Editorial: pour comprendre ce que j’écris et mon cadre analytique sur la Crise. Le Capital, la meilleure et la pire des choses!

Ma théorie de la crise radicale de nos systèmes politiques, économiques sociaux et financiers est fondée sur l’analyse de la suraccumulation.

C’est une théorie structurelle, radicale et non pas conjoncturelle.

Je propose une théorie selon laquelle la crise radicale de nos systèmes (économiques, sociaux, politiques) résulte d’une suraccumulation de « capital, de promesses, de droits acquis » – suraccumulation multiforme que j’interprète comme des droits à prélever accumulés sous forme de capital productif, de capital financier, privilèges, statuts ou « entitlements » .

Cela comprend, au delà du capital productif traditionnel, le capital financier et boursier, et par exemple, les pensions, rentes, diplômes, réseaux sociaux, ou protections institutionnelles .

Cette masse de droits qui a cru de façon exponentielle est confrontée à une insuffisance de surproduit ou de valeur ajoutée, à une insuffisance de croissance depuis plusieurs décennies.

La recherche de la modernisation, de la productivité, du progrès technologique a eu un effet dialectique, elle a à la fois amélioré les surproduits mais elle a fait croitre de façon encore plus rapide le capital total dans nos systèmes, capital total entendu comme ci dessus..

Nos théories sont idéologiques en ce sens qu’elles sont obnubilées par les flux et oublient les stocks, elles oublient tout ce qui s’accumule et les effets de mémoire ou si on veut les effets de bilan qui s’alourdissent avec des passifs colossaux.

On vous aveugle avec l’Actif de notre système, mais on occulte l’essentiel: son Passif!

Nos théories ont pour fonction de dissimuler le vrai fonctionnement du système pour qu’il dure et il s’agit donc de masquer sa contradiction fondamentale entre les stocks et les flux; le ralentissement séculaire de la croissance révèle cette contradiction et fait surgir les antagonismes.

La dette et la fausse monnaie, l’inflation des prix des biens et des services, sont les « remèdes » utilisées pour prolonger le système malgré ces contradictions, ces antagonismes et les tensions qui en découlent. La dette et la fausse monnaie diluent tandis que l’inflation euthanasie le passé.

La guerre impérialiste est une conséquence de l’insuffisance des richesses pour honorer le capital total accumulé, elle agit par le biais du pillage et de l’échange inégal imposés comme on le voit avec les évènements du Vénézuela et la colonisation de l’Europe.

Le mythe/mirage de l’Intelligence Artificielle sert à faire croire à une future accélération de la productivité, de la croissance et donc du surproduit à partager. Il va servir à licencier et paupériser. Hélas le mythe de l’Intelligence Artificielle fait semblant d’oublier que la masse de capital qu’il faudra mettre en œuvre pour sa concrétisation sera tellement élevée qu’au lieu de se réduire la suraccumulation va exploser avec des coûts externalisés phénoménaux!

Les accumulations passées deviennent un fardeau insoutenable faute de production nouvelle suffisante pour les honorer et maintenir l’ordre social.

Le vieillissement des populations va accentuer très fortement le phénomène ci dessus décrit et précipiter les évolutions négatives.

Ma théorie résonne particulièrement avec l’héritage marxiste, mais elle peut surtout être enrichie par les extensions multidimensionnelles de Bourdieu et Weber.

Je structurerai cela en trois parties :

-le lien avec Marx avec le fondement économique de la suraccumulation

-le lien avec Bourdieu , extension aux capitaux non-économiques et reproduction, et

-le lien avec avec Weber stratification et bureaucratisation.

Enfin, une synthèse pour montrer comment ces théories étayent ou nuancent mes idées.

1. Le lien avec Karl Marx : La suraccumulation comme crise économique fondamentale ma théorie s’ancre directement dans l’analyse marxiste des crises capitalistes, que Bourdieu a intégrée et critiquée.

Chez Marx (dans Le Capital, 1867), la suraccumulation de capital désigne un processus où le capital s’accumule excessivement (sous forme de machines, stocks, ou réserves monétaires) sans trouver d’opportunités d’investissement rentable. Cela mène à une chute tendancielle du taux de profit : le surproduit ou plus-value, extraite du travail des salariés devient insuffisant pour valoriser l’ensemble du capital accumulé.

Marx voit cela comme une contradiction inhérente au capitalisme, où la production dépasse les capacités d’absorption du marché faute de pouvoir d’achat , provoquant des crises de surproduction et de dévalorisation/destruction de capital pour relancer le cycle.

Appliqué à ma théorie :

  • Le « capital de droits acquis » peut être vu comme une forme de capital fixe ou constant accumulé historiquement par exemple, droits sociaux issus des luttes sociales ou des États-providence.
  • Ces droits (sécurité sociale, retraites, protections du travail) représentent une accumulation de « valeur cristallisée » qui exige un surproduit continu pour être financée.
  • L’insuffisance de surproduit ou de valeur ajoutée correspond à l’idée marxiste d’une crise de réalisation : la valeur ajoutée (plus-value) produite par le travail vivant diminue (due à l’automatisation, la mondialisation, ou la stagnation productive), rendant impossible le maintien de ces accumulations sans endettement ou austérité.
  • Exemple contemporain : Dans les économies avancées, les dettes publiques gonflent pour financer des droits acquis (retraites, santé), mais la croissance faible (insuffisance de valeur ajoutée) crée une crise radicale, comme les réformes des retraites en France ou les débats sur l’État-providence.

Marx fournit ainsi le socle économique en introduisant dans la théorie économique le facteur Capital et la possibilité de l’honorer : la crise n’est pas morale ou conjoncturelle, mais structurelle, endogène, liée à l’accumulation capitaliste.

Bourdieu, influencé par Marx, étend cela en montrant que la suraccumulation n’est pas seulement économique, mais touche tous les champs sociaux.

2. Le lien avec Pierre Bourdieu: Suraccumulation multidimensionnelle et reproduction des inégalités. Bourdieu, en s’inspirant de Marx tout en le dépassant (comme expliqué précédemment), offre une grille de lecture élargie via ses formes de capital (économique, culturel, social, symbolique). Mon concept de « capital de droits acquis » s’apparente à une suraccumulation de ces capitaux non-économiques, qui deviennent dysfonctionnels face à une base productive insuffisante. Bourdieu insiste sur la reproduction sociale : les capitaux accumulés (via l’habitus et les institutions) perpétuent la domination, mais peuvent entrer en crise quand ils ne se convertissent plus efficacement en valeur.

  • Suraccumulation de capitaux non-économiques comme « droits acquis » : Chez Bourdieu, le capital culturel (diplômes, goûts) et social (réseaux) fonctionnent comme des droits acquis, transmis par la famille ou l’école. Dans une crise, ces capitaux s’accumulent, par exemple, hyper-diplomation dans les sociétés post-industrielles, sans générer assez de valeur ajoutée (emplois qualifiés insuffisants). Cela mène à une « dévaluation » des diplômes ou des réseaux, où les « droits » (accès à l’emploi stable) ne correspondent plus à la réalité productive.
  • Insuffisance de surproduit et violence symbolique : Bourdieu étend le surproduit marxiste à une « valeur ajoutée symbolique ». Dans La Distinction (1979), il montre comment les classes dominantes accumulent du capital symbolique (prestige, légitimité) qui masque l’insuffisance de leur productivité. Mais quand le surproduit économique faiblit (crise de croissance), cette accumulation devient une charge : les « droits acquis » (statuts protégés) entravent l’innovation ou la mobilité, créant une crise radicale où les dominés perçoivent enfin la doxa (idéologie dominante) comme illégitime et se rallient au populisme.
  • Exemple : La crise des systèmes éducatifs, où l’accumulation de capital culturel (diplômes massifiés) face à une valeur ajoutée insuffisante (marché du travail saturé) produit du chômage des jeunes ou de la précarité, renforçant les inégalités. Ceci est de plus en plus flagrant en ce moment aux Etats Unis ou les diplômés forment la masse des chômeurs.
  • La fin de la méritocratie est une conséquence de l’évolution du système qui le délégitimise, tout comme la socialisation des pertes et la privatisation des profits . Le systeme se prolonge en perdant ses alibis explique Bourdieu.

