Les États-Unis sont désormais une puissance hégémonique prédatrice — une grande puissance dominante qui « considère toutes les relations bilatérales comme étant intrinsèquement à somme nulle et cherche à en tirer le maximum de bénéfices », écrit Stephen Walt.
L’article de Stephen M. Walt, publié dans Foreign Affairs en mars/avril 2026, intitulé « The Predatory Hegemon: How Trump Wields American Power » est remarquable et remarqué.
Bien entendu il reste profondement biaisé et pro hegemon!
Walt est un professeur éminent en relations internationales à la Harvard Kennedy School et un théoricien du réalisme défensif; il propose une nouvelle lecture pour décrire la politique étrangère des États-Unis sous le second mandat de Donald Trump. Il qualifie les États-Unis de « puissance hégémonique prédatrice » (predatory hegemon).
Predateur et pillard sont des termes que j’utilise régulièrement pour décrire la politique impérialiste menée par Trump sous la pression du très grand capital americain redevenu impérialiste.
BIEN ENTENDU « FOREIGN AFFAIRS », FINANCE PAR PRECISEMENT CE GRAND CAPITAL AMERICAIN, NE PARTAGE PAS MON ANALYSE MEME SI IL EN UTILISE LE VOCABUALIRE!
LE RESPONSABLE CE N’EST PAS LE GRAND CAPITAL AMERICAIN QUI SPONSORISE ET SOUTIENT TRUMP PAR SON ARGENT ET SES MEDIAS. NON! C’EST TRUMP LUI MEME
Une grande puissance ex-dominante qui perçoit toutes les relations bilatérales comme intrinsèquement à somme nulle, et cherche à en extraire le maximum de bénéfices au détriment des autres acteurs, qu’ils soient alliés ou adversaires est prédatrice.
Ce que Walt décrit comme hégémonie prédatrice c’est tout simplement l’exacerbation du pillage, de l’exploitation, de l’échange inégal du Centre Americain imposé à la Périphérie. Prédation rendue obligatoire par la suraccumulation de capital productif, de dettes, de capitaux fictifs, de fausses valeurs boursières qu’il faut rentabiliser, de droits sociaux non financés concédés, de fausses assurances etc
- Définition du concept : Walt définit l’hégémonie prédatrice comme une approche où les États-Unis exploitent leur position privilégiée pour imposer des concessions, des tributs et des marques de déférence, dans un monde perçu comme purement compétitif. Cela contraste avec une hégémonie plus « bénigne » ou libérale, qui viserait des bénéfices mutuels via des institutions et des règles internationales.
- Contexte historique : Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir en 2017, divers analystes ont tenté de labelliser sa stratégie. Par exemple :
- Barry Posen (dans Foreign Affairs en 2018) parlait d' »hégémonie illibérale », soulignant un mélange de domination globale et de rejet des normes libérales.
- Oren Cass (automne 2025) insistait sur la « réciprocité », où les États-Unis exigent des échanges équitables, souvent asymétriques en leur faveur.
- D’autres termes comme « réaliste », « nationaliste », « mercantiliste », « impérialiste » ou « isolationniste » capturent des aspects partiels, mais Walt argue que « hégémonie prédatrice » englobe le mieux l’essence de la politique de Trump, surtout dans son second mandat.
L’article complet, développe ces idées avec des exemples concrets de politiques trumpiennes et une critique des conséquences à long terme.
Walt développe son argument en distinguant l’hégémonie prédatrice d’un comportement typique de grande puissance.
Selon lui, un hégémon « bénin » impose des charges inégales seulement quand nécessaire et favorise des relations mutuellement bénéfiques via des institutions multilatérales.
À l’inverse, un hégémon prédateur exploite autant ses partenaires que ses rivaux, utilisant des outils comme les embargos, les tarifs douaniers et les menaces militaires pour obtenir des avantages asymétriques et une soumission permanente.
