Incertitude sur l’inflation et les taux en Europe

Les responsables de la Banque centrale européenne (BCE), qui avaient au départ largement sous-estimé le forte poussée inflationniste de 2022, éviteront probablement désormais de qualifier de « transitoire » toute hausse des prix provoquée par la guerre en Iran.

De ce fait, ils devraient se contenter d’un seuil d’intervention plus bas que lors des crises précédentes liées aux cours de l’énergie.

La BCE a été l’une des dernières grandes banques centrales à durcir sa politique monétaire en réponse aux perturbations économiques causées par la pandémie de COVID-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, qualifiant le « pic d’inflation » de simplement transitoire.

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Elle n’avait relevé ses taux qu’en juillet de cette année-là, plusieurs mois après la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque d’Angleterre (BoE).

L’institut de Francfort a ensuite été contraint de relever les coûts d’emprunt à un rythme record, la hausse des prix ayant dépassé 10%, soit cinq fois sa cible et le niveau le plus élevé depuis la création de l’union monétaire.

LEÇONS TIRÉES

Même si la BCE réagira à nouveau avec prudence à toute hausse temporaire des prix liée au pétrole, elle tiendra cette fois compte des leçons tirées de 2022 et du fait que l’économie de la zone euro, dépendante des importations, est plus exposée que d’autres à la hausse des coûts énergétiques, selon les économistes et certains responsables.

« Nous devons absolument éviter de qualifier l’inflation de ‘transitoire' », a déclaré un responsable, qui a requis l’anonymat.

« L’orientation de la politique de la BCE est désormais entre les mains des généraux », a ajouté cette même source, faisant référence au fait que les prix mondiaux dépendraient désormais des rebondissements d’un conflit déclenché par l’opération israélo-américaine contre l’Iran le week-end dernier, qui enflamme depuis la région du Moyen-Orient.

La BCE retiendra probablement que les modèles standard sont moins fiables face à des crises exceptionnelles et qu’il est nécessaire de procéder à une analyse plus pragmatique, en s’appuyant sur les enseignements tirés de crises similaires.

La guerre a déjà fait grimper les prix du pétrole cette semaine et les distributeurs de carburant vont probablement répercuter ce coût sur les automobilistes dans les prochains jours.

La décision du Qatar de suspendre ses livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) en raison du conflit au Moyen-Orient signifie que les clients européens pourraient bientôt devoir rivaliser sur les prix avec les acheteurs asiatiques pour les importations dont ils dépendent davantage depuis qu’ils se sont largement affranchis de l’énergie russe.

La situation actuelle n’est pas tout à fait entièrement comparable à celle de 2022. Les politiques budgétaires et monétaires sont plus restrictives et la vague de dépenses post-pandémique qui a aggravé les goulets d’étranglement dans l’approvisionnement a pris fin.

L’inflation intérieure reste néanmoins trop élevée. Seule une baisse antérieure du prix du pétrole a permis en début d’année de ramener le chiffre global en dessous de la cible de 2% fixée par la BCE.

L’inflation mondiale reste également élevée. Avant même la guerre en Iran, la Réserve fédérale américaine (Fed) avait estimé que le risque d’une inflation supérieure à l’objectif était important, et le compte rendu de sa réunion de janvier indique que plusieurs responsables politiques se sont même prononcés en faveur d’une hausse des taux d’intérêt pour la combattre.

« Le pic inflationniste de 2022 étant encore frais dans les mémoires, il est possible que les anticipations d’inflation soient moins ancrées, et la BCE tentera de ne pas commettre deux fois la même erreur de réaction trop tardive », signalent Tuuli Koivu et Anders Svendsen, économistes chez Nordea.

Les hausses des taux d’intérêt n’ont d’effet sur les prix qu’avec un décalage de 12 à 18 mois, de sorte que les mesures ne se justifient que si la banque centrale estime que l’inflation sera durable. D’autre part, une augmentation des prix de l’énergie nuirait à la croissance, ce qui aurait à son tour un effet déflationniste.

Cependant, certains estiment que ce dilemme ne devrait pas servir de prétexte à l’inaction.

« Nous avons eu ce débat en 2022 et nous avons clairement été trop timides », a déclaré un autre décideur, qui a également demandé à rester anonyme.

« Si nous étions à nouveau confrontés à ce débat entre croissance et inflation, cette leçon serait encore fraîche dans l’esprit de tous et nous devrions évidemment agir plus rapidement », a-t-il dit.

Les responsables politiques qui se sont exprimés publiquement ont toutefois mis en garde contre toute action précipitée, arguant que l’environnement reste instable.

Les projections de la BCE placent en outre l’inflation en dessous de l’objectif de 2% cette année et l’année prochaine, ce qui suggère qu’il existe une marge de manoeuvre pour tolérer une hausse modérée des prix.

Cela signifierait qu’aucune mesure ne sera probablement prise lors de la réunion de la BCE du 19 mars prochain, même si la banque centrale pourrait abandonner son mantra selon lequel la politique monétaire de la zone euro est « bien orientée ».

Quoi qu’il en soit, les marchés ont commencé à anticiper une éventuelle hausse des taux, estimant entre 20% et 30% la probabilité qu’une telle mesure soit prise cette année, une perspective a fait grimper les rendements obligataires du bloc plus tôt cette semaine.

Reuters

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