J’utilise plusieurs theories de la monnaie et de la finance, selon les besoins et les domaines que j’étudie. Ces theories vont du marxisme à la psychanalyse et à la linguistique. car la monnaie est un signe. J’utilise aussi celle de Lordon, et Orlean sur la monnaie equivalent de tous les désirs.
S’agissant de mes écrits économiques , financiers et monétaires j’utilise une theorie originale dont le fondement est la mutation de la monnaie en actif financier par l’Alchimie des marchés.
L’argent , la monnaie ultime se transforme en finance. Les actifs quasi monétaires actions, obligations, dépôts, repos, parts de fonds monétaires, T-bills, commercial paper, etc. fonctionnent comme des « avatars » ou « money-like » de la vraie monnaie.
Une partie de cette théorie s’appuie sur la hiérarchie de la monnaie ou « Money View ». développée par l’économiste américain Perry Mehrling (professeur à Boston University) dans ses travaux des années 2010-2012, que j’ai completée.
Il s ‘agissait pour moi de comprendre comment on passait de la monnaie à la finance et pourquoi la question de la surévaluation des actifs financiers cessait de se poser dans un univers ou la monnaie n’est rattachée à rien et ou sa production est libérée de toute contrainte..
Principe de base : toute monnaie est hiérarchique
Dans n’importe quel système monétaire (or, dollar, euro, etc.), il n’existe pas une seule monnaie, mais une pyramide , une hiérarchie :
- Sommet (monnaie ultime / extinction de dettes ) : Les réserves de banque centrale (ou l’or autrefois). C’est la seule vraie « monnaie » : on la règle définitivement, personne ne peut la créer librement sauf la banque centrale.
- Niveau juste en dessous : La monnaie fiduciaire + réserves (ce que la banque centrale émet).
- Niveau suivant : Les dépôts bancaires (votre compte en banque).
- Niveaux inférieurs (finance / shadow banking) : Les actifs quasi monétaires comme les repos (prêts garantis overnight), parts de money market funds (CNAV), T-bills, papier commercial , certificats de dépôt, valeurs mobilières etc.
Clé de la théorie : ce qui est « monnaie » pour un acteur à un niveau donné est « crédit » ou plus exactement « promesse » vu d’en haut.
Exemple :
- Pour vous et moi, un dépôt bancaire c’est de la monnaie (on peut payer avec).
- Pour la banque, ce dépôt n’est plus un depot,c’est une dette (elle vous doit de la monnaie centrale).
- Pour un fonds monétaire, un repo overnight c’est du « cash » (money-like).
- Pour la banque centrale, tout cela c’est du crédit privé.
Donc mon hypothèse de travail c’est que sous une apparente diversité tout cela c’est la meme chose, cela constitue un seul et meme ensemble, un champ qui unifie l’ensemble des bestioles monétaires et quasi monétaires.
Reste a expliquer comment l’argent devient finance.
Comment « l’argent devient finance »
L’argent ne reste pas statique.
Il se transforme en finance par trois mécanismes permanents :
- Création endogène de crédit (banques et shadow banking créent de la monnaie « privée » à partir de rien, via des prêts).
- Transformation de maturité et de liquidité (on prend de l’argent à vue , overnight et on le prête à plus long terme, ).
- l’appétit pour le risque qui fait glisser d’une categorie a une autre en fonction du couple risk/recompense
Résultat : la pyramide s’élargit vers le bas. Plus il y a de couches de crédit, plus l’économie devient « financiarisée ».
Dans les phases d’expansion, boom de risk-on , la hiérarchie s’aplatit : le crédit du bas devient presque interchangeable avec la monnaie du haut tout le monde accepte les actifs quasi monétaires comme si c’était du vrai cash.
C’est l’explosion de la finance.
Dans les crises ou l’appétit pour le risque disparait, la hiérarchie se redresse brutalement: les avatars, les actifs financiers que j’appelle quasi monnaie perdent leur « moneyness », leur monnaieitude, plus personne ne les accepte au pair, ils décotent , et on remonte vers la vraie monnaie centrale ; d’où les interventions massives des banques centrales pour preserver la monnaieitude en 2008, 2020, etc..
Les actifs quasi monétaires , les avatars / money-like de la monnaie ont la caractéristique de former un ensemble unifié depuis que les monnaies et le dollar ne sont plus rattachés à l’or. Ils flottent eux aussi.
On passe d ‘un avatar à un autre en fonction des trois paramètres, maturité, rendement et risque.
Explicitement l’existence d’un tel ensemble suspendu dans les airs sans rattachement à aucune valeur objective demande, impose l’existence d’un PUT, d’une option de vente, d’un mécanisme qui garantit la convertibilité des quasi monnaies c’est a dire des actifs financiers en monnaie banque centrale ou si non, en or. on apppelle cela assurer la liquidité.
Explicitement les actifs financiers sont des « money-like claims » c’est a dire des promesses, des revendications monétaires. Ils se distinguent par leur degré de ressemblance avec la monnaie.
Pourquoi sont-ils des avatars ?
- Ils sont convertibles au pair par à vue ou à maturité ce qu’il fait qu’ils ils se comportent comme de la monnaie, leurs prix varient en fonction de la masse de monnaie produite
- Ils sont hautement liquides et acceptés comme moyen de paiement dans leur couche (ex. : un repo sert de cash pour un fonds monétaire ; un T-bill sert de collatéral « cash-like »).
- Mais ils restent des promesses (crédit), pas de la monnaie ultime. Ils ont besoin d’un « backstop » (garantie) : soit institutionnel public (FDIC, Fed, Trésor), soit privé (collateral, réputation) ou encore backstop occulte connu des seuls initiés, les grands pretres de la religion de la monnaie : le PUT de la Banque Centrale.
Exemples concrets
- Purely public money : Réserves + T-bills (garanti par l’État).
- Hybrid/insured : Dépôts bancaires (FDIC + prêteur en dernier ressort).
- Public shadow money : Repos sur Treasuries (T-repos).
- Purely private shadