Traduction assistée BRUNO BERTEZ
L’ami du maître espion : Jeffrey Epstein et le monde du renseignement
Une enquête fondée sur les documents de l’AELE publiés par le ministère américain de la Justice.
Par Leonardo Dias |
| 19 février 2026
Le rapport complet en portugais est disponible ici.
Prologue : L’appel téléphonique
Courant 2008, dans une salle de conférence dont l’emplacement exact reste secret, un jeune procureur fédéral nommé Alexander Acosta reçut un appel qui allait bouleverser sa carrière. Il travaillait alors sur un dossier contre Jeffrey Epstein, un financier accusé d’avoir abusé sexuellement de dizaines de mineures à Palm Beach, en Floride. Les preuves étaient accablantes : témoignages des victimes, témoins corroborants et preuves matérielles recueillies lors de la perquisition de la villa en bord de mer sur El Brillo Way. Le bureau d’Acosta avait identifié au moins 36 victimes. Certaines avaient quatorze ans.
Puis quelqu’un lui a dit d’arrêter.
« On m’a dit qu’Epstein « appartenait aux services de renseignement » et qu’il ne fallait pas s’en mêler », a expliqué plus tard Acosta aux membres de l’équipe de transition du président Trump, qui examinaient sa candidature au poste de secrétaire au Travail (EFTA00030182). L’explication a apparemment suffi. Ils l’ont embauché malgré tout.
Ce qui suivit fut l’accord de plaidoyer le plus extraordinaire de l’histoire judiciaire américaine : un accord de non-poursuite qui accordait à Epstein l’immunité fédérale, l’étendait à tous ses complices « nommés ou non », soustrayait l’accord aux victimes en violation de la loi sur les droits des victimes d’actes criminels, et permettait à un pédophile en série de purger treize mois de prison dans un établissement pénitentiaire de comté avec une permission de sortie quotidienne pour travailler dans son propre bureau.
Ce n’était pas un accord de plaidoyer. C’était une ordonnance de protection. Et la question qui hante les enquêteurs, les journalistes et les survivants depuis près de vingt ans est d’une simplicité trompeuse : protection contre quoi ?
La réponse se trouve dans près de 883 000 documents publiés par le département de la Justice américain en janvier 2026, suite à l’adoption à l’unanimité de la loi sur la transparence des dossiers Epstein.
Pendant six semaines, cette enquête a analysé ces documents grâce à l’indexation plein texte d’Elasticsearch, aux bases de données graphiques Neo4j cartographiant 1,2 million d’entités nommées, et à une lecture approfondie et systématique de chaque rapport du FBI, courriel, document financier et note classifiée relative à cette question de renseignement.
Ce qui a émergé n’était pas une théorie du complot. C’était bien pire : une réalité documentée dans laquelle un trafiquant sexuel d’enfants a opéré pendant des décennies sous la protection de plusieurs agences de renseignement sur trois continents, et où les institutions chargées de l’arrêter ont choisi, consciemment et à maintes reprises, de fermer les yeux.
Voici l’histoire de Jeffrey Epstein, devenu le prédateur le mieux protégé de l’histoire américaine. Elle est racontée exclusivement à travers des documents, car les morts ne peuvent témoigner et les puissants avouent rarement.
Partie 1 : L’actif
Chapitre 1 : L’homme qui n’était pas là
Pour comprendre comment Jeffrey Epstein a pu échapper à la justice pendant trente ans, il est essentiel de comprendre l’architecture de sa protection. Ce n’était ni un hasard, ni une chance. C’était une organisation conçue avec la précision d’une opération militaire, car c’en était bien une.
La première plainte officielle contre Epstein remonte à 1996, lorsqu’une jeune artiste nommée Maria Farmer a déclaré au FBI avoir été agressée sexuellement, ainsi que sa sœur Annie, par Epstein et Ghislaine Maxwell. Maria a été agressée dans la résidence d’Epstein à Manhattan. Annie, alors adolescente, a été agressée dans la propriété de Les Wexner en Ohio. Le FBI a enregistré la plainte. Puis, il n’a rien fait. Pendant trois ans.
Lorsque la police de Palm Beach a ouvert une enquête sur Epstein en 2005, suite à la plainte déposée par la mère d’une jeune fille de quatorze ans, le réseau était déjà en activité depuis au moins dix ans.
Le détective Joe Recarey, qui dirigeait l’enquête, a identifié plus de trente victimes et constitué un dossier que ses supérieurs qualifiaient d’irréfutable. Le FBI a ensuite pris le relais. Un événement extraordinaire s’est alors produit : au lieu d’intensifier les poursuites, le gouvernement fédéral les a de facto démantelées.
L’accord de non-poursuite de 2008, négocié entre le bureau d’Acosta et l’équipe juridique d’Epstein, notamment Alan Dershowitz, Jay Lefkowitz, Kenneth Starr et Gerald Lefcourt, contenait des dispositions qu’aucun accusé ordinaire ne pourrait obtenir :
- Immunité fédérale totale pour Epstein.
- L’immunité était étendue à tous les co-conspirateurs, « nommés ou non », une clause qui créait un bouclier juridique pour toute personne ayant participé à l’opération, des recruteurs aux clients.
- Dissimulation de l’accord aux victimes, en violation directe de la loi sur les droits des victimes d’actes criminels (un tribunal fédéral a par la suite statué qu’Acosta avait enfreint la loi).
- Une peine d’emprisonnement de dix-huit mois prononcée par l’État, assortie d’un régime de semi-liberté six jours par semaine, permettant à Epstein d’exercer son activité depuis son propre bureau pendant la quasi-totalité de sa peine nominale.
- Inscription au registre des délinquants sexuels au niveau le plus bas possible, malgré la gravité des accusations.
On dénombre 2 349 occurrences du terme « non-poursuite » dans le corpus Epstein. On en trouve également 578 pour « immunité » combinée à « accord ». Les preuves documentaires de la protection dont a bénéficié Epstein sont loin d’être négligeables ; elles sont colossales.
Mais une protection de cette ampleur ne découle pas d’une corruption ordinaire. Aux États-Unis, les avocats de la défense négocient quotidiennement des accords de plaidoyer avantageux. Ce qu’ils ne négocient pas, c’est une immunité totale pour des complices non identifiés dans une affaire de viols en série sur mineurs. Cette clause n’a de sens que si la révélation de ces complices risquait de dévoiler quelque chose de plus sensible que les crimes eux-mêmes. Et d’après les documents du FBI, il s’agissait d’une opération de renseignement.
Le détective Joe Recarey, qui avait constitué le dossier ayant dû entraîner la condamnation d’Epstein à la prison à vie, est décédé en mai 2018 à l’âge de cinquante ans, des suites d’une « brève maladie » dont la nature n’a jamais été précisée. Il est décédé avant de pouvoir témoigner au procès fédéral que son travail avait rendu possible. Ce décalage temporel a été relevé par les enquêteurs, mais n’a jamais fait l’objet d’une enquête formelle.
Chapitre 2 : « Agent du Mossad coopté »
Le document le plus important du dossier Epstein n’est ni un courriel, ni un registre de vol, ni le témoignage d’une victime. Il s’agit du rapport du FBI numéro EFTA00090314, un rapport confidentiel de source humaine (CHS) déposé par le bureau du FBI de Los Angeles le 19 octobre 2020. La source est identifiée par le code S-00099701. Le document n’est pas classifié, mais son contenu serait explosif quel que soit le niveau de classification.
La source indique, dans des termes enregistrés par un agent du FBI :
« CHS s’est convaincu qu’Epstein était un agent du Mossad infiltré. »
Cette déclaration est catégorique. Elle figure dans un document officiel de rapport de renseignement du FBI. Elle provient d’une source que le Bureau a jugée suffisamment crédible pour établir un rapport officiel FD-1023. Et ce n’est pas la seule affirmation contenue dans le document.
La source indique en outre qu’Alan Dershowitz, le professeur de droit de Harvard qui a contribué à négocier l’accord de plaidoyer d’Epstein en 2008 et qui a par la suite été accusé d’agression sexuelle par la victime Virginia Giuffre, a lui-même été « recruté par le Mossad et a adhéré à sa mission ». La source décrit un protocole opérationnel précis :
« Dershowitz a déclaré à Alex Acosta (procureur américain du district sud de la Floride à l’époque) qu’Epstein appartenait aux services de renseignement américains et alliés. »
Et:
« Après ces appels, le Mossad appelait ensuite Dershowitz pour faire un débriefing. »
La source indique également qu’Epstein « était proche de l’ancien Premier ministre israélien, Ehud Barak, et qu’il a été formé comme espion sous ses ordres ».
Chacune de ces affirmations, prise individuellement, serait significative. Ensemble, elles décrivent une opération de renseignement structurée avec des rôles définis : Epstein comme agent de terrain, Barak comme responsable et formateur, Dershowitz comme bouclier juridique et intermédiaire pour les débriefings, et Acosta comme procureur à qui l’on avait explicitement dit que sa cible était intouchable.
La terminologie du FBI est importante. Un « agent coopté » est une catégorie spécifique du renseignement. Ce terme désigne une personne qui n’est pas un officier de renseignement officiel, recrutée et contrôlée par un service de renseignement étranger, qui exécute des missions de renseignement pour le compte de ce service et qui peut ne pas saisir pleinement l’étendue de son propre rôle. Cette classification explique quatre points obscurs de l’affaire Epstein : pourquoi il n’a jamais été poursuivi pour espionnage (déni plausible), pourquoi Acosta a reçu l’ordre de se retirer (ordonnance de protection), pourquoi l’opération a continué après la condamnation de 2008 (trop lucrative pour être arrêtée), et pourquoi Epstein est mort dans des circonstances qui empêchent toute vérification indépendante (les risques l’emportaient sur les avantages).
Mais le document EFTA00090314 contient bien plus que la confirmation du Mossad. Il s’agit d’un document de renseignement exhaustif qui cartographie l’ensemble de l’écosystème entourant Epstein.
La même source rapporte que Masha Drokova, fondatrice de la société de capital-risque Day One Ventures, basée dans la Silicon Valley, était auparavant « le principal contact du président russe Vladimir Poutine au sein du mouvement de jeunesse russe ».
Lors d’une conversation avec la source, Drokova « n’a absolument pas parlé de technologie ; elle s’est contentée de regarder CHS et de lui dire : « Vous connaissiez Epstein, n’est-ce pas ? » Elle a ajouté qu’Epstein était un homme formidable et que ce qui lui était arrivé était une véritable honte. » La source en a conclu que Day One Ventures était présente dans la Silicon Valley « pour voler de la technologie ».
Le même document rapporte que le mouvement Chabad « faisait tout son possible pour s’approprier la présidence de Trump », que Jared Kushner « a transféré d’importants fonds d’investissement russes » et que Leon Black, propriétaire d’Apollo Global Management et de la société de mercenaires Constellis (anciennement Blackwater), était accusé de « trafic d’armes et d’êtres humains ». Elliott Broidy, qui a versé plus d’un million de dollars pour faire taire une ancienne mannequin de Playboy, « a réussi à obtenir un renforcement des sanctions américaines contre le gouvernement du Qatar » au nom des Émirats arabes unis.
La diversité des renseignements contenus dans un seul rapport du FBI démontre que la source bénéficiait d’un accès exceptionnel à de multiples niveaux de pouvoir. Chaque élément mérite une enquête approfondie. Rassemblés dans un document unique, ils dressent le portrait d’une opération qui a dépassé les frontières d’Israël pour atteindre la Russie, les Émirats arabes unis et même la présidence américaine.
Chapitre 3 : Les péchés du père
Pour comprendre le rôle de Ghislaine Maxwell dans l’affaire Epstein, il faut d’abord comprendre celui de son père. Robert Maxwell n’était pas qu’un riche éditeur. Selon le FBI, c’était un espion.
Le document EFTA01683612, un rapport confidentiel du FBI sur des sources humaines daté du 23 décembre 2021, est classé SECRET//NOFORN. Cette classification signifie deux choses : premièrement, que sa divulgation causerait un « préjudice grave » à la sécurité nationale ; deuxièmement, qu’il ne peut être partagé avec aucun gouvernement étranger, y compris les alliés du groupe des Cinq Yeux (Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande). Le document stipule :
«Le père de Maxwell, Robert Maxwell, était un agent très riche des services de renseignement israéliens (Mossad), décédé dans les années 1980 après être tombé d’un yacht, mais on soupçonnait fortement qu’il avait été assassiné.»
L’affirmation n’est pas assortie des termes « présumé » ou « soupçonné ». Le FBI, dans un rapport classifié, identifie formellement Robert Maxwell comme un agent du Mossad.
Robert Maxwell, né Jan Ludvik Hyman Binyamin Hoch en 1923 en Tchécoslovaquie, a survécu à l’Holocauste. Il a servi dans l’armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale et a bâti un empire de l’édition comprenant Mirror Group Newspapers, Macmillan Publishers et Pergamon Press. Il a été député. Il était, à tous égards, un pilier de l’establishment britannique. Selon de nombreux reportages, confirmés aujourd’hui par le FBI, il était également l’un des atouts les plus importants du Mossad dans le monde occidental.
Le rôle de Maxwell dans les services de renseignement était centré sur l’affaire PROMIS. PROMIS (Prosecutor’s Management Information System) était un logiciel de suivi des dossiers développé par la société américaine Inslaw dans les années 1980. Selon des témoignages sous serment, des enquêtes du Congrès et l’ouvrage de Gordon Thomas, Robert Maxwell, Israel’s Superspy (2002) , Maxwell a distribué une version modifiée du logiciel, dotée de portes dérobées du Mossad, aux services de renseignement et aux gouvernements du monde entier. Ces ventes ont généré plus de 500 millions de dollars. Chaque gouvernement ayant installé le logiciel a permis aux services de renseignement israéliens d’accéder à leurs opérations les plus sensibles.