Des exemples tirés de l’article illustrent cela :
- Politiques économiques : Trump impose des tarifs pour corriger les déficits commerciaux, comme un tarif de 40 % sur le Brésil en juillet 2025 pour forcer un pardon à Jair Bolsonaro, ou des hausses sur le Canada et le Mexique contre le trafic de fentanyl. Des alliés comme l’UE, le Japon et la Corée du Sud obtiennent des exemptions en investissant massivement aux États-Unis.
- Liens militaires et économiques : La protection militaire est conditionnée à des concessions, comme des doutes sur l’engagement en NATO ou à Taïwan pour extraire des accords commerciaux. Des pays comme l’Australie ou l’Ukraine offrent l’accès à des minéraux critiques en échange de soutien.
- Exigences de déférence : Trump demande des actes symboliques, comme des éloges publics (ex. : le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte le qualifiant de « papa » des efforts de paix) ou des cadeaux (ex. : une couronne d’or de la Corée du Sud). Des menaces extravagantes, comme annexer le Groenland ou faire du Canada le 51e État, soulignent cette dynamique de domination et de soumission. foreignaffairs.com
Walt critique sévèrement cette approche, arguant qu’elle est inadaptée à un monde multipolaire émergent avec des puissances comme la Chine. À court terme, elle peut sembler rentable (gains économiques, fin apparente de conflits), mais elle érode les fondements de la puissance américaine :
- Résentiment global : Les humiliations fomentent de la rancœur, boostant des leaders anti-américains comme Lula au Brésil ou renforçant des alliances alternatives (ex. : l’Inde approfondit ses liens avec la Chine et la Russie, visant 100 milliards de dollars d’échanges avec cette dernière d’ici 2030).
- Réduction de la dépendance : Les pays diversifient leurs partenariats pour éviter la vulnérabilité ; le Canada double ses exportations non américaines, l’UE signe des accords avec l’Indonésie, le Mexique et l’Inde.
- Échec stratégique : La Chine, avec un PIB plus grand en parité de pouvoir d’achat et une domination sur les marchés des terres rares, résiste au bullying américain, forçant des suspensions de guerres commerciales. Les institutions abandonnées par les États-Unis (comme l’Organisation maritime internationale) permettent à la Chine de se poser en acteur responsable, améliorant son image globale tandis que celle des États-Unis décline.
- Conséquences internes : Les politiques trumpiennes créent des vents contraires économiques (prix plus élevés pour les consommateurs américains), et les gains personnels (ex. : deals hôteliers pour la famille Trump) profitent à une élite restreinte, pas à la nation.
Cette « prédation » reflète une adaptation pragmatique à un monde post-unipolaire dans lequel les USA sont declinant car l’ordre social et politique actuel refuse les ajustements concrets qui ralentiraient le déclin:
-acceptation d’une crise de destruction de la pourriture accumulée
-reforme budgetaire
-reforme monétaire avec devaluation forte du dollar et moratoire des dettes
-baisse du niveau de consommation, renforcement de l’épargne
-valeurs tournées vers l’effort et moins hédoniques
-fin des récits idiots qui entretiennent l’imaginaire sur l’exceptionnalisme.
Foreign affairs

Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2017, les commentateurs ont cherché une étiquette adéquate pour décrire son approche de la politique étrangère américaine.
Dans ces mêmes colonnes, le politologue Barry Posen suggérait en 2018 que la grande stratégie de Trump était une « hégémonie illibérale », et l’analyste Oren Cass affirmait l’automne dernier que son essence même résidait dans une exigence de « réciprocité ».
Trump a été qualifié de réaliste, de nationaliste, de mercantiliste à l’ancienne, d’impérialiste et d’isolationniste.
Chacun de ces termes rend compte de certains aspects de son approche, mais la grande stratégie de son second mandat présidentiel est peut-être celle qui décrit le mieux cette approche.
Stephen M. Walt est professeur Robert et Renee Belfer d’affaires internationales à la Harvard Kennedy School.