Le 7 mars 2026, marque le 60e anniversaire de la décision du général Charles de Gaulle de retirer la France du commandement militaire intégré de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

Le 7 mars 2026, marque le 60e anniversaire d’un événement pivotal dans l’histoire des relations internationales : la décision du général Charles de Gaulle de retirer la France du commandement militaire intégré de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

Cette mesure, annoncée par une lettre adressée au président américain Lyndon B. Johnson le 7 mars 1966, a secoué l’Alliance atlantique et affirmé l’indépendance française sur la scène mondiale.

Bien que souvent mal comprise comme un départ total de l’OTAN, elle consistait en réalité à quitter la structure militaire intégrée, tout en restant membre de l’Alliance politique.

Contexte Historique : Les Tensions de la Guerre FroideAu lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France avait été l’un des membres fondateurs de l’OTAN en 1949, une alliance défensive visant à contrer la menace soviétique. Cependant, sous la présidence de Charles de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, la France aspirait à une plus grande souveraineté. De Gaulle, fervent défenseur de l’indépendance nationale, critiquait la domination américaine au sein de l’OTAN, particulièrement en matière de contrôle nucléaire et de commandement des forces alliées.

Les frictions s’étaient accumulées dès le début des années 1960. En 1963, un désaccord majeur éclata autour du projet de flotte nucléaire atlantique, où la France refusa de participer, préférant développer sa propre force de frappe nucléaire indépendante. De Gaulle estimait que l’intégration militaire compromettait la souveraineté française, en plaçant ses troupes sous un commandement étranger, américain.

Dès septembre 1965, il avait annoncé publiquement son intention de mettre fin à cette « subordination » d’ici 1969, date d’expiration du traité initial.

La Décision du 7 Mars 1966Le 7 mars 1966, de Gaulle formalisa sa position dans une lettre mémorable à Johnson. Il y déclarait que la France « est déterminée à recouvrer sur tout son territoire l’exercice entier de sa souveraineté », en cessant sa participation aux commandements intégrés et en ne plaçant plus ses forces à la disposition de l’OTAN.

Cette annonce, précédée d’une conférence de presse le 21 février où il avait évoqué l’idée, força les alliés à évacuer toutes les installations militaires étrangères du sol français d’ici avril 1967.

En pratique, cela signifiait le départ de plus de 30 000 soldats américains et le déménagement du quartier général de l’OTAN de Paris vers Bruxelles, ainsi que du SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) vers Casteau, en Belgique.

La France conserva toutefois sa place au Conseil de l’Atlantique Nord, le principal organe politique de l’Alliance, et signa des accords de coopération pour maintenir des liens militaires.

historycentral.comConséquences et Réactions InternationalesCette décision provoqua un choc au sein de l’OTAN. Les États-Unis et d’autres alliés la perçurent comme un affaiblissement de l’Alliance face à l’Union soviétique, en pleine Guerre froide.

De Gaulle, cependant, la justifiait par la nécessité pour la France de contrôler son destin, sans vassalisation vis-à-vis de Washington.

Sur le plan intérieur, elle renforça l’image du général comme défenseur de la grandeur française.

Ce n’est qu’en 2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, que la France réintégra pleinement le commandement intégré, marquant la fin d’une ère gaulliste en matière de défense et en toutes matières d’ailleurs!.

Texte intégral de la lettre (version française originale)

Cher Monsieur le Président,


Notre Alliance atlantique achèvera dans trois ans son premier terme. Je tiens à vous dire que la France mesure à quel point la solidarité de défense ainsi établie entre quinze peuples libres de l’Occident contribue à assurer leur sécurité et, notamment, quel rôle essentiel jouent à cet égard les États-Unis d’Amérique.


Aussi, la France envisage-t-elle, dès à présent, de rester, le moment venu, partie au Traité signé à Washington le 4 avril 1949. Cela signifie, qu’à moins d’événements qui, au cours des trois prochaines années, viendraient à changer les données fondamentales des rapports entre l’Est et l’Ouest, elle serait, en 1969 et plus tard, résolue, tout comme aujourd’hui, à combattre aux côtés de ses alliés au cas où l’un d’entre eux serait l’objet d’une agression qui n’aurait pas été provoquée.


Cependant, la France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, en Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l’évolution de sa propre situation et de ses propres forces, ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’alliance soit en commun sous la forme de conventions multilatérales, soit par accords particuliers entre le gouvernement français et le gouvernement américain.


C’est pourquoi la France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN.


Il va de soi que, pour l’application de ces décisions, elle est prête à régler avec les gouvernements alliés et, en particulier, avec celui des États-Unis, les mesures pratiques qui les concernent. D’autre part, elle est disposée à s’entendre avec eux quant aux facilités militaires à s’accorder mutuellement dans le cas d’un conflit où elle s’engagerait à leurs côtés, et quant aux conditions de la coopération de ses forces et des leurs dans l’hypothèse d’une action commune, notamment en Allemagne.


Sur tous ces points, cher monsieur le président, mon gouvernement va donc prendre contact avec le vôtre. Mais, afin de répondre à l’esprit d’amicale franchise qui doit inspirer les rapports entre nos deux pays et, permettez-moi de l’ajouter, entre vous et moi, j’ai tenu, tout d’abord, à vous indiquer personnellement pour quelles raisons, dans quel but et dans quelles limites la France croit devoir, pour son compte, modifier la forme de notre alliance sans en altérer le fond.


Je vous prie de bien vouloir agréer, cher monsieur le président, les assurances de ma très haute considération et l’expression de mes très cordiaux sentiments.


Charles de GAULLE

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