Wali Nasr
Professeur à l’Université Johns Hopkins-SAIS, conseiller principal du département d’État,
auteur de La grande stratégie de l’Iran
L’Iran adopte une stratégie à long terme.
En temps de guerre, la géographie compte autant que la technologie. L’Iran contrôle toute la rive nord du Golfe, dominant les champs énergétiques de sa rive sud et tout ce qui transite par ses eaux.
Ses alliés houthis sont positionnés à l’entrée de la mer Rouge et le long du passage vers le canal de Suez ; l’Iran est ainsi idéalement placé pour exercer une pression considérable sur l’économie mondiale des deux côtés de la péninsule arabique.
Ceux qui dirigent l’Iran aujourd’hui sont des vétérans des guerres asymétriques en Irak et en Syrie.
Ils appliquent désormais la même stratégie pour combattre les États-Unis sur le champ de bataille de l’économie mondiale. Drones, missiles à courte portée et mines incendiant des pétroliers et des ports peuvent avoir le même effet que les engins explosifs improvisés en Irak, mais avec un impact bien plus important : perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales et faire grimper les prix du pétrole.
L’Iran pourrait ainsi maintenir sa contre-offensive plus facilement et bien plus longtemps.
De plus, un cessez-le-feu à lui seul ne dissipera pas la menace que l’Iran fait peser sur le Golfe, qui vit actuellement un véritable cauchemar. C’est pourquoi les dirigeants iraniens affirment qu’ils n’accepteront aucun cessez-le-feu tant que Washington n’aura pas pleinement saisi le coût économique mondial de cette guerre.
Les entreprises, les investisseurs et les touristes pourraient ne pas revenir dans les pays du Golfe s’ils pensent que la guerre pourrait reprendre.
À moins que les États-Unis ne soient prêts à envahir l’Iran pour destituer les dirigeants de la République islamique et à rester sur place pour garantir la stabilité et la sécurité, la confiance dans le Golfe ne reviendra que si les États-Unis et l’Iran parviennent à un cessez-le-feu durable.
L’Iran affirme qu’il n’acceptera un cessez-le-feu qu’avec des garanties internationales de sa souveraineté, ce qui impliquerait probablement un rôle direct de la Russie et de la Chine.
Il pourrait également exiger des réparations pour les dommages de guerre et un cessez-le-feu vérifiable au Liban. Les États-Unis devraient alors accepter une version ou une autre de l’accord nucléaire qu’ils ont laissé sur la table à Genève en février et s’engager à lever les sanctions.
Les dirigeants iraniens sont entrés dans cette guerre avec l’objectif d’en faire la dernière.
Soit elle les brise, soit elle transforme radicalement la situation du pays. Ils parient sur leur survie à long terme et sur leur capacité à exercer une pression suffisante sur l’économie mondiale pour atteindre cet objectif.