Global Times
Le chancelier allemand Friedrich Merz effectuera une visite officielle en Chine les 25 et 26 février, à l’invitation du Premier ministre chinois Li Qiang, a annoncé lundi un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. M.Merz sera accompagné d’une délégation de 30 personnes lors de ce déplacement, où une action stratégique est attendue de l’Allemagne, selon le média allemand taz.de.
M. Merz sera le dernier dirigeant européen en date à se rendre en Chine cette année, après le Premier ministre britannique Keir Starmer, le Premier ministre finlandais Petteri Orpo et le Taoiseach irlandais Michael Martin. En décembre 2025, le président français Emmanuel Macron s’était rendu en Chine, peu après le roi d’Espagne Felipe VI. Avec la venue de M. Merz, la troïka franco-germano-britannique, force motrice traditionnelle de l’Europe, aura effectué des visites de haut niveau en Chine en un laps de temps très court.
Pour expliquer ce phénomène, Wolfram Elsner, professeur d’économie à l’université de Brême, en Allemagne, a déclaré au Global Times que, face à la détérioration des conditions géopolitiques et géoéconomiques au sein de l’Occident, des dirigeants comme Macron en France et Starmer au Royaume-Uni avaient tous des motivations et des projets pour parvenir à un accord mutuellement avantageux. Et Merz serait le dernier à suivre cette voie, a affirmé le professeur.
Un voyage tardif, mais néanmoins significatif
: « Friedrich Merz n’est pas exactement connu pour sa patience, mais mardi soir dernier, le chancelier a pris le temps d’écouter. Il a invité un petit groupe confidentiel à dîner à la chancellerie. Le sujet abordé est sa première visite officielle en Chine », pouvait-on lire dans le magazine allemand Der Spiegel, dans un article du 19 février, illustrant l’intense préparation de cette visite.
DW News a écrit en chinois, dans un reportage publié samedi heure locale, qu’il s’agirait de la première visite officielle du chancelier allemand en Chine depuis son entrée en fonction, et que ce « voyage tardif revêt une grande importance ».
Le retard de Merz en Chine s’explique par deux raisons, selon un article de DW.
Premièrement, après sa prise de fonctions comme chancelier en mai dernier, il s’est rendu dans plusieurs pays, dont l’Inde. Deuxièmement, de nombreux autres dirigeants occidentaux, tels que le président français Macron, le Premier ministre britannique Starmer et le Premier ministre canadien Mark Carney, avaient déjà visité la Chine avant lui.
Ils partagent tous le même objectif que Merz : obtenir une nouvelle marge de manœuvre en matière de politique économique grâce à l’aide de la Chine, après que les États-Unis l’eurent réduite par le biais de droits de douane et de pressions commerciales, indique l’article.
Cette visite en Chine revêtirait une grande importance pour Merz, lui permettant d’approfondir sa connaissance de la Chine, a déclaré lundi au Global Times Cui Hongjian, professeur à l’Académie de gouvernance régionale et mondiale de l’Université des études étrangères de Pékin.
La direction que choisira finalement Merz – laisser les considérations politiques et sécuritaires dominer les relations bilatérales ou privilégier une coopération pragmatique – sera d’une importance capitale, a souligné Cui.
À l’approche de sa première visite officielle en Chine, la pression s’accentue sur Merz. Le ministère des Affaires étrangères appelle à une position plus ferme envers la Chine, tandis que le ministre de l’Économie, Reiche, met précisément en garde contre une telle attitude, comme l’écrivait Der Spiegel dans son article du 19 février.
Les chiffres publiés ce jour-là par l’Office fédéral allemand de la statistique (Destatis) ont révélé que la Chine a détrôné les États-Unis en tant que premier partenaire commercial de l’Allemagne, reprenant ainsi la place qu’elle occupait de 2016 à 2023.
Le total des exportations et des importations entre les deux pays s’est élevé l’an dernier à 251,8 milliards d’euros (296,6 milliards de dollars), soit une hausse de 2,1 %, selon Destatis.