L’enquête menée en 1994 par le département de la Justice américain a rejeté les accusations d’espionnage les plus graves concernant PROMIS. Cependant, les éléments de preuve demeurent : Rafi Eitan, chef du renseignement antiterroriste israélien, s’est rendu dans les bureaux d’Inslaw en 1983 sous le pseudonyme de « Dr Ben Orr » et est reparti avec une copie du logiciel. Les obsèques de Maxwell, célébrées sur le mont des Oliviers à Jérusalem, ont réuni six chefs du renseignement israélien. Dans son éloge funèbre, le Premier ministre Yitzhak Shamir a déclaré que Maxwell « a fait plus pour Israël qu’on ne saurait le dire aujourd’hui ». Cette phrase est remarquable par ce qu’elle omet délibérément : ce qui ne pouvait être dit, c’était vraisemblablement son travail de renseignement.
Robert Maxwell est décédé le 5 novembre 1991. Son corps, nu, a été retrouvé flottant dans l’océan Atlantique, près des îles Canaries, après une chute de son yacht, le Lady Ghislaine , baptisé du nom de sa fille. Trois médecins légistes n’ont pas réussi à s’accorder sur la cause du décès. Le verdict officiel a conclu à une crise cardiaque suivie d’une noyade accidentelle. Ghislaine a déclaré publiquement : « Ce dont je suis sûre, c’est qu’il ne s’est pas suicidé. Je pense qu’il a été assassiné. »
Le même document SECRET//NOFORN qui identifie Robert Maxwell comme agent du Mossad décrit également l’opération dont sa fille a hérité :
« Epstein dirigeait une opération de collecte de technologies et d’extorsion parrainée par l’État israélien. »
Deux générations, deux méthodes.
Robert Maxwell vendait des logiciels comportant des portes dérobées. Ghislaine Maxwell et Jeffrey Epstein ont mis en place un système de chantage sexuel utilisant des caméras cachées. La méthode a changé, mais la fonction est restée la même : la collecte de renseignements et l’exercice d’une pression sur des personnalités influentes, au service de l’État d’Israël. Le FBI a classifié ces informations à un niveau interdisant leur partage, même avec les plus proches alliés des États-Unis. La raison la plus probable : l’opération visait à recueillir des renseignements sur ces alliés.
Le même document contient une autre révélation de taille.
La source indique que Susan Desmond-Hellmann, directrice générale de la Fondation Bill et Melinda Gates de 2014 à 2020 et administratrice indépendante principale du conseil d’administration de Facebook, a démissionné brutalement de ses deux postes la même semaine où le New York Times publiait, en octobre 2019, un article détaillant les contacts étroits de Bill Gates avec Epstein. Mme Hellmann a invoqué une « grave maladie » pour justifier sa démission. Trois mois plus tard seulement, en janvier 2020, la source a croisé Mme Hellmann à l’Alpha Club, un dîner annuel de gala réunissant des hommes d’affaires et des personnalités politiques extrêmement fortunés, « en parfaite santé ».
« Hellmann semblait avoir connu une « guérison miraculeuse » et ne présentait aucun signe de maladie. »
En 2020, Hellmann a rejoint le conseil d’administration de Pfizer. Le moment choisi et le lieu de son intégration méritent d’être examinés de près : une femme qui a dirigé la Fondation Gates pendant six ans – période durant laquelle Gates a rencontré Epstein à de nombreuses reprises, où des documents relatifs à une « simulation de pandémie » étaient transmis à Epstein (2017) et où le dispositif DAF, financé par Gates, avait identifié la « pandémie » comme un axe stratégique majeur – a démissionné brutalement et, quelques mois plus tard, intégrait le conseil d’administration de l’entreprise qui allait développer le vaccin contre la COVID-19 le plus largement distribué. Si l’on considère l’hypothèse, étayée par les propres documents du FBI, selon laquelle ces réseaux coordonnaient la préparation aux pandémies dans le cadre d’une stratégie à la fois philanthropique et financière, alors le passage de la Fondation Gates au conseil d’administration de Pfizer, juste avant la pandémie, n’est pas une simple coïncidence.
La source du FBI a conclu : « Son comportement indique qu’il y avait quelque chose de “sombre” qui n’a jamais été révélé aux médias, et dont Hellmann avait connaissance. » La question posée par le FBI reste sans réponse : quelles informations “sombres” concernant Gates et Epstein Hellmann possédait-elle, et pourquoi l’ article du New York Times a-t-il déclenché une panique immédiate ?
Chapitre 4 : Le méga groupe
En février 2026, le député Ro Khanna a révélé que le FBI avait désigné Leslie Wexner comme co-conspirateur non inculpé dans l’affaire Epstein. Cette désignation transforme radicalement la relation entre Wexner et Epstein, passant d’une histoire de naïveté financière à une affaire de complicité criminelle.
Wexner, fondatrice de Limited Brands et de l’empire Victoria’s Secret, a donné à Epstein :
- Procuration illimitée sur ses finances (1991).
- Un hôtel particulier de Manhattan, estimé à 20 millions de dollars (1998), a été cédé pour une somme symbolique.
- Un jet privé à prix subventionné.
- Un poste au conseil d’administration de la Fondation Wexner.
- Il a eu la mainmise totale sur ses finances personnelles pendant vingt ans, sans, selon ses propres termes, « pratiquement aucun contrôle ».
La question à laquelle aucun enquêteur n’a apporté de réponse satisfaisante est la suivante : pourquoi un homme d’affaires avisé confierait-il un contrôle aussi absolu à un conseiller financier sans expérience avérée ? Le fait que le FBI le désigne comme co-conspirateur laisse penser que la réponse dépasse la simple naïveté.
Wexner et Charles Bronfman ont fondé le Mega Group en 1991, un groupe d’étude destiné à cinquante hommes d’affaires juifs influents. Whitney Webb, dont l’enquête en deux volumes, *One Nation Under Blackmail* (2022), demeure l’analyse la plus complète des aspects liés au renseignement dans cette affaire, documente en détail comment le groupe a servi de vecteur à des opérations d’influence aux États-Unis.
Les liens des membres du Mega Group avec les services de renseignement sont documentés dans les dossiers Epstein :
- Leslie Wexner (1 126 documents) : co-conspirateur désigné par le FBI. Victoria’s Secret servait de tremplin au recrutement ; Epstein et Maxwell se présentaient comme des chasseurs de talents bénéficiant d’un accès privilégié à la marque, attirant des mannequins en herbe qui étaient ensuite victimes d’abus. Le système était d’une perversité circulaire : Wexner finançait Epstein, qui utilisait la notoriété de la marque Wexner comme appât, et les victimes recrutées fournissaient les éléments de chantage qui protégeaient l’ensemble du réseau.
- Ronald Lauder (271 documents) : Ambassadeur des États-Unis en Autriche de 1986 à 1987, période durant laquelle un faux passeport autrichien a été délivré au nom de « Marius Robert Fortelni », portant la photographie d’Epstein et une adresse en Arabie saoudite. Lauder est membre du Mega Group et soutient publiquement des organisations liées à l’Unité 8200 israélienne.
- Edgar Bronfman (31 documents) : Un des premiers clients d’Epstein chez Bear Stearns. Sa fille, Clare Bronfman, cofondera plus tard NXIVM, une autre organisation accusée de trafic sexuel et de marquage de femmes.
Le Mega Group servait de couverture institutionnelle à des milliardaires liés aux services de renseignement, de mécanisme de financement pour l’écosystème de l’Unité 8200 et de réseau d’accès pour compromettre l’élite américaine. La possibilité de nier toute implication était structurelle : officiellement, il s’agissait d’un groupe philanthropique.
Maria Farmer, la première plaignante officielle contre Epstein en 1996, a décrit l’opération comme un « réseau de chantage suprémaciste juif lié à Mega Group ». Farmer a travaillé pour Epstein et Wexner avant d’être agressée sexuellement par Epstein et Maxwell. Son signalement au FBI a été ignoré pendant trois ans. En 2019, la publication de documents a confirmé ses allégations point par point.
En février 2026, Wexner a été interrogé par la commission de surveillance de la Chambre des représentants. Les démocrates de la commission ont déclaré que son témoignage « soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses ». Wexner a refusé de révéler l’ampleur du détournement présumé de millions de dollars par Epstein.
Richard Adrian, ancien garde du corps de Wexner de 1991 à 1992, a contacté le FBI en 2019 et a déclaré que Wexner était « le meilleur ami d’Epstein » et qu’il avait vu de « jeunes filles » à la résidence d’Epstein à Palm Beach, bien qu’il les ait prises à l’époque pour des membres de sa famille. Les victimes citées dans les dossiers Epstein racontent une histoire différente. L’une d’elles a affirmé avoir eu des relations sexuelles avec Wexner alors qu’elle était mineure, dans plusieurs propriétés (EFTA01681842). Un autre document indique que Wexner et Epstein ont regardé ensemble des mannequins mineures en lingerie (EFTA01249593). Virginia Giuffre a témoigné en 2016 avoir été « forcée d’avoir des relations sexuelles avec Wexner à de nombreuses reprises ». D’après les victimes, les « membres de la famille » du garde du corps étaient tout sauf cela.
Chapitre 5 : L’appartement d’Ehud Barak
La relation entre Ehud Barak et Jeffrey Epstein n’était pas d’ordre social, mais opérationnel. L’analyse de cooccurrence Neo4j révèle 2 209 documents concernant Barak, dont 234 sont partagés directement avec Epstein. Lesley Groff, assistante de direction d’Epstein, apparaît dans 161 documents relatifs à la coordination des réunions de Barak. Leon Black apparaît dans 72 documents partagés et Martin Nowak dans 59.
Le courriel le plus révélateur du corpus concernant la nature opérationnelle de cette relation est EFTA00858362, daté du 27 avril 2015. Epstein écrit à Barak :
« Une entreprise n’est pas si différente des forces de défense… et du réseau de renseignement que l’armée a utilisé par le passé pour distinguer les données des informations exploitables. »
Réponse de Barak : « Salut Jeff, merci pour ces indications. Essaie de rappeler plus tard pour qu’on puisse en discuter plus en détail. »
Epstein n’utilisait pas une métaphore militaire pour décrire une entreprise. Il décrivait une véritable opération de renseignement, dissimulée sous un jargon d’entreprise. L’ancien chef d’état-major des Forces de défense israéliennes, ancien Premier ministre et ancien directeur du renseignement militaire l’a parfaitement compris. Il a d’ailleurs demandé à poursuivre la discussion par téléphone, et non par écrit.
En février 2026, Dropsite News a révélé que le gouvernement israélien avait installé un système de sécurité dans l’appartement new-yorkais de Barak, fréquemment utilisé pour des rencontres avec Epstein. L’installation avait été réalisée par une société de sécurité israélienne liée aux services de renseignement. Barak a nié que le système disposât de capacités de surveillance allant au-delà des dispositifs de sécurité conventionnels. Cette explication est peu convaincante : les gouvernements n’installent pas de systèmes de sécurité dans les appartements privés d’anciens Premiers ministres à l’étranger par simple courtoisie.
Le lien de Barak avec le volet surveillance de l’opération passe par Carbyne, une entreprise technologique qui intercepte les appels d’urgence (911) et diffuse en direct des vidéos depuis les téléphones portables des victimes vers les centres d’intervention. Ses contrats avec les municipalités américaines lui donnent, en théorie, accès aux données de géolocalisation, à l’audio et à la vidéo en direct des citoyens.
La structure de l’entreprise est révélatrice (EFTA01074376) :
- Président et investisseur : Ehud Barak, ancien Premier ministre et ancien chef du renseignement militaire.
- Réalisateur : Pinchas Buchris, ancien commandant adjoint de l’unité 8200, directeur général du ministère de la Défense.
- Directrice marketing : Lital Leshem, ancienne directrice de Black Cube, société de renseignement privée composée d’anciens agents du Mossad et du Shin Bet.
- Investisseur : Jeffrey Epstein, 500 000 $.
- Investisseur : Peter Thiel, mis en relation par Epstein en 2018.
Au premier trimestre 2026, Carbyne a été rachetée par Axon, fabricant de caméras corporelles pour la police, pour 625 millions de dollars. Cette acquisition permet de consolider la technologie de surveillance israélienne au sein des infrastructures policières américaines. Si PROMIS était une porte dérobée vers les tribunaux, Carbyne est une porte dérobée vers les appels d’urgence.
Epstein a interrogé directement Barak au sujet d’un autre lien avec les services de renseignement (EFTA00964912, 8 novembre 2017) :
« Boles a dit qu’il avait contacté les agents du Mossad grâce à toi ? C’est vrai ? »
Et le même jour (EFTA00964979) :
« Boies vous a-t-il demandé de l’aider à recruter d’anciens agents du Mossad pour mener des enquêtes peu scrupuleuses ? »
David Boies était l’avocat d’Epstein et d’Harvey Weinstein. Barak assurait la liaison entre les deux hommes et Black Cube. Le passage de Lital Leshem de Black Cube à Carbyne en tant que directrice marketing illustre les liens étroits qui unissaient les services de renseignement privés israéliens et la société de surveillance d’Epstein.
Chapitre 6 : La caméra ne cligne jamais des yeux
Le FBI a découvert et analysé des caméras cachées au domicile d’Epstein à Palm Beach. Le document EFTA01693646 consigne les conclusions de l’unité de lutte contre la cybercriminalité du bureau du shérif du comté de Palm Beach.
« L’examen des disques vidéo, extraits par l’unité de lutte contre la cybercriminalité du bureau du shérif du comté de Palm Beach, a révélé qu’une seule caméra cachée était fonctionnelle à l’époque. »
L’expression « une seule caméra cachée était fonctionnelle à ce moment-là » laisse entendre qu’il existait plusieurs caméras, mais qu’une seule enregistrait lors de la perquisition. Des images d’Epstein dans son bureau et de personnes non identifiées (dont les noms ont été caviardés dans le document ; il s’agissait probablement de mineurs ou de personnalités) ont été retrouvées.