Bourdieu nuance en ajoutant une dimension symbolique : la crise n’est pas seulement matérielle, mais aussi perceptive – les « droits acquis » persistent via l’habitus, retardant la reconnaissance de l’insuffisance productive et prolongeant la crise. En revanche Bourdieu n’est pas familier avec les aspects financiers et monétaires que je développe souvent.

3. Le lien avec Max Weber : Bureaucratisation et accumulation de statuts comme crise de rationalité

Weber, précurseur de Bourdieu, analyse la stratification via classe, statut et parti, ce qui éclaire bien et exemplifie mon idée d’une suraccumulation de « droits acquis » comme un excès de statuts bureaucratiques, la nouvelle noblesse, face à une production déclinante.

Dans Économie et société (1922), Weber décrit la modernité comme une « cage d’acier » bureaucratique, où l’accumulation de rationalité formelle (règles, normes titres) mène à une irrationalité substantielle (inefficacité, stagnation).

  • Suraccumulation de « capital » statutaire et politique : Le « statut » wébérien (prestige, honneur) et le « parti » (pouvoir organisationnel) correspondent à des droits acquis institutionnalisés : fonctions publiques, pantouflages, cooptations, privilèges corporatistes. Dans une crise, ces accumulations s’alourdissent : bureaucratie excessive accumule des « droits » (stabilité d’emploi, pensions) sans surproduit suffisant car leur productivité est faible sinon nulle due à la rigidité statutaire et au copinage .
  • Insuffisance de valeur ajoutée comme dérationalisation : Weber lie cela à la « rationalisation capitaliste » : l’accumulation de capital économique pousse à la bureaucratisation, mais quand la valeur ajoutée stagne (crise de l’esprit capitaliste, comme dans L’Éthique protestante), les droits acquis deviennent un frein. Cela crée une crise radicale où les systèmes (États, entreprises) s’effondrent sous leur propre poids accumulé.
  • Exemple : Les crises des États-providence en Europe, où l’accumulation de droits sociaux et des statuts protégés face à une croissance utile faible mène à des déficits, échos de la critique wébérienne de la « routinisation » qui étouffe l’innovation.

Weber ajoute une dimension politique à mon cadre théorique: la crise provient aussi d’une suraccumulation de pouvoir bureaucratique, de soi disant experts indépendants de l’économie mais amplifiant l’insuffisance productive.

Ces théories soutiennent et enrichissent mon analyse au fil de l’actualité et elles éclairent, pour ceux qui ne sont pas d’anciens lecteurs familiers de mes idées, mon cadre analytique;

L’ACTUALITE NE SE COMPREND QUE COMME UN TOUT QUI S’ORIGINE DANS UNE CRISE COMPLEXE ET MULTIFORME DE SURACCUMULATION ET SE DEVELOPPE PAR LES TENTATIVES DES ELITES DE LA MASQUER PAR DES REMEDES QUI AGGRAVENT LE MAL, COMME LES GUERRES, LA FINANCIARISATION, LE SURINVESTISSEMENT, LES MYTHES COMME L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE .

Ma théorie intègre l’héritage de Marx (suraccumulation économique comme racine), Bourdieu (extension aux capitaux symboliques et reproduction) et Weber (stratification multidimensionnelle et bureaucratisation).

Ensemble, ils expliquent la « crise radicale longue  » dans laquelle nous nous trouvons comme un déséquilibre systémique endogène: une suraccumulation de capitaux/droits (économiques, culturels, statuaires) qui, autrefois productifs, deviennent parasitaires face à une valeur ajoutée insuffisante.

Cela dépasse largement le marxisme pur en intégrant les dimensions non-économiques (Bourdieu/Weber).

Il faudrait developper la question du vieillissement , mais ce n’est pas ma spécialité et pour cela il faut étudier Todd.

La question du climat fait partie des mythes produits par le besoin de surexploiter les salariés et de leur imposer une austérité renforcée par un dirigisme non démocratique.

Pour résoudre la crise, il faudrait non seulement relancer la valeur ajoutée par l’innovation productive, réorienter la formation et l’affectation du capital vers des utilités sociales nouvelles , mais aussi « dévaluer » symboliquement de nombreux droits accumulés, et mettre en place une sorte de nouveau Contrat Social qui confèrerait au système une légitimité renouvelée.

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