Alors que les élites politiques et médiatiques sont prisonnières d’un climat d’hostilité et de guerre, leur économie d’entreprise, des grandes sociétés aux PME, investit plus que jamais à l’étranger, et notamment en Chine, a également souligné Elsner.
La Chine n’est pas seulement leur premier marché, c’est aussi leur laboratoire de production et de recherche et développement, leur avenir technologique, a déclaré le professeur. « Ils ont besoin des coentreprises avec leurs partenaires chinois, du potentiel considérable des chaînes de valeur complètes, des conseils, des approvisionnements et des services des nombreuses jeunes entreprises chinoises innovantes et des licornes, des compétences hautement qualifiées disponibles, des infrastructures modernes, efficaces et bon marché, et des services publics et privés de qualité. »
Depuis son entrée en fonction, la politique étrangère de Merz s’est principalement concentrée sur trois grands axes : les relations germano-russes déclenchées par la crise ukrainienne, les relations intra-européennes et les relations transatlantiques. Cependant, l’évolution récente de la situation internationale a progressivement amené l’Allemagne et le gouvernement Merz à prendre conscience de la nécessité d’accorder une importance accrue aux relations avec la Chine, selon Cui.
La stabilisation et le développement des relations sino-allemandes apporteraient un soutien considérable à l’Allemagne dans la gestion de ses relations avec les autres grandes puissances et la conduite d’une diplomatie efficace, a souligné l’expert.
D’
après le communiqué officiel publié vendredi par le porte-parole du gouvernement fédéral allemand, Sebastian Hille, M. Merz sera accompagné d’une délégation économique lors de son voyage. Ses discussions avec les dirigeants chinois porteront principalement sur les relations bilatérales ainsi que sur les questions de politique économique et de sécurité.
« Nous avons besoin de relations économiques avec le monde entier, et cela inclut bien sûr un pays comme la Chine », a-t-il déclaré mercredi, heure locale, lors du congrès de son parti conservateur, la CDU, à Stuttgart. Il a insisté sur le fait qu’il serait accompagné d’une importante délégation d’entrepreneurs, selon Euro News.
Le rapport indique également que la visite de Merz sera axée sur la « compétition » et sur « un juste équilibre en matière de coopération », citant un porte-parole du gouvernement.
Le 17 février, jour du Nouvel An chinois, Merz a écrit sur son compte X : « Que l’année du Cheval apporte force et un nouvel élan aux relations germano-chinoises », tout en ajoutant qu’il se réjouissait de se rendre prochainement en Chine.
Peu après, lors de la cérémonie du Mercredi des Cendres organisée par son parti, la CDU, Merz a déclaré qu’il chercherait à nouer des « partenariats stratégiques » avec la Chine lors d’un voyage la semaine suivante. Il souhaite aborder la future coopération entre l’Europe et la deuxième économie mondiale, alors que les États-Unis imposent des droits de douane, selon les médias Reuters et POLITICO Europe. Merz a également affirmé lors de cet événement que politique étrangère et politique économique étaient désormais indissociables, toujours selon Reuters.
Selon un communiqué du gouvernement fédéral, M. Merz visitera la Cité interdite puis le groupe automobile allemand Mercedes-Benz à Pékin le 26 février. Après son arrivée à Hangzhou, dans la province du Zhejiang (est de la Chine), le chancelier fédéral visitera l’entreprise de robotique Unitree ainsi que le fabricant allemand d’éoliennes Siemens Energy.
Commentant le programme fourni par les autorités allemandes, M. Cui a indiqué que le voyage à Pékin devrait lui permettre de mieux comprendre les objectifs politiques de la Chine, leur contenu et le contexte sous-jacent, et ainsi de se forger une vision plus objective et globale du pays.
À Hangzhou, M. Merz devrait se concentrer sur les entreprises technologiques chinoises, un choix particulièrement significatif. « En s’immergeant dans le tissu des entreprises technologiques chinoises et en visitant les régions concernées, l’objectif de M. Merz est clair : appréhender pleinement l’expérience et le processus de développement de la Chine », a déclaré M. Cui.