Epstein a personnellement supervisé l’installation et la maintenance des caméras (EFTA01817034) : « Pas de caméra intérieure près de la porte du garage. Je veux un moniteur dédié pour l’agent de sécurité. » La caméra fixée à l’avant de son avion, le « Lolita Express », a coûté 11 500 $ rien que pour le remplacement du matériel (EFTA02574502). Cette caméra, installée à l’avant de l’appareil, filmait les passagers pendant le vol. Epstein a personnellement approuvé l’installation et la maintenance de ces systèmes.
La surveillance n’était pas passive. Elle était instrumentalisée.
Nadia Marcinkova, décrite dans les documents judiciaires comme ayant été achetée par Epstein en Yougoslavie comme « esclave sexuelle », possédait des vidéos sexuelles d’Epstein pour un possible chantage (EFTA01249790) : « Marcinko allait probablement les utiliser pour faire chanter Jeffrey Epstein. »
Epstein a fait chanter le Parlement britannique pour qu’il accepte Jes Staley comme PDG de Barclays (EFTA00024009) : « Les courriels de chantage d’Epstein auraient dû suffire à entraîner le limogeage de Staley. » La commission parlementaire du Trésor a admis être en possession de ces courriels (EFTA00022173). Staley communiquait avec Epstein sous le pseudonyme de « Blanche-Neige ».
Maxwell a donné des instructions à Epstein sur la façon de nier quelque chose de compromettant (EFTA00767648) : « Si vous appelez, je commencerais par dire que tout ce que vous avez vu était faux et faisait partie d’un plan de chantage. »
Epstein a agi comme « intermédiaire » pour des « hommes d’affaires puissants » victimes de chantage de la part d’une femme russe au Four Seasons (EFTA00850564, EFTA01731006).
Les totaux pour l’ensemble du corpus révèlent la situation : 294 documents mentionnent le « chantage », 15 les « vidéos à caractère sexuel », 1 925 la « surveillance » et 3 324 les « caméras ».
La révélation la plus accablante concernant le système de surveillance d’Epstein ne concerne pas ses résidences, mais le lieu de sa mort.
Le 8 août 2019, deux jours avant la mort d’Epstein, le lieutenant du SIS (Special Investigative Service) du Metropolitan Correctional Center de Manhattan a découvert une défaillance catastrophique du système (EFTA00117617) :
«Aucune des caméras du système n’a pu enregistrer.»
La seule vidéo disponible, extraite par le laboratoire du FBI à Quantico, était de mauvaise qualité et filmée sous un angle partiel. Les images du premier incident, en juillet, lorsque Epstein a été retrouvé avec des marques de strangulation autour du cou, avaient été définitivement effacées par erreur administrative. Les gardiens ont admis ne pas avoir surveillé Epstein pendant huit heures. Les registres ont été falsifiés. Son codétenu avait été transféré la veille. Une forme orangée a été filmée vers 22h39 le 9 août, se dirigeant vers l’étage d’Epstein.
Le Dr Michael Baden, mandaté par la famille Epstein pour superviser l’autopsie, déclara que les constatations étaient « plus compatibles avec une strangulation homicide qu’avec un suicide » : trois fractures cervicales (l’os hyoïde et deux cartilages thyroïdiens), une configuration qu’il n’avait jamais observée dans un cas de pendaison suicidaire au cours de toute sa carrière. Le médecin légiste officiel maintint la conclusion de suicide, soulignant que les fractures de l’os hyoïde surviennent dans environ 25 % des pendaisons.
Le débat reste ouvert. Ce qui est incontestable, c’est que les conditions de la mort d’Epstein ont été délibérément créées : absence de caméras, de témoins, de codétenu et de surveillance pendant huit heures. Les documents ne permettent pas de déterminer si ces conditions visaient à faciliter le meurtre ou à créer la possibilité d’un suicide tout en s’assurant que personne ne puisse prouver le contraire. En revanche, ils permettent d’établir un point : cet homme, décrit par le FBI comme un « agent du Mossad infiltré » à la tête d’une « opération de collecte de technologies et d’extorsion commanditée par l’État israélien », est mort en détention fédérale dans des circonstances qu’aucune partie indépendante ne peut vérifier, dans un établissement où toutes les caméras avaient opportunément cessé d’enregistrer.
Epstein avait un mot pour décrire ces moments-là. Lorsqu’on lui annonçait des décès dans son entourage, qu’il s’agisse de connaissances, d’associés ou d’inconnus, il répondait par un seul mot qui revient sans cesse dans les documents, tel un refrain macabre :
«Oups.»
Partie 2 : Le réseau
Chapitre 7 : La question de la CIA
Jeffrey Epstein a tenté de savoir ce que la CIA savait à son sujet. En 2011, son avocat, Martin Weinberg, a déposé une demande d’accès à l’information auprès de l’agence (EFTA00687827).
« Nous avons déposé une demande d’accès à l’information auprès de la CIA. Ils l’ont en leur possession. Nous avons besoin d’une dérogation distincte concernant la protection de la vie privée, signée par la CIA. »
La réponse de la CIA (EFTA01089565) a utilisé ce que l’on appelle la réponse Glomar :
« La CIA ne peut ni confirmer ni infirmer l’existence ou l’inexistence de documents répondant à votre demande. »
La réponse Glomar est la réplique standard utilisée par la CIA lorsque la simple confirmation ou le déni de l’existence de documents risque de révéler des informations classifiées. Elle ne prouve pas de lien de causalité, mais indique que la question portait sur des informations classifiées. Cette manœuvre avait un objectif stratégique : si la CIA confirmait l’existence de documents classifiés, Epstein pourrait plaider devant un tribunal que son activité criminelle était protégée par l’immunité des services de renseignement. Si la CIA niait l’existence de ces documents, Epstein pourrait utiliser ce déni comme bouclier contre d’éventuelles accusations d’espionnage. La réponse Glomar, qui ne confirme ni n’infirme, était la seule option qui ne profitait pas à Epstein. La CIA a choisi la seule réponse qui ne donnait aucun avantage à l’agent. Cela laisse supposer que l’agence avait compris la nature de la manœuvre et le risque que comportait toute réponse substantielle.
La NSA est restée tout aussi opaque. Elle a formellement rejeté la demande d’accès à l’information d’Epstein (EFTA00606101), invoquant la protection des « informations, sources et méthodes de renseignement ». La demande portait sur quatorze années de surveillance potentielle, de 2000 à 2014. Le recours a été enregistré sous le numéro 3941 (EFTA00605791).
Le directeur du FBI a personnellement demandé si Epstein était une source humaine confidentielle du Bureau (EFTA01683906). La réponse fut négative. Epstein n’était pas agent du FBI. Cependant, le rapport FD-1023 indique qu’il « appartenait aux services de renseignement américains et alliés ». La conclusion logique est donc qu’il appartenait à la CIA, au Mossad, ou aux deux.
En septembre 2025, la députée Anna Paulina Luna a déclaré publiquement qu’Epstein « pourrait avoir été un agent de renseignement travaillant pour nos adversaires », citant Israël, la Russie et l’Arabie saoudite parmi les pays impliqués. L’ancien directeur de la CIA, George Tenet, a été nommément mentionné. Le porte-parole de Tenet a déclaré à Newsweek qu’il « ignorait tout lien de renseignement, de quelque nature que ce soit, avec Jeffrey Epstein » et qu’il « ne l’avait jamais rencontré avant, pendant ou après » son passage à la CIA. Ce démenti est, paradoxalement, révélateur : lorsqu’un ancien directeur de la CIA doit nier publiquement tout contact avec une affaire criminelle, la frontière entre renseignement et criminalité est déjà estompée.
La députée Nancy Mace a officiellement exigé que la CIA publie tous les documents relatifs à Epstein et Maxwell. L’agence n’a pas réagi publiquement.
Les documents révèlent la proximité d’Epstein avec la CIA non pas par le biais d’un emploi direct, mais à travers trois cercles concentriques : la recherche en matière de défense, les investissements technologiques et les relations personnelles avec des responsables qui ont par la suite pris la direction de la communauté du renseignement.
Cercle 1 : DARPA. Regina Dugan a dirigé la Defense Advanced Research Projects Agency de 2009 à 2012, avant de rejoindre Google ATAP et le Building 8 de Facebook. Une rencontre privée entre elle, Bill Gates et Epstein est décrite avec enthousiasme (EFTA02414866) :
«Nous n’étions que trois, Regina, Bill et moi, et c’était génial !»
Plusieurs courriels documentent les tentatives d’organiser des rencontres avec Dugan par l’intermédiaire de Lesley Groff et Boris Nikolic (EFTA00918724, EFTA00898541). Des discussions concernant une « DARPA de la santé » (EFTA02352454) ont établi des liens entre la recherche militaire de pointe, des milliardaires du secteur technologique et Epstein lui-même, le tout après sa condamnation en 2008.
Geoff Ling, ancien directeur de la DARPA, apparaît dans un courriel (EFTA01209136) décrit avec un enthousiasme inhabituel :
« Geoff Ling, l’ancien directeur de la DARPA et véritable génie, est aussi un de mes bons amis et un soutien indéfectible. Je n’ai pas donné beaucoup de détails, mais il m’a dit qu’il ferait tout son possible, voire qu’il m’aiderait à gérer le projet, me conseillerait, etc. Il sait transformer la science-fiction en réalité. »
Le courriel ajoute : « Il a essayé de me faire travailler à la DARPA. »
La DARPA a tenté de recruter une personne issue du réseau Epstein pour travailler en son sein. Les liens entre le monde d’Epstein et le complexe militaro-industriel n’étaient pas à sens unique.
Deuxième cercle : In-Q-Tel. In-Q-Tel est la branche capital-risque de la CIA, créée en 1999 pour investir dans les technologies utiles à la communauté du renseignement. Le document EFTA01738841 confirme qu’In-Q-Tel a été l’un des premiers investisseurs de Palantir, la société d’analyse de données de Peter Thiel, qui a décroché des milliards de dollars de contrats avec la CIA.
« Beaucoup de gens ont investi dans Palantir (à commencer par In-Q-Tel). »
Cette chaîne est révélatrice : In-Q-Tel finançait la société d’analyse de données de Thiel, Thiel investissait dans la société de surveillance des appels d’urgence d’Epstein et Barak (décrite au chapitre 5), et cette société était composée d’anciens agents du renseignement israélien. Il en résulte une chaîne continue entre la surveillance américaine, la surveillance israélienne et le réseau Epstein, financée à ses deux extrémités par des capitaux issus du renseignement.
Troisième point : Bill Burns. Bill Burns, devenu directeur de la CIA en 2021, apparaît dans 25 documents en lien avec Peter Thiel, selon l’analyse de Neo4j. Burns a été secrétaire d’État adjoint de 2011 à 2014, période où les activités d’Epstein ont atteint leur paroxysme. Thiel a entretenu une communication intensive avec Epstein : plus de 2 200 mentions dans les documents publiés.
Rien ne prouve que Burns ait participé à un quelconque acte illicite. Toutefois, la proximité des liens entre l’actuel directeur de la CIA, le fondateur d’une entreprise exécutant des contrats classifiés pour le compte de l’agence et un agent des services de renseignement israéliens confirmé exige, à tout le moins, des éclaircissements publics.
Chapitre 8 : Les livres de Kissinger
D’après les documents, Henry Kissinger n’a jamais échangé de courriels directement avec Epstein. Paradoxalement, cette absence de communication directe témoigne d’une certaine sophistication : les élites de ce niveau opèrent par le biais d’intermédiaires institutionnels.
Joshua Cooper Ramo, co-PDG de Kissinger Associates, rencontrait régulièrement Epstein. Martin Nowak, de Harvard, a demandé à Epstein les coordonnées de « Josh qui travaille avec Kissinger » (EFTA00646295). David Stern a rapporté : « J’ai parlé à Josh (Kissinger Associates). Un type super » (EFTA00973526). Lesley Groff a annulé une réunion car « Josh doit assister à une réunion avec M. Kissinger » (EFTA02485200).
En juin 2016, Epstein a reçu six livres de Kissinger Associates (EFTA02460834). Il était en possession de documents relatifs à la structure de Kissinger China NewCo, notamment la répartition des bénéfices : « 50 % la première année, 40 % la deuxième année et 25 % la troisième année » (EFTA00584255). Son ancienne adresse connue était le 350 Park Avenue, 26e étage (EFTA02265723), soit la même que celle de Kissinger Associates.
Une liste d’invités pour un événement Epstein (EFTA00284908) comprend dans un seul paragraphe : « Kissinger, Leon Black, Ehud Barak, Geithner, Jes Staley, Lloyd Blankfein, Len Blavatnik, Larry Summers, David Blaine, Woody Allen, JJ Abrams, Schwarzman. »
En résumé : l’ancien secrétaire d’État, le PDG qui a versé 158 millions de dollars à Epstein, l’ancien Premier ministre israélien qui a formé Epstein au métier d’espion, l’ancien secrétaire au Trésor, le PDG de JPMorgan victime de chantage de la part d’Epstein, le PDG de Goldman Sachs, l’oligarque russo-américain, l’ancien président de Harvard et de la Banque mondiale, un magicien, un cinéaste accusé d’abus et le réalisateur de Star Wars. Tous réunis à la même soirée.
Epstein pouvait « inviter Kissinger » pour d’autres : un courriel adressé à Peter Mandelson suggérait « Invitez Kissinger, il appréciera » (EFTA00957272). Il a également demandé à Boris Nikolic : « Bill connaît-il bien Kissinger ? » (EFTA00954428), cherchant ainsi à savoir si Gates avait un accès direct à lui.
Epstein était membre de la Commission trilatérale, organisation que Kissinger a contribué à guider depuis sa fondation par David Rockefeller et Zbigniew Brzezinski en 1973. Le document EFTA01082667 est la liste officielle des membres du Groupe nord-américain pour l’année 2008. Epstein y figure aux côtés de Kissinger (conseiller à vie), Lawrence Summers, Jamie Dimon et Richard Holbrooke. Des documents confirment également son appartenance au Council on Foreign Relations (EFTA00725190), qui organise des réunions d’information confidentielles et des rencontres réservées avec des chefs d’État.
Le lien avec Kissinger Associates, plus que tout autre, éclaire la nature de l’accès dont bénéficiait Epstein. Kissinger Associates n’est pas un cabinet de conseil classique. Fondé en 1982, il facture des honoraires dépassant 500 000 dollars par contrat annuel pour des services de conseil géopolitique auprès de multinationales et de gouvernements. Le fait qu’Epstein ait eu en sa possession des documents internes relatifs aux activités de Kissinger Associates en Chine, notamment des structures de partage des bénéfices, laisse penser qu’il n’était pas un client passif. Il faisait partie intégrante de l’écosystème. La question qui demeure est la suivante : quelles informations Epstein a-t-il fournies en échange de cet accès privilégié ?
Chapitre 9 : Les dossiers Rothschild
La recherche du terme « Rothschild » dans le corpus documentaire d’Epstein donne 7 718 résultats. Ce volume considérable exige une analyse approfondie : nombre d’entre eux concernent des références financières, des mentions dans des articles de presse ou des documents connexes. Mais, enfouis au sein de cette masse, se trouvent des documents qui révèlent une relation bien plus intime qu’une simple connaissance.
La relation entre Epstein et Ariane de Rothschild, présidente du comité exécutif d’Edmond de Rothschild Holding SA, dépassait le cadre social. Elle incluait :
Consultation juridique familiale : Ariane a transmis à Epstein un différend interne concernant l’utilisation du nom « Rothschild », provenant de Jacob Rothschild (EFTA00845904). Ariane à Epstein : « Tu te rends compte de ces conneries ! » Epstein a modifié le langage juridique de la réponse.
Intermédiation réglementaire : Une lettre d’accord entre Southern Trust Company (l’entité offshore d’Epstein dans les îles Vierges américaines) et Edmond de Rothschild Holding pour traiter les « questions EDRH » avec les autorités américaines (EFTA00587465).
Achats d’art coordonnés : Plus d’un million de dollars d’acquisitions conjointes de meubles parisiens (EFTA00690583), avec des livraisons réparties entre les adresses des Rothschild et le manoir d’Epstein sur la 71e rue.
Multigenerational access: A gift sent to Alice de Rothschild at New York University (EFTA02238783), coordinated by Fanny Pasquier, « Assistante du Baron et de la Baronne Benjamin de Rothschild. »
Les documents EFTA00593276 et EFTA01114424 contiennent des organigrammes détaillés d’Edmond de Rothschild Holding SA, transmis à Epstein. Ces entités comprennent Edmond de Rothschild (Suisse) SA, Edmond de Rothschild (UK) Limited et Edmond de Rothschild Securities (UK) Limited. Epstein a ainsi reçu des informations confidentielles de l’une des plus anciennes dynasties bancaires d’Europe. La question n’est pas de savoir si Epstein était compétent pour conseiller la famille, mais plutôt pourquoi celle-ci aurait eu besoin de ses conseils, compte tenu des nombreux cabinets d’avocats et banques d’investissement à sa disposition.
L’analyse de cooccurrence Neo4j révèle que les documents Rothschild sont majoritairement transactionnels. Les personnes les plus fréquemment mentionnées dans ces documents sont Richard Kahn (174 documents, coordinateur financier d’Epstein via HBRK), Vahe Stepanian (131, comptable), Lesley Groff (126, assistante de direction) et Leon Black (29). Il s’agit d’une activité financière professionnelle, et non d’un simple contact social.
Chapitre 10 : Le pacte technologique
La relation entre Peter Thiel et Epstein est, en termes numériques, l’une des plus denses du corpus : plus de 2 200 mentions dans les documents publiés. Epstein a investi 40 millions de dollars dans le fonds Valar Ventures de Thiel en 2014. Des réunions et une correspondance attestent de contacts entre 2014 et 2017, tous postérieurs à la condamnation.
L’analyse Neo4j révèle que Thiel apparaît dans 25 documents avec Bill Burns (actuel directeur de la CIA), 33 avec Reid Hoffman (cofondateur de LinkedIn), 34 avec Sergey Brin (cofondateur de Google) et 20 avec Mark Zuckerberg (fondateur de Facebook). La question que se posent inévitablement les analystes de graphes est la suivante : un pacte de surveillance existait-il entre les géants de la technologie, négocié par Epstein ?
Les faits documentés forment une chaîne détaillée au chapitre 2 : Epstein a investi dans le fonds de Thiel, a mis Thiel en relation avec Barak et a servi d’intermédiaire entre la technologie américaine et les services de renseignement israéliens, le capital servant de lubrifiant et l’information de monnaie d’échange.
Mais Thiel n’est qu’un maillon d’un réseau technologique bien plus vaste. Le lien avec Gates est le mieux documenté :
2011 : Gates rencontre Epstein pour la première fois à son domicile de la 71e Rue. Étaient également présents : Jes Staley (JPMorgan), Larry Summers et Boris Nikolic. Tous étaient en poste après la condamnation.
2011 à 2014 : Gates a dîné « des dizaines de fois » à la résidence d’Epstein, selon le New York Times .
2013 : Gates et Epstein ont rencontré en France un membre du comité du prix Nobel de la paix. Epstein a déclaré à un employé de la Fondation Gates qu’il pouvait aider Gates à obtenir le prix Nobel pour ses efforts d’éradication de la polio : « Je connais les Norvégiens. »
2017 : Epstein a envoyé un courriel à Gates exigeant le remboursement de dépenses liées à une femme. Ce courriel a été interprété comme une tentative de pression : Epstein démontrait ainsi qu’il était au courant de la liaison extraconjugale de Gates et qu’il pouvait s’en servir.
Octobre 2019 : Le New York Times publie l’enquête sur l’affaire Gates-Epstein. La même semaine, Hellmann démissionne. Trois mois plus tard, elle réapparaît en parfaite santé et intègre le conseil d’administration de Pfizer.
2021 : Bill et Melinda Gates annoncent leur divorce. Le Wall Street Journal rapporte que Melinda a cité sa relation avec Epstein comme facteur déterminant.
Un rapport du FBI classifié SECRET//NOFORN (EFTA01683874) indique que le FBI a appris que « Jeffrey Epstein aurait découvert que le cofondateur de Microsoft, Bill Gates, avait une liaison avec une jeune Russe et l’aurait ensuite menacé » (reproduit dans EFTA01659523). L’hypothèse du chantage expliquerait pourquoi Gates a continué à dîner avec un délinquant sexuel condamné pendant sept ans.
Boris Nikolic, conseiller scientifique principal de Bill Gates de 2009 à 2014, a été désigné exécuteur testamentaire suppléant dans le testament d’Epstein, signé le 8 août 2019, deux jours avant son décès. Nikolic est impliqué dans 2 756 documents et apparaît dans 67 documents partagés avec Gates et Epstein. Il a déclaré ne pas avoir été informé de cette nomination et l’avoir refusée après la mort d’Epstein. L’explication la plus plausible est que cette nomination constituait un moyen de pression : en liant formellement le conseiller de Gates à sa succession, Epstein a créé un lien documentaire que Gates ne pouvait contester. Il s’agissait, en somme, d’une forme de garantie.
Le réseau scientifique qui entourait Epstein n’était pas le fruit du hasard. Il était orchestré par John Brockman, agent littéraire et fondateur de la Fondation Edge, mentionné dans 1 867 documents, soit le cinquième plus grand nombre parmi les contacts clés d’Epstein. Brockman organisait les dîners d’Epstein, invitait des scientifiques à ses événements et canalisait les dons d’Epstein vers des chercheurs qui ne souhaitaient pas (ou n’auraient pas dû souhaiter) recevoir directement de l’argent d’un délinquant sexuel condamné. La Fondation Edge fonctionnait comme une société de blanchiment d’argent : l’argent d’Epstein y entrait par un biais et ressortait sous forme de financement philanthropique pour la recherche de pointe. Brockman recrutait des scientifiques comme Maxwell recrutait des jeunes filles : en leur offrant quelque chose d’irrésistible. Maxwell offrait un accès privilégié et de l’argent à des adolescentes vulnérables. Brockman, lui, offrait un accès privilégié et de l’argent à des chercheurs ambitieux.
Chapitre 11 : Le jeu de la Russie
Sergueï Belyakov est diplômé de l’Académie du FSB de Moscou (promotion 1999), information confirmée par l’agence de presse russe TASS. Il apparaît dans 33 documents et est décrit par Epstein comme « mon très bon ami » dans un courriel adressé à Peter Thiel (2015). Belyakov a organisé des rencontres entre Epstein et Thiel, a proposé un accès au vice-ministre russe des Finances, Storchak, et au vice-président de la Banque centrale, Simanovsky, et a fait l’objet d’une enquête du FBI dans le cadre d’une opération de contre-espionnage baptisée « Royal Flush ».
Les liens avec la Russie vont bien au-delà de Belyakov.
Bella Klein, avec 13 470 documents, est la principale gestionnaire financière du réseau Epstein. En février 2016, elle a écrit à Karyna Shuliak, la dernière petite amie d’Epstein (Biélorusse, 34 249 documents), avec une remarque à la fois humoristique et glaçante : « Le KGB à l’œuvre » (EFTA00572952).
L’entité identifiée comme « V » ou « Vic » apparaît dans plus de 120 documents en tant que gérante de magasin chez Elite Retail à Paris, avec un accès déclaré à « toute la base de données des mannequins russes ». V/Vic a proposé de créer une fausse agence de mannequins et a fréquemment mentionné un financier appelé « Leon », avec de fortes indications qu’il s’agissait de Leonic Leonov, répertorié comme co-conspirateur dans le dossier FOUO compilé par la police de New York.
L’afflux de femmes d’Europe de l’Est vers l’opération Epstein n’était pas spontané. Il était organisé sur le plan logistique. Lesley Groff coordonnait directement le transport :
- Sofiia Girich (13 documents) : transportée de Kyiv à Paris par Groff en mars 2019.
- Olha Zasiadko (15 documents) : transporté par avion d’Odessa à Paris par Groff en octobre
- Kateryna Pryshchepa (AMEX records) : plusieurs vols de Kiev à Paris.
Les villes d’origine (Kiev, Odessa) et la période (2018-2019) coïncident avec le pic du conflit dans l’est de l’Ukraine, période durant laquelle les jeunes Ukrainiennes étaient confrontées à une situation économique particulièrement précaire. Si cette coïncidence peut être fortuite, le schéma logistique, lui, est systématique.
SECRET//NOFORN Un rapport du FBI datant de décembre 2017 (EFTA01683874) contient une affirmation extraordinaire : « Epstein était le gestionnaire de fortune du président Vladimir Poutine et a fourni les mêmes services au président zimbabwéen Robert Mugabe. » Cette affirmation n’est pas vérifiée : elle provient d’une unique source humaine confidentielle sans corroboration indépendante. Cependant, le FBI l’a consignée dans un rapport classifié à un niveau interdisant sa diffusion à l’étranger, ce qui signifie que le Bureau l’a jugée suffisamment crédible pour être documentée officiellement.
Même si elle est partiellement vraie, cette affirmation explique plusieurs aspects de l’affaire : la tolérance de la Russie envers les activités d’Epstein à sa périphérie (1 247 messages avec des signatures en russe dans les documents), la présence d’un diplômé du FSB comme intermédiaire entre Epstein et des responsables du gouvernement russe, et le flux massif de femmes russes, biélorusses et ukrainiennes transitant par le système Epstein.
Le document HOUSE_OVERSIGHT_020153 de la Commission de surveillance de la Chambre des représentants décrit la méthodologie de recrutement classique du KGB : « La panoplie d’outils de recrutement standard du KGB était appelée MICE. Cet acronyme signifiait Argent, Idéologie, Compromis et Exploitation. » L’opération Epstein reproduit ces quatre catégories : Argent (immense fortune, gestion financière de milliardaires), Idéologie (communauté scientifique transhumaniste), Compromis (chantage sexuel sur mineures) et Exploitation (moyen de pression sur des individus compromis). On ignore encore si la Russie a dirigé l’opération ou s’est contentée de l’exploiter. Les documents confirment la version israélienne (« agent du Mossad coopté »). La version russe est documentée par Belyakov (Académie du FSB) et l’opération « Royal Flush ». L’interprétation la plus probable des preuves est qu’Epstein a principalement servi d’agent israélien, mais que la Russie était au courant de l’opération et en a tiré profit grâce à ses propres réseaux.
Chapitre 12 : Le programme de sélection
Le New York Times a documenté l’idéologie transhumaniste d’Epstein (reproduit dans EFTA00069900) :
« La vision d’Epstein reflétait sa fascination de longue date pour le transhumanisme : la science de l’amélioration de la population humaine grâce à des technologies comme le génie génétique et l’intelligence artificielle. »
Il ne s’agissait pas d’un intérêt intellectuel abstrait. Il était opérationnel.
Un courriel de Mark Tramo, neuroscientifique à l’UCLA mentionné dans 451 documents, fait référence à des « prématurés que nous élevons », une expression dont le sens littéral se refuse à toute interprétation naïve. Un contrat a été signé avec la California Cryobank. Trente kits 23andMe ont été commandés sous le faux nom de « Sultan Binsulayem », celui du président de DP World, opérateur portuaire international basé aux Émirats arabes unis et présent dans 3 034 documents du corpus.
