours et elle durcit les conditions objectives.

L’abondance des liquidités objectives, par exemple celles qui sont complilées par Howell ou Goldman Sachs, persiste:

l’indice boursier sud-coréen KOSPI a bondi de 8,2 % cette semaine, tandis que les principaux indices ont progressé de 5,8 % au Japon, 5,6 % en Thaïlande, 4,9 % en Turquie, 4,1 % à Taïwan, 3,9 % au Vietnam, 3,5 % en Indonésie, 2,4 % en Australie et 1,9 % au Brésil et au Canada. Le gain de 30,7 % enregistré depuis le début de l’année porte la progression annuelle du KOSPI à 113 %. L’indice japonais Nikkei 225 a quant à lui progressé de 13,1 %, portant sa hausse sur un an à 45,4 %.

Ce que je veux souligner c’est le fait que pour l’instant l’appétit pour le jeu est encore présent , il se déplace et il trouve les moyens de se financer; mais quand on se déplace et que l’on va du Centre vers les Périphéries, c’est deja le signe d’une grande maturité cyclique.

On a épuisé les attraits du premier choix et on fait une incursion sur le second choix.

Les autorites monétaires américaines ont beaucoup plus d’outils que les gens ne le pensent, elles ont celui des taux, celui des quantités, celui du bilan de la Fed , celui des opérations discrètes de la Fed de New York, mais elles en ont aussi DEUX autres:

-elles peuvent manipuler la perception du risque, par les déclarations et les guidances, elles peuvent soit favoriser les corrections et assainissements soit les bloquer.

-elles sont Maitres des Horloges, elles gèrent le calendrier , ce qu’elles font , elles le font quand elles jugent que c’est opportun et que cela correspond au profil temporel financier et économique et politique qui leur convient.

Ce sont des aspects peu connus et non documentés mais ils sont essentiels précisément à cause de leur occultation.

Ce qui est non-su est plus efficace que ce qui est su.

Symétriquement à ce que je décris comme prise de conscience du risque, le paradigme de la bascule reprend ses droits , les corrélations sont restaurées , ce qui ne saurait déplaire en haut lieu:

« Les obligations du Trésor ont connu une forte hausse cette semaine. Le rendement à 10 ans a chuté de 16 points de base à 4,05 %, son plus bas niveau depuis le 1er décembre. Il s’agit de la plus forte baisse hebdomadaire des rendements depuis début septembre ». 

Une réflexion sur “Editorial. Le risque montre son horrible tête sur le marché americain..

  1. C’est sans doute à classer parmi les opérations discrètes de la Fed de NY mais je pense que dans les outils non sus dont disposent les démiurges il faut ajouter la technologie.

    L’apparition de la gestion algorithmique et de l’anonymisation totale des transactions ( dont la véritable raison est d’ éviter le reverse-engineering d’algorithmes) permet une transmission rapide et optimisée des « instructions  » des démiurges.

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