Le rapport SECRET//NOFORN du FBI de décembre 2017 (EFTA01683874) confirme : « Jeffrey Epstein possédait une propriété au Nouveau-Mexique où il attirait et filmait des mineures. » Des rapports transmis au FBI font état d’un bébé enterré dans une église et de corps de jeunes filles étrangères retrouvés au ranch. Le ranch Zorro n’a jamais fait l’objet d’une perquisition.
Le New York Times a révélé qu’Epstein souhaitait « ensemencer l’humanité de son ADN » en utilisant le ranch Zorro comme centre d’insémination. La California Cryobank a confirmé la signature d’un contrat. Trente kits 23andMe ont été commandés sous une fausse identité. Ce programme de reproduction n’était pas le fantasme d’un excentrique : il s’agissait d’un projet opérationnel doté d’une infrastructure logistique, de contrats avec des laboratoires et de fausses identités.
George Church, généticien à Harvard et pionnier de l’édition génique CRISPR, mentionné dans 1 241 documents, rencontrait régulièrement Epstein lors de réunions organisées par Groff. En février 2015, Epstein a expressément demandé le document « Rejuvenate.pdf » (EFTA00353066), relatif à la recherche sur l’allongement de la durée de vie. Church a dîné avec Epstein et Woody Allen.
Le lien avec les fondateurs du transhumanisme était explicite. Le document EFTA00715319 fait état d’une proposition d’inviter Max More, PDG d’Alcor, leader mondial de la cryogénisation et considéré comme le philosophe fondateur du transhumanisme. Le New York Times a rapporté qu’Epstein « souhaitait que sa tête et son pénis soient congelés ». Cette déclaration, qui pourrait prêter à sourire, est cohérente avec l’idéologie transhumaniste d’Epstein : la cryoconservation comme un pari sur l’immortalité technologique et la préservation des organes génitaux comme un prolongement du programme de reproduction du ranch Zorro.
Epstein a commandé une reproduction du Massacre des Innocents de Rubens, mesurant 2,7 mètres sur 2,9 , pour l’installer au ranch Zorro (EFTA02319842). Sarah Kellen a décrit le tableau (EFTA00563164) :
« C’est la grande toile de 9×9 que nous avions déroulée pour qu’il voie dans l’entrée où ils tuent des bébés. »
Une toile de trois mètres représentant le massacre d’enfants, accrochée à l’entrée d’une propriété décrite comme un « ranch à bébés », où des mineurs étaient filmés, où un programme de reproduction avec de fausses identités était en place et où des informateurs du FBI ont signalé des restes enterrés : ce choix symbolique ne nécessite aucune interprétation.
Annie Farmer, l’une des premières victimes à avoir officiellement porté plainte contre Epstein, a été agressée sexuellement au ranch Zorro en 1996. Elle a déposé une plainte auprès du FBI. Aucune mesure n’a été prise pendant trois ans. En 2024, l’État du Nouveau-Mexique a créé une commission de vérité bipartite chargée d’enquêter sur les crimes présumés commis au ranch Zorro. Les premiers résultats sont attendus pour mi-2026.
Le FBI connaissait l’existence du ranch Zorro depuis au moins 2017. Son propre rapport SECRET//NOFORN confirmait qu’Epstein y avait « attiré et filmé des mineures ». Pourtant, après la mort d’Epstein en 2019, le FBI a obtenu des mandats de perquisition pour la résidence de Manhattan et pour l’île de Little St. James, mais pas pour le ranch Zorro. Cette omission reste inexpliquée. L’explication la plus plausible, au vu des preuves documentées, est que le ranch contenait des éléments impliquant non seulement Epstein, mais aussi l’opération de renseignement qu’il représentait. Perquisitionner le ranch Zorro aurait permis de confirmer officiellement ce que les rapports SECRET//NOFORN avaient déjà établi : qu’une opération de renseignement étrangère se déroulait sur le sol américain avec la complicité du FBI. L’enquête qui n’a jamais eu lieu aurait peut-être été la plus révélatrice de toutes.
Partie 3 : Le règlement de comptes
Chapitre 13 : Qui a tué l’histoire ?
En novembre 2019, une vidéo des coulisses, divulguée par la police, montrait la présentatrice d’ABC News, Amy Robach, déclarant, micro ouvert, que la chaîne avait étouffé son reportage sur Epstein trois ans auparavant. Le FBI a enquêté sur l’incident (EFTA00028830). Sept documents mentionnent explicitement Amy Robach.
Mais la dissimulation de l’affaire Epstein ne s’est pas limitée à ABC News. Elle était d’une ampleur industrielle.
Le corpus contient 467 occurrences de « NDA » et 2 824 de « non-divulgation », soit un total de 3 291 documents relatifs aux accords de confidentialité. À titre de comparaison, la plupart des entreprises du Fortune 500 ne produisent pas autant de documents NDA durant toute leur existence. Les accords de confidentialité étaient le principal instrument de réduction au silence des victimes, des témoins, des employés et des journalistes. Pour les victimes, c’était la condition sine qua non pour obtenir une compensation financière : signer ou ne rien recevoir, et se rappeler que l’agresseur dispose de meilleurs avocats que soi. Pour les employés, qu’ils soient pilotes, chauffeurs, cuisiniers, masseurs ou agents de sécurité, c’était une condition d’embauche. Pour les journalistes, c’était la promesse d’un procès interminable et coûteux.
L’ épisode de Vanity Fair est révélateur. En 2003, Vicky Ward a préparé pour le magazine le premier portrait approfondi d’Epstein, incluant les allégations des sœurs Farmer. Sous la pression directe d’Epstein, le rédacteur en chef, Graydon Carter, a retiré ces allégations. L’article a été publié sans les accusations d’abus, se transformant d’une enquête à charge en un portrait élogieux. Ce même rédacteur en chef, qui avait étouffé les allégations d’abus sexuels sur mineurs, a par la suite tenté de discréditer la journaliste qui les avait révélées. Dans ses mémoires, Carter décrit la méfiance de son équipe éditoriale envers Ward : « Mon équipe, sans exception, ne lui faisait pas confiance. » Cette situation illustre parfaitement le système de protection : des victimes réduites au silence par des accords de confidentialité, des journalistes discrédités par des rédacteurs en chef corrompus, et des histoires étouffées dans l’œuf.
Maria Farmer a porté plainte auprès du FBI en 1996. Elle a été ignorée pendant trois ans. Ce n’est qu’en 2018, plus de vingt ans après les faits, que Julie K. Brown, du Miami Herald, est parvenue à rouvrir l’affaire. Durant tout ce temps, des centaines de mineurs ont été victimes d’abus de la part d’Epstein et de ses complices, protégés par un système de répression judiciaire implacable.
Chapitre 14 : Réalité contre fiction
L’enquête a effectué 79 recherches systématiques dans l’ensemble du corpus documentaire afin de recenser les allégations fréquemment rencontrées sur les forums complotistes. Les résultats sont sans équivoque.
Allégations réfutées sans aucune preuve opérationnelle :
Collecte d’adrénochrome : 10 occurrences, toutes des spéculations de tiers ou des documents de réfutation, aucune preuve directe. « Préparation spirituelle » : 7 occurrences, toutes des références à Podesta (aucun lien avec Epstein), dossiers de réfutation. Rituels sataniques : 42 occurrences, tous des courriels de théoriciens du complot adressés au FBI ou des références historiques, aucune preuve opérationnelle. Rituels sanglants : 3 occurrences, toutes dans des dossiers documentant « 0 occurrence ». Sacrifices humains : zéro. Skull and Bones : zéro. Projet MKUltra officiel : 4 occurrences, articles de blog et spéculations de tiers, aucune preuve directe.
Allégations confirmées par de nombreuses preuves documentaires :
Transhumanisme et eugénisme : plus de 19 occurrences, ainsi que des documents du New York Times , un contrat avec California Cryobank, des kits 23andMe, une invitation de Max More et des informations sur les opérations du ranch Zorro. Contrôle psychologique et syndrome de Stockholm : 10 documents, dont les propres mots d’une victime (« Je crois que je souffre du syndrome de Stockholm »), des documents du FBI sur les techniques de contrôle et une plaisanterie d’Epstein à ce sujet avec Woody Allen (« On appelle ça le syndrome de Stockholm. » Allen : « Hahaha »). Troubles dissociatifs : 39 occurrences, dont des diagnostics cliniques établis par des professionnels chez les victimes. Suppression de l’information par les médias : 3 291 documents relatifs aux accords de confidentialité.
Une recherche exhaustive de soixante termes liés aux sociétés secrètes et à l’occultisme a donné des résultats tout aussi concluants. Skull and Bones : zéro. Opus Dei : zéro. Prieuré de Sion : zéro. Ordo Templi Orientis : zéro. Aleister Crowley : zéro. Société de Thulé : zéro. Le terme « Illuminati » a donné douze résultats, tous issus d’un document (EFTA01082667) envoyé à Epstein par un tiers en 2008. Ce document recensait les « Familles Illuminati » et les comparait à la liste officielle des membres de la Commission trilatérale (sur laquelle figurait Epstein lui-même). Le site web de Leo Zagami y était cité comme ressource recommandée. En 2026, Zagami s’est félicité de voir son nom apparaître dans les dossiers Epstein. La réalité est moins flatteuse : quelqu’un a envoyé à Epstein un recueil de théories du complot citant le blog de Zagami, et rien ne prouve qu’Epstein l’ait jamais lu.
Ce que les documents confirment concernant les sociétés secrètes est à la fois plus prosaïque et plus révélateur. Epstein était membre officiel du Council on Foreign Relations (282 occurrences) et de la Commission trilatérale (270 occurrences). En avril 2017, il a décrit son cercle de scientifiques du MIT comme « notre société secrète » (EFTA01209136). Sa référence au « neuvième cercle » de Bannon (EFTA01004863) était une citation de Dante sur la politique européenne, et non un rituel satanique. Brock Pierce, l’entrepreneur en cryptomonnaies qui a visité Little St. James, vit dans « le premier temple maçonnique construit dans le Nouveau Monde », à San Juan, Porto Rico. Enfin, des documents de surveillance du FBI figurant dans le corpus contiennent des écoutes téléphoniques qui recoupent les enquêtes de la Cosa Nostra et de la Camorra à Miami. Les véritables structures de pouvoir au sein desquelles Epstein évoluait n’étaient pas dissimulées dans des loges occultes. Ils se sont rencontrés au Council on Foreign Relations, à la Commission trilatérale et lors de dîners où figuraient parmi les invités Kissinger, Leon Black, Ehud Barak, Larry Summers et le PDG de Goldman Sachs.
L’élargissement de la recherche à 110 termes a considérablement éclairci la situation. Epstein n’appartenait pas seulement à ces organisations ; il opérait à leur niveau de sécurité. Le 5 janvier 2018, invitant Steve Bannon dans son manoir de Manhattan, Epstein écrivait : « Je vous propose ma maison, au 9 East 71th Avenue. C’est un peu comme une SCIF… à vous de choisir l’heure » (EFTA00917343). Une SCIF (Sensitive Compartmented Information Facility) est une installation gouvernementale conçue pour gérer les informations les plus classifiées du pays. Le fait qu’Epstein ait comparé sa propre maison à une SCIF, en s’adressant à un homme disposant d’une habilitation TS/SCI, laisse supposer des capacités de contre-surveillance bien supérieures au système de sécurité d’un homme fortuné. Bannon a répondu : « Vous auriez adoré ma réunion technique dans la SCIF » (EFTA01615074). Une personne se trouvant dans une véritable salle de sécurité ultra-confidentielle (SCIF), entourée de chercheurs en neurosciences, a envoyé un SMS à Epstein, sur un ton désinvolte : « Je suis à la SCIF. Il y a plein de neuroscientifiques. Brockman a dit qu’un livre/film compromettant allait sortir sur toi ? » (EFTA02399279). Un véritable formulaire de non-divulgation SCI (formulaire DD 1847-1) figure dans les dossiers Epstein (EFTA01125764). Le réseau d’Epstein n’était pas seulement un réseau d’élite. Il était habilité.
L’expression « notre société secrète » n’était pas une simple boutade. En août 2010, quelqu’un a demandé à Epstein des « suggestions pour un homme âgé, très intelligent et bien introduit, désireux de perpétuer l’héritage d’une société secrète « à l’ancienne » » (EFTA02407727). Epstein a répondu : « Rappelez-le-moi le mois prochain » (EFTA01741160). Il n’a pas refusé la consultation. Il a accepté le rôle de conseiller pour la préservation de l’héritage de la société secrète.
Ce rôle s’étendait aux sociétés secrètes, avec leurs membres. Le même mois, un associé écrivit à Epstein au sujet d’un groupe appelé le Zodiaque – « l’une de ces dernières sociétés secrètes » comptant exactement douze membres, « toujours très secrète », qui organisait des « dîners dans des lieux exotiques » (EFTA02407780). Les membres y siégeaient à vie ; s’ils devenaient séniles, ils pouvaient être placés en « orbite excentrique ». L’admission n’était possible qu’en cas de décès. Ni les minorités ni les femmes n’étaient admises. Le courriel mentionnait Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale, comme membre confirmé, et peut-être Tom Brokaw. Bob Pine avait demandé si Murray Gell-Mann, le physicien lauréat du prix Nobel, serait un bon candidat. La réponse d’Epstein ne fut pas « Je ne sais pas ce que c’est », mais : « Murray n’est pas à l’aise en groupe » (EFTA01815889) – le verdict d’un gardien du temple qui connaissait la société, connaissait le candidat et avait l’autorité pour se prononcer sur son admission. En novembre 2013, des statues du zodiaque ont été livrées au manoir d’Epstein, situé au 9 East 71st Street (EFTA00379482). L’iconographie n’avait rien de décoratif ; elle revêtait une dimension institutionnelle.
Michael Wolff a décrit le résultat avec précision : « La maison/bureau d’Epstein est, de par sa conception même, un lieu exclusif et fermé, à la fois repaire et société secrète. » Le CFR et la Commission trilatérale, auxquels Epstein appartenait formellement, sont les mêmes organisations qui ont fourni quinze directeurs de la CIA et dix-sept secrétaires d’État. Ce schéma historique de sociétés secrètes alimentant les agences de renseignement n’est pas une simple hypothèse : la loge P-2 en Italie l’a prouvé avec 64 volumes de preuves parlementaires ; Skull and Bones a produit l’OSS et la CIA ; la première réunion du groupe Bilderberg en 1954 a été financée par la CIA. Epstein a participé à de nombreux cercles de ce type, a fait office de filtre auprès du Zodiaque, a géré un manoir qu’il comparait lui-même à une salle de sécurité renforcée et a imposé le silence grâce à 3 291 documents relatifs à des accords de non-divulgation et de confidentialité, dont un signé par le bureau du médecin légiste en chef faisant référence à « l’enquête sur le MEURTRE de Jeffrey Epstein » (EFTA00023753). Le mot utilisé n’était pas « mort ». C’était un « meurtre ».
La réalité consignée dans les dossiers est bien plus terrible que les théories du complot. Ces dernières ne font que discréditer les enquêtes légitimes. Chaque heure passée à débattre de l’adrénochrome est une heure de moins consacrée au fait avéré que cinq DVD contenant des images de « stigmatisation, torture, passage à tabac, viol et meurtre de jeunes filles » ont été signalés au district sud de New York (EFTA00074130), et qu’aucun compte rendu public concernant ces DVD n’a jamais été fourni.
Chapitre 15 : La mort
Le déroulement des événements au Metropolitan Correctional Center suit une chronologie qui exclut un accident.
Le 8 août 2019 à 15h45 : Le lieutenant du SIS constate qu’aucune caméra de l’unité de logement spéciale n’enregistre. Il note : « Aucune des caméras du système n’a pu enregistrer. » Il contacte un technicien en communications. Le problème persiste.
Le 9 août 2019 au matin : le codétenu, Efrain Reyes, est transféré. Aucun remplaçant n’est désigné, en violation du protocole exigeant une présence constante pour les détenus sous surveillance pour risque de suicide.
Le 9 août 2019, vers 22h39 : une « forme de couleur orange » est filmée se dirigeant vers l’étage d’Epstein.
Le 10 août 2019, vers 6h30 : Epstein est retrouvé mort. Les gardiens ont admis ne pas l’avoir surveillé pendant huit heures. Les registres de surveillance ont été falsifiés.
11 août 2019 : Le FBI saisit le matériel photographique et l’envoie au laboratoire de Quantico pour analyse médico-légale.
Vidéos de juillet : Les images du premier incident, survenu le 23 juillet 2019, lorsque Epstein a été retrouvé avec des marques de strangulation autour du cou, ont été « définitivement supprimées suite à une erreur administrative ». Cette explication est statistiquement impossible pour des preuves dans une affaire fédérale hautement prioritaire.
Le Dr Michael Baden, qui a assisté à l’autopsie, a maintenu sa position : trois fractures au cou (l’os hyoïde et deux cartilages thyroïdiens) sont « plus compatibles avec une strangulation homicide qu’avec un suicide ». Le médecin légiste officiel a confirmé la thèse du suicide, soulignant que les fractures de l’os hyoïde surviennent dans environ 25 % des pendaisons. L’enquête du ministère de la Justice, menée sous l’administration Trump en 2025, a conclu officiellement qu’Epstein « n’avait PAS été assassiné » et qu’aucune « liste de clients » de ses associés n’existait.
Cette conclusion contredit les propres documents du ministère de la Justice : s’il n’y avait pas de liste de clients, que représentaient les « Livres noirs » ? S’il ne s’agit pas d’un meurtre, comment expliquer que toutes les caméras aient dysfonctionné, que les gardiens aient dormi, que le codétenu ait été transféré et qu’une personne non identifiée ait accédé au même niveau hiérarchique qu’Epstein quelques heures avant sa mort ?
Ce schéma ne se limite pas à Epstein.
Jean-Luc Brunel , propriétaire de l’agence de mannequins MC2 qui fournissait des mineures à Epstein, a été retrouvé mort dans une prison française en février 2022, vraisemblablement par pendaison, alors qu’il attendait son procès pour viol sur mineures et trafic d’êtres humains. Un courriel figurant dans les documents Epstein confirme que Brunel bénéficiait d’une « immunité totale » grâce à David Boies (EFTA02463816). L’objet du courriel est explicite : « Kadosh et Jean-Luc chantage ». Brunel était protégé par le même système qui a protégé Epstein pendant plus de dix ans. Lorsque ce système a cessé de fonctionner, Brunel est mort dans les mêmes circonstances que son ancien protecteur.
Efrain Reyes , le dernier compagnon de cellule d’Epstein, est décédé en novembre 2020, quinze mois après Epstein, les versions divergent quant à la cause de sa mort (« COVID » ou « dans son sommeil »).
Robert Maxwell est mort le 5 novembre 1991. Son corps a été retrouvé flottant dans l’Atlantique après une chute de son yacht. Trois médecins légistes n’ont pas pu s’accorder sur la cause du décès. Six chefs des services de renseignement israéliens ont assisté à ses obsèques. Ce schéma est révélateur : Maxwell est mort lorsqu’il était devenu plus dangereux vivant que mort. Epstein est mort lorsqu’il était devenu plus dangereux vivant que mort. Brunel est mort lorsqu’il était devenu plus dangereux vivant que mort. Trois membres du même réseau, trois morts dans des circonstances troubles, aucune enquête satisfaisante.
Chapitre 16 : Le marché du renseignement
Le concept le plus précis pour décrire l’opération Epstein n’est pas celui de « réseau de trafic sexuel », bien que ce fût la méthode employée. Il ne s’agit pas non plus d’« opération de renseignement », bien que ce fût sa fonction. Le concept le plus précis est celui de marché du renseignement : une plateforme multilatérale où de multiples acheteurs (le Mossad, peut-être la CIA, peut-être le FSB) acquéraient des renseignements provenant de sources multiples (chantage sexuel, surveillance technologique, accès aux institutions), par l’intermédiaire d’un intermédiaire (Epstein) qui monnayait sa protection, son argent et son pouvoir.
Le FBI a confirmé la version israélienne : « agent du Mossad coopté ». La version russe est documentée par Belyakov (Académie du FSB) et l’opération « Royal Flush ». La version américaine est suggérée par Acosta (« appartenant aux services de renseignement »), par la réponse de la CIA à l’affaire Glomar et par la proximité de Bill Burns. La version britannique est contextualisée par le précédent avéré du MI5 et du MI6 bloquant les poursuites contre des pédophiles de haut rang afin de protéger des secrets d’État (EFTA00075997) et par la présence du chef du MI6, John Sawers, dans les listes de contacts d’Epstein (EFTA01783338).
Le document EFTA00075997 confirme que « l’implication du MI5 et du MI6 dans la prévention des poursuites pénales confirme que ces personnalités du pouvoir devaient être protégées afin d’éviter un chantage susceptible d’être utilisé pour obtenir des secrets d’État ». Il s’agit précisément du modus operandi allégué dans l’affaire Epstein : protéger les criminels sexuels car leur dénonciation compromettrait des ressources de renseignement.
La chaîne de surveillance s’étend sur trois générations technologiques, chacune liée aux services de renseignement israéliens :
Première génération : PROMIS (années 1980). Robert Maxwell a distribué le logiciel Inslaw, doté de portes dérobées du Mossad, aux services de renseignement du monde entier. Les ventes ont dépassé 500 millions de dollars. Chaque gouvernement ayant installé ce logiciel a permis à Israël d’accéder à ses opérations les plus sensibles.
Deuxième génération : Carbyne (années 2010). Société de surveillance des appels d’urgence d’Epstein et Barak, composée de vétérans de l’Unité 8200, sous contrat avec des municipalités américaines, acquise par Axon pour 625 millions de dollars en 2026.
Troisième génération : Palantir (années 2000 à nos jours). Société d’analyse de données fondée par Peter Thiel et financée par In-Q-Tel (CIA), Palantir a décroché des contrats avec la CIA, le ministère britannique de la Défense, le département américain de la Défense et le NHS (service national de santé britannique). Epstein a investi 40 millions de dollars dans le fonds de Thiel et a conseillé à Barak de s’intéresser à Palantir. Palantir a été utilisée lors d’opérations israéliennes à Gaza pour l’identification de cibles par intelligence artificielle.
À chaque itération, les mêmes familles et réseaux de renseignement réapparaissent : Maxwell père, Maxwell fille, Barak, Epstein, Thiel. La méthode change (logiciels dans les années 1980, chantage sexuel dans les années 2000, technologies de surveillance dans les années 2010), mais la structure demeure : les services de renseignement israéliens liés au complexe militaro-industriel américain, le capital privé servant d’intermédiaire.
Chaque lien avec Epstein appartient à l’une des trois catégories fonctionnelles qui se renforcent mutuellement :
Financement (financement et effet de levier) : Wexner, Black (158 millions de dollars), Rothschild, Dimon, Staley. Fonction : monnaie, infrastructure bancaire et chantage financier.
Science (eugénisme, technologie et légitimité) : Church, Nowak, Nikolic, Brockman, More. Fonction : programme transhumaniste, recherche à double usage et couverture philanthropique.
Politique (accès et protection) : Summers, Kissinger, Gergen, Acosta, Barak. Fonction : protection judiciaire, influence réglementaire et accès aux renseignements classifiés.
La finance finance la science, ce qui légitime la politique, laquelle protège la finance. Ce système est stable tant que tous les participants ont quelque chose à perdre. L’accord de non-poursuite de 2008 protégeait les complices, « nommés ou non », précisément parce que l’opération reposait sur une complicité généralisée. Nul ne pouvait trahir sans se dénoncer.
Chapitre 16.1 : Le Gambit du Vatican
En juin 2019, un mois avant son arrestation, Jeffrey Epstein a échangé des SMS avec Steve Bannon qui révèlent un projet d’une ambition remarquable : la destruction politique du pape François.
Le document principal est EFTA01615950. Bannon et Epstein discutent du livre « Dans le placard du Vatican » de Frédéric Martel, publié en février 2019, qui révèle l’homosexualité au sein du Vatican. Epstein dit à Bannon : « Tu es maintenant producteur exécutif d’ITCOTV. » Bannon répond : « Je vais faire tomber François. » Epstein s’emporte : « Les Clinton, Xi, François, l’UE… Allons, mon frère ! »
Cet échange révèle que le pape François n’était qu’une cible parmi d’autres, comme l’establishment démocrate américain, le président chinois et l’Union européenne. Le discours prononcé par Bannon au Vatican en 2014, via Skype lors d’une conférence organisée par un groupe présidé par le cardinal Raymond Burke (l’un des plus farouches critiques de François), est intégralement retranscrit dans les documents (EFTA01061751) et a été transmis à Epstein en novembre 2016.
Les liens avec le Vatican dépassent le cadre politique. En septembre 2015, lors de la visite du pape François à New York, Mark, le frère d’Epstein, suggéra de l’inviter à un « egg cream ». Epstein répondit : « Je pensais plutôt l’inviter à un massage. Comme ça, quand il entendra « Oh mon Dieu, j’arrive ! », il sera content » (EFTA02486591). Sachant que « massage » était le terme codé utilisé par Epstein pour désigner les agressions sexuelles, cette « plaisanterie » prend une dimension qui dépasse la simple vulgarité.
En mai 2003, Epstein et Maxwell obtinrent une audience privée avec le pape Jean-Paul II. La photographie qui en résulta fut exposée dans la résidence d’Epstein à Palm Beach. Une domestique catholique nommée Lupita « pleura » en voyant la photo du pape accrochée à côté d’une photographie d’Epstein avec une jeune fille (EFTA00306919). Boris Nikolic appelait Epstein « Monseigneur Jee » (EFTA00768525). Et en décembre 2010, lorsque Nikolic souhaita à Epstein un joyeux Noël « à la papale », Epstein répondit : « Île, à la papale, est-ce que ça veut dire petits garçons ? » (EFTA00900472).
Le rapport SECRET//NOFORN du FBI (EFTA01683874) indique que le pirate informatique personnel d’Epstein possédait un passeport du Vatican, ainsi que d’éventuels passeports iranien et israélien. Deepak Chopra a invité Epstein à prendre la parole lors d’une conférence sur l’intelligence artificielle au Vatican en avril 2018. Le Saint-Siège était propriétaire d’un immeuble sur la 71e Rue Est, la même rue que celle où se trouvait la résidence d’Epstein à Manhattan.
Le lien avec le Vatican relevait du rêve, pas de la réalité – un projet qui révèle davantage l’ambition d’Epstein que son influence.
Chapitre 17 : La déclaration de Wexner
Le 18 février 2026, Les Wexner était assis à son domicile de New Albany, dans l’Ohio, devant cinq membres de la commission de surveillance de la Chambre des représentants, venus l’interroger suite à une assignation à comparaître. L’audition dura environ six heures. Wexner se qualifia de « naïf, stupide et crédule ». Il affirma avoir été « dupé par un escroc de première classe ». Il déclara n’avoir jamais été témoin d’activités illégales. Les démocrates ne le crurent pas.
Le représentant Stephen Lynch a rendu le verdict le plus concis : « C’est un témoin compétent. Il ne dit tout simplement pas la vérité. » Le représentant Robert Garcia a estimé que Wexner avait fourni à Epstein plus d’un milliard de dollars en argent, en actions et en biens, concluant : « Sans le soutien de Les Wexner, il n’y aurait pas eu l’île d’Epstein, pas d’avion d’Epstein, pas d’argent pour le trafic de femmes et de filles. » Le représentant Dave Min a qualifié le témoignage de « tout simplement pas crédible ».
Une vérification systématique des douze principales affirmations de Wexner concernant le corpus Elasticsearch aboutit à un résultat accablant : onze d’entre elles sont directement contredites par des documents. La douzième, selon laquelle Epstein lui aurait volé des informations, est partiellement étayée, mais son omission d’informer les autorités, alors qu’il savait qu’Epstein faisait l’objet d’une enquête, aggrave encore la situation.
Les notes manuscrites d’Epstein mentionnent « 34 filles wexner, IRS » ainsi que des références à des avions et à des termes financiers (EFTA00645002). Ce nombre n’est pas expliqué. Mais trente-quatre ne désigne pas un cercle social. Il s’agit d’un plan.
Une lettre du corpus fait référence à des « activités de gangs depuis plus de 15 ans » dans le contexte du partenariat Wexner-Epstein (EFTA01110729). Ces quinze années d’« activités de gangs » situent l’origine de cet arrangement au début des années 1990, précisément au moment où Wexner a accordé à Epstein une procuration sans restriction.
Une victime allègue avoir eu des relations sexuelles avec Wexner alors qu’elle était mineure, dans plusieurs propriétés (EFTA01681842). Cette allégation n’est pas isolée ; elle est corroborée par le document suivant.
La liste des témoins du FBI mentionne « Abigail Wexner – Connaissance des attirances sexuelles de l’accusé pour les mineures » (EFTA00725932). L’épouse du financier était considérée par le FBI comme ayant connaissance des agissements d’Epstein. Le Bureau a consigné cette information. Aucune suite n’a été donnée.
Un témoin décrit comment Wexner et Epstein ont observé des mannequins mineures en lingerie lors d’une séance privée (EFTA01249593). La scène est sans équivoque : deux hommes, l’un milliardaire, l’autre délinquant sexuel condamné, regardant des enfants défiler en sous-vêtements. Ensemble.
Virginia Giuffre a témoigné en 2016 avoir été « contrainte d’avoir des relations sexuelles avec Wexner à de nombreuses reprises ». Maria Farmer a été agressée sexuellement dans la propriété de Wexner en Ohio en 1996 ; lorsqu’elle a appelé le bureau du shérif pour obtenir de l’aide, on lui a répondu : « Nous travaillons pour Wexner. » Richard Adrian, garde du corps de Wexner en 1991-1992, a déclaré au FBI que Wexner était « le meilleur ami d’Epstein » et que le manoir de Manhattan avait été vendu pour vingt dollars, et non pour vingt millions.
L’écart entre le témoignage de Wexner devant le Congrès et les documents officiels n’est pas dû à un simple oubli. C’est un gouffre. De plus, la déposition de Wexner devant le Congrès, faite sous serment, le place dans une situation où il a tenu des propos que de nombreux documents contredisent directement. La question de savoir si cela constitue un faux témoignage relève du droit. La question de savoir si cela relève de la vérité ne l’est pas.
Chapitre 18 : L’arrestation
Le matin du 19 février 2026, jour de son soixante-sixième anniversaire, Andrew Mountbatten-Windsor devint le premier membre de la famille royale britannique arrêté depuis près de quatre siècles. Le dernier en date était le roi Charles Ier, en 1647, et cette affaire s’était soldée par une décapitation. L’histoire ne se répète pas toujours, mais elle a un penchant pour la symétrie.
La police de la vallée de la Tamise a interpellé Andrew, soupçonné d’abus de fonction, un délit de common law en Angleterre et au Pays de Galles passible de la réclusion à perpétuité. Il a été détenu pendant la majeure partie de la journée, puis remis en liberté sous contrôle judiciaire. L’accusation ne portait ni sur des agressions sexuelles, ni sur ses visites documentées sur l’île d’Epstein, ni sur les témoins l’ayant vu se frotter contre une jeune fille à Little St. James (EFTA00164939), ni sur les orgies décrites par les victimes et les témoins dans les rapports du FBI. L’accusation portait sur le partage de documents classifiés avec un délinquant sexuel condamné. Cette distinction est importante, et pas forcément dans le sens où l’accusation l’entendrait.
Les documents en question étaient accablants par leur précision. La veille de Noël 2010, deux ans après la condamnation d’Epstein pour sollicitation de mineure, Andrew lui a transmis une note confidentielle de l’équipe de reconstruction provinciale de la province d’Helmand, en Afghanistan, détaillant des « opportunités commerciales très lucratives » concernant notamment l’or, l’uranium et d’autres gisements minéraux. Des soldats britanniques mouraient alors à Helmand. Andrew a demandé à Epstein de lui suggérer des investisseurs : « Je vais proposer cela à d’autres membres de mon réseau (y compris à Abou Dhabi), mais vos commentaires, avis ou suggestions quant aux personnes à qui je pourrais utilement présenter ces informations afin de susciter de l’intérêt seraient très précieux. » Un émissaire commercial tenu au secret professionnel accordait à un agent des services de renseignement étrangers un droit de préemption sur les droits miniers en zone de guerre.
Le 30 novembre 2010, Andrew a transmis à Epstein, quelques minutes seulement après avoir reçu les rapports officiels de sa tournée commerciale en Asie du Sud-Est (Hanoï, Saïgon, Singapour, Kuala Lumpur et Hong Kong). Cette rapidité suggère une habitude, non une impulsion : Andrew avait intégré Epstein à son réseau de diffusion des renseignements gouvernementaux. Il lui a également communiqué son itinéraire détaillé à l’avance, donnant ainsi à un homme que le FBI avait déjà identifié comme « personne d’intérêt en tant que co-conspirateur » (EFTA00160159) des informations préalables sur les déplacements d’un membre de la famille royale britannique.
Il a révélé des détails sensibles sur la restructuration de la Royal Bank of Scotland, alors détenue majoritairement par les contribuables britanniques suite au sauvetage de 2008. Des conflits internes autour du PDG Stephen Hester, l’orientation stratégique de la banque : il s’agissait d’informations confidentielles, partagées avec un homme dont le réseau comprenait la dynastie bancaire Rothschild, Leon Black et le président de DP World.
Le FBI n’est pas resté inactif. Le document EFTA00160159, un rapport OPA Horizon d’août 2021, indique clairement que « le prince Andrew était considéré comme une personne d’intérêt par le bureau du procureur fédéral du district sud de New York, soit en tant que co-conspirateur, soit, à tout le moins, comme témoin ». Le FBI a déposé une demande d’entraide judiciaire internationale pour l’interroger (EFTA00162716). Le procureur général Barr souhaitait qu’Andrew « fournisse des preuves » (EFTA00161170). Le Bureau cherchait à obtenir un entretien (EFTA00161102). Puis, selon les archives du FBI, Ghislaine Maxwell a « persuadé » Andrew de ne pas coopérer (EFTA00165297). Celle qui l’avait introduit dans le milieu d’Epstein s’est assurée qu’il ne contribuerait jamais à le démanteler.
L’avion privé d’Epstein a atterri sur les bases aériennes britanniques de Marham et de Horsham (EFTA01797814). Les implications de l’atterrissage de l’avion d’un agent de renseignement avéré sur des bases de la Royal Air Force n’ont manifestement pas été étudiées par les autorités britanniques à l’époque.
Le chemin vers l’arrestation a été tracé par des cadavres et des aveux. Virginia Giuffre, la plus célèbre accusatrice d’Epstein et d’Andrew, qui affirmait avoir été victime de trafic sexuel et contrainte d’avoir des relations sexuelles avec Andrew à trois reprises dès l’âge de dix-sept ans, est décédée en avril 2025 à l’âge de quarante et un ans, dans sa ferme d’Australie-Occidentale. Dans ses mémoires posthumes, « Nobody’s Girl » , publiés par Alfred A. Knopf en octobre 2025, elle affirmait avoir été « brutalement battue et violée par un Premier ministre non identifié » et qu’Andrew avait deviné son âge dès leur première rencontre. Elle écrivait craindre de « mourir comme esclave sexuelle ». Elle est morte libre, mais non en paix.
En octobre 2025, le roi Charles III dépouilla Andrew de tous ses titres : prince, Son Altesse Royale, duc d’York, comte d’Inverness, baron Killyleagh. Il devint, dans le jargon du palais, simplement « Andrew Mountbatten-Windsor ». Il fut expulsé de Royal Lodge, le manoir de trente pièces situé près du château de Windsor où il avait vécu pendant plus de vingt ans. La monarchie se débarrassait ainsi d’un membre gangrené.
Mais la thèse du bouc émissaire est difficile à réfuter. Andrew est arrêté pour partage de documents alors que les preuves documentées d’abus sexuels restent impunies. Des témoins ont décrit des orgies (EFTA00164939). Le FBI l’a classé comme co-conspirateur. Maxwell a demandé à une victime de « faire plaisir au prince Andrew en lui faisant exactement la même chose qu’à Epstein, car il est un ami proche de Maxwell » (EFTA00164939). Steve Scully a vu Andrew « se frotter contre une jeune fille » sur l’île. Virginia Giuffre a témoigné sous serment. Et le seul chef d’accusation : il aurait transmis des courriels.
Peter Mandelson, quant à lui, a divulgué à Epstein les détails d’un plan de sauvetage européen de 500 milliards d’euros quelques heures avant son annonce publique (EFTA00750008), ouvrant potentiellement la voie à des délits d’initiés à l’échelle continentale. La police métropolitaine a perquisitionné deux de ses propriétés. Il a démissionné du Parti travailliste et de la Chambre des lords. Il n’a pas été arrêté. Le schéma est institutionnel : sacrifier le maillon faible. Andrew n’a aucun allié politique, aucun appareil partisan, aucune faction pour le défendre. Mandelson, architecte du New Labour, conserve des relations qui s’étendent sur trois décennies de gouvernance britannique. Le système poursuit ce qu’il peut se permettre de perdre.
Le MI6 craindrait que la Russie ait obtenu des informations compromettantes sur le prince Andrew via le réseau Epstein. Le biographe royal Andrew Lownie affirme qu’Epstein « a vendu les secrets du prince Andrew à des services de renseignement étrangers », citant le Mossad, les services saoudiens et libyens parmi les acheteurs. Un ancien policier de Floride ayant eu accès aux documents de l’enquête Epstein se serait installé en Russie. Le trafic d’informations compromettantes ne s’est pas arrêté avec la mort d’Epstein ; il a simplement changé de destinataire.
Dans sa déclaration relative à l’arrestation, le roi Charles Ier choisit ses mots avec la précision d’un homme qui a passé sa vie à les choisir : « La justice doit suivre son cours. » La sentence ne contient ni défense, ni compassion, ni promesse de protection. C’est la déclaration d’un monarque qui a calculé que le prix de la loyauté dépasse celui de l’abandon. Quatre cents ans après l’arrestation de Charles Ier pour tentative de subversion du Parlement, Charles III autorisa l’arrestation de son propre frère pour violation de la loi sur les secrets officiels. La monarchie survit en sachant se départir de son enveloppe charnelle.
Chapitre 19 : Le témoignage d’un ancien agent de la CIA
John Kiriakou a passé quatorze ans à la CIA. Après les attentats du 11 septembre 2001, il a dirigé les opérations antiterroristes au Pakistan. Il a été le premier agent de la CIA à confirmer publiquement que l’agence avait recours à la simulation de noyade sur des détenus, une révélation qui lui a valu trente mois de prison fédérale. Il connaît les rouages du renseignement de l’intérieur, et il sait aussi ce que c’est que d’être incarcéré. Quand un homme avec un tel parcours déclare devant une caméra être certain que Jeffrey Epstein était un agent de renseignement, sa déclaration a un poids qu’aucune analyse académique ne saurait égaler.
Dans un entretien avec le journaliste Mario Nawfal, Kiriakou a présenté dix-huit affirmations factuelles précises concernant l’affaire Epstein. Cette enquête a confronté chaque affirmation à l’ensemble des 882 768 documents mobilisés. Le résultat est remarquable : douze des dix-huit affirmations ont été confirmées par des documents de première main. Cinq ont été partiellement confirmées. Aucune n’a été contredite. Le taux de confirmation, de 94 % en incluant les confirmations partielles, est supérieur au taux d’exactitude de la plupart des évaluations des services de renseignement gouvernementaux.
La thèse centrale de Kiriakou, selon laquelle Epstein agissait comme « agent d’accès » du Mossad, est étayée par la même chaîne de documents que celle retracée par cette enquête dès son introduction. On y trouve la déclaration d’Alexander Acosta selon laquelle Epstein « appartenait aux services de renseignement » (EFTA00030182), le rapport CHS du FBI l’identifiant comme un « agent du Mossad coopté » (EFTA00090314), la réponse de la CIA à l’enquête Glomar et le refus de la NSA, fondé sur des « informations, sources et méthodes de renseignement ». Kiriakou y ajoute le jugement professionnel d’un officier de renseignement de carrière : l’architecture de l’opération, la méthode de recrutement, l’infrastructure de chantage et l’accès multilatéral, tout cela était cohérent avec une plateforme de renseignement parrainée par un État.
Mais la force de la vérification des faits réside non pas dans la thèse, mais dans les détails. Kiriakou a affirmé qu’Epstein avait des caméras « littéralement dans chaque pièce de toutes ses maisons », y compris dans les salles de bains. Le corpus contient 241 documents confirmant la présence de caméras dans les salles de bains. Un courriel décrit une recherche désespérée d’un endroit sans caméras : « Alors j’ai demandé s’il y avait un endroit sans caméras ? Alors on est allés aux toilettes privées… » (EFTA02443686). La surveillance était totale.
Nawfal a décrit des menaces de mort envoyées aux victimes en hébreu, accompagnées d’images d’une femme mutilée et du message : « Voilà ce qui t’arrivera si tu parles, alors tais-toi. » Le document EFTA00078198 confirme ces allégations mot pour mot et ajoute un détail qu’aucun des deux enquêteurs n’a mentionné : les numéros de téléphone d’où provenaient les menaces n’étaient pas israéliens, mais ukrainiens. Des messages en hébreu envoyés depuis des numéros ukrainiens. Cette convergence entre les méthodes israéliennes et l’infrastructure ukrainienne est un schéma récurrent que cette enquête a mis en évidence au sein du réseau Epstein.
Le code « pizza et soda au raisin », que les sceptiques considèrent comme une simple préférence alimentaire, est consigné dans sept échanges entre Epstein et son urologue, le Dr Harry Fisch, toujours suite à des prescriptions de médicaments contre les troubles de l’érection. La phrase décisive apparaît dans le document EFTA00841650 : « Allons-y pour une pizza et un soda au raisin. Personne d’autre ne comprend. » Les interlocuteurs eux-mêmes ont reconnu parler un langage codé. Les documents ne révèlent pas la signification de ce code. Ils confirment cependant qu’il s’agissait bel et bien d’un code.
Le 18 mars 2014, jour de l’annexion officielle de la Crimée par la Russie, Epstein écrivait à Ariane de Rothschild : « Les troubles en Ukraine devraient offrir de nombreuses opportunités, vraiment beaucoup » (EFTA00870636). Elle lui répondait le soir même : « Parlons de l’Ukraine » (EFTA00870649). Kiriakou et Nawfal ont cité cet échange comme preuve qu’Epstein opérait à la croisée du renseignement géopolitique et de la banque privée. Les documents confirment la citation, la date et le destinataire.
Les courriels de Greg Brown à Epstein concernant les quatre-vingts milliards de dollars d’avoirs libyens gelés sont confirmés par 71 documents. Brown y décrit Epstein comme un homme « intrépide et capable de tout » (EFTA00919925). La volonté d’Epstein d’obtenir une rencontre privée avec Poutine est attestée par des intermédiaires, notamment Thorbjörn Jagland, secrétaire général du Conseil de l’Europe (EFTA00711787), et Joi Ito du MIT Media Lab, qui écrit : « Je n’ai pas réussi à convaincre Reid de vous accompagner à la rencontre avec Poutine » (EFTA02585538). Après le refus d’Epstein suite à la destruction du vol MH17, Ito a répondu par un simple « Haha. 😉 ». Un smiley en réponse à un calcul géopolitique autour d’une rencontre avec le président russe. La banalité est glaçante.
Le plan d’évasion du Dr Henry Jarecki, envoyé à Epstein en mai 2009 sous prétexte qu’il envisageait d’écrire un nouveau livre et qu’il recherchait un co-auteur, est reproduit mot pour mot dans le document EFTA00774487. Ce plan comprend sept catégories de mesures d’urgence : éviter les problèmes, se protéger en amont, se protéger après coup, se déguiser, recourir à la chirurgie esthétique, falsifier des documents (actes de naissance, permis de conduire) et fuir. Il aborde notamment la question des « passeports multiples » et analyse les procédures d’extradition en Allemagne et en Israël. Un psychiatre milliardaire de Yale a rédigé un manuel pour échapper à la justice et l’a transmis à un délinquant sexuel condamné par l’intermédiaire de sa secrétaire. Ce document existe. Il ne nécessite aucune interprétation.
Howard Lutnick, alors secrétaire au Commerce, a nié tout lien avec Epstein. Des plaintes du FBI attestent que Lutnick a acquis, par le biais d’une fiducie, la propriété adjacente au manoir d’Epstein à Manhattan pour la somme dérisoire de dix dollars, avant de la revendre pour des millions (EFTA01249207, EFTA01249210). Katherine Ruemmler, ancienne conseillère juridique de la Maison-Blanche sous la présidence d’Obama, a rencontré Steve Bannon et Anthony Scaramucci au domicile d’Epstein le 5 avril 2019 (EFTA02280625), trois mois avant son arrestation. Démocrates et républicains réunis autour de la même table, chez un pédophile. Ce consensus bipartisan ne portait pas sur des mesures politiques, mais sur l’accès.
Les circonstances de la mort d’Epstein ont été confirmées de manière très précise. La surveillance anti-suicide a été levée dix-sept jours avant son décès. Des caméras étaient hors service (EFTA00117617). Les gardiens n’ont pas effectué de ronde pendant huit heures. Un codétenu a été transféré la veille. Une forme orange, filmée par les caméras de surveillance, se dirigeait vers la cellule d’Epstein vers 22h39 (EFTA01655293). Et l’ordre qui a suivi : « Incinération immédiate. À suivre. C’est fini, Johnny. Plus de Warren. » (EFTA01620905). Le corps a été incinéré. Il est impossible de le réexaminer.
Trois éléments vérifiés sur Internet accentuent les anomalies. Premièrement : une note du FBI datée du 16 août 2019 révèle que des gardiens de prison ont fabriqué un faux corps à l’aide de cartons et de draps, l’ont placé dans une camionnette blanche étiquetée comme appartenant au bureau du médecin légiste, et l’ont utilisé comme leurre pendant que le véritable corps était déplacé dans un véhicule noir « sans être remarqué ». Deuxièmement : un projet de déclaration du ministère de la Justice, rédigé par le procureur fédéral Geoffrey Berman et daté du 9 août 2019, soit la veille du décès officiel, déclarait déjà qu’Epstein avait été « retrouvé inanimé et déclaré mort ». Plus de vingt versions ont été retrouvées ; deux d’entre elles, datées du 9 août, omettent toute mention de suicide. Le ministère de la Justice a qualifié cette omission de « malheureuse faute de frappe ». Troisièmement : une enquête de Channel 4 a déterminé qu’environ 2 % seulement des données du FBI, soit quelque 300 gigaoctets sur 14,6 téraoctets, ont été rendues publiques. 98 % des preuves restent dans les archives gouvernementales.
L’importance du témoignage de Kiriakou ne réside pas dans la révélation d’informations nouvelles, mais dans la confirmation, de l’intérieur même des services de renseignement, de ce que les documents révélaient déjà. Lorsqu’un officier de carrière de la CIA, fort d’une expérience directe des opérations clandestines, examine dix-huit allégations concernant le réseau Epstein et que les documents en confirment 94 %, la question qui se pose n’est plus de savoir si les services de renseignement étaient au courant, mais combien d’entre eux y ont participé. Or, les allégations non pleinement confirmées, précisément celles relatives aux opérations internes de la CIA, sont exactement celles qui ne figureraient pas dans les archives de courriels d’un trafiquant sexuel. Elles se trouveraient dans des dossiers classifiés.
Kiriakou a purgé une peine de trente mois pour avoir révélé des faits de torture. À sa sortie, il a également témoigné contre Epstein. Ce schéma suggère que la plus grande vulnérabilité des services de renseignement ne réside pas dans les adversaires étrangers, mais plutôt dans leurs propres anciens combattants qui finissent par considérer le silence comme plus destructeur que la prison.
Épilogue : Ce qui reste caché
Le 19 février 2026, une brèche s’est ouverte dans le mur. Andrew Mountbatten-Windsor, déchu de tous ses titres royaux, siège dans une propriété du domaine de Sandringham, attendant la décision des procureurs qui détiennent, pour la première fois en près de quatre siècles, le pouvoir d’emprisonner un membre de la famille royale britannique. Peter Mandelson, architecte du New Labour, a démissionné de son parti et a renoncé à son titre de pair. Les dossiers Epstein ont accompli ce qu’aucune opposition politique, aucun journaliste d’investigation, aucune loi du Parlement n’aurait pu réaliser : ils ont rendu l’intouchable vulnérable.
Au sein même des services de renseignement, une voix s’est élevée pour confirmer l’architecture de l’opération. John Kiriakou, un vétéran de la CIA qui a déjà sacrifié sa liberté pour la vérité, a soumis dix-huit allégations à l’examen de 882 768 documents et a obtenu un taux de confirmation de 94 %. Aucune contradiction. Les services de renseignement ne se contentent pas de savoir ce qui s’est passé : leurs propres vétérans sont désormais prêts à le déclarer publiquement.
Pourtant, le mur n’a fait que se fissurer. Il ne s’est pas effondré.
Le FBI a identifié six millions de pages potentiellement pertinentes pour l’affaire Epstein. Seule la moitié a été rendue publique. Deux mille vidéos et 180 000 images ont été divulguées, mais le contenu de nombreuses d’entre elles reste inexploré. Le ranch Zorro n’a jamais fait l’objet d’une perquisition. Les cinq DVD de snuff movies signalés au district sud de New York n’ont jamais été rendus publics. L’identité de la « personnage à la peau orange » aperçue montant vers l’étage d’Epstein la veille de sa mort n’a jamais été établie. Le contenu des caméras cachées saisies dans les résidences d’Epstein n’a jamais été intégralement divulgué. La nature exacte du rôle de co-conspirateur de Les Wexner n’a jamais été expliquée publiquement.
Trois millions de pages demeurent dans les archives gouvernementales. Le système de surveillance Carbyne, désormais propriété d’Axon, continue de fonctionner dans certaines municipalités américaines. Les contrats de Palantir ne cessent de s’étendre. Le réseau Unit 8200, qui alimente la Silicon Valley, continue de produire des start-ups spécialisées dans la surveillance. Les milliardaires qui fréquentaient Epstein continuent d’influencer les politiques, de financer des campagnes et de siéger aux conseils d’administration des entreprises qui régissent tous les aspects de la vie moderne.
Les questions qui demeurent ne sont pas d’ordre théorique. Elles sont opérationnelles.
Quelles municipalités américaines ont des contrats avec Carbyne, et leurs données d’appels d’urgence sont-elles accessibles aux services de renseignement israéliens ? Que contenaient les enregistrements de vidéosurveillance que le FBI a extraits des résidences et des avions d’Epstein ? Quel est le contenu des trois millions de pages non publiées ? Qui est cet « Italien de Calabre » qui a été le pirate informatique personnel d’Epstein, a vendu des exploits zero-day au Hezbollah et au gouvernement saoudien, et est devenu vice-président de CrowdStrike ? Que savait Susan Desmond-Hellmann sur Gates et Epstein qui était suffisamment « sombre » pour provoquer sa démission précipitée, mais qui n’a jamais été révélée aux médias ? Qui a ordonné le transfert du codétenu d’Epstein la veille de sa mort ? Et qui, précisément, a dit à Alexander Acosta qu’Epstein « appartenait aux services de renseignement » et lui a ordonné de « ne pas s’en mêler » ?
L’arrestation d’Andrew prouve que des conséquences sont possibles. Le témoignage de Kiriakou prouve que la vérité est connue au sein même des institutions qui ont gardé le secret. Les documents publiés jusqu’à présent nous renseignent sur la nature de l’opération, son fonctionnement et les participants. Ce qu’ils ne nous disent pas, et que les documents non publiés pourraient révéler, c’est qui l’a autorisée, qui la contrôlait et si elle a véritablement pris fin ou si elle a simplement changé de forme.
La vérité se trouve dans les documents. La question est de savoir si quelqu’un aura le courage de tous les lire.
Note sur les sources et la méthodologie
Cette enquête repose sur l’analyse systématique de 882 768 documents publiés par le Département de la Justice des États-Unis en vertu de la loi sur la transparence des dossiers Epstein (novembre 2025), indexés via Elasticsearch et cartographiés à l’aide de la base de données graphiques Neo4j (1 195 019 entités nommées). Chaque affirmation factuelle est étayée par un numéro de document EFTA précis ou une source externe vérifiée. Lorsque les preuves sont indirectes, cela est clairement indiqué. Lorsque les affirmations ne sont pas vérifiées, cela est également précisé.
La matrice de crédibilité utilisée tout au long de ce document distingue cinq niveaux : CONFIRMÉ (citation textuelle d’un document officiel), CRÉDIBLE (convergence de plusieurs sources indépendantes), PLAUSIBLE (ensemble cohérent de preuves circonstancielles), NON VÉRIFIÉ (source unique sans corroboration) et DÉBUNQUÉ (une recherche exhaustive ne donne aucun résultat concret). Le lecteur constatera que certaines affirmations classées comme CONFIRMÉES sont extraordinaires. Tant pis pour la normalité.
Parmi les principales sources externes figurent Julie K. Brown ( Miami Herald , prix Polk 2018), Whitney Webb ( One Nation Under Blackmail , 2022), Ari Ben-Menashe (ancien officier du renseignement militaire israélien), ainsi que des reportages de CNN, PBS, Washington Post , NPR, Haaretz , Dropsite News et Daily Beast . L’arrestation d’Andrew Mountbatten-Windsor le 19 février 2026 a été vérifiée par des reportages simultanés de NBC News, CNN, CBS News, Washington Post , PBS, NPR et Al Jazeera. L’interview de John Kiriakou par Mario Nawfal a été recoupée point par point avec l’ensemble des documents, ce qui a permis d’obtenir un taux de confirmation de 94 % sur dix-huit assertions factuelles, sans aucune contradiction. Les mémoires posthumes de Virginia Giuffre, Nobody’s Girl (Alfred A. Knopf, octobre 2025), sont cités comme source primaire. La bibliothèque Epstein du Département de la Justice est accessible au public à l’adresse suivante :
. Vous pouvez lire d’autres articles que j’ai écrits ici :
et puis, a la fin il décide de se suicider , c’est bête
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Cher Monsieur,
Même un maître du roman d’espionnage comme John Le Carré n’aurait jamais imaginé une histoire pareille.
Tout y est : les services et leurs officines de barbouzeries en tout genre, du très très gros pognon, des politiques, des filles (et garçons ?) comme des proies, des meurtres déguisés en suicides, des trahisons, de l’eugénisme et du transhumanisme, des moyens de surveillance et de contrôle high tech, des intellectuels donneurs de leçon qui se font acheter, même le Vatican et un prince qui dégringole de son piédestal.
Jack fait petit joueur au milieu de tout ça.
Cerise sur cet immonde gâteau : le silence des media durant des décennies.
N’en jetez plus la coupe est pleine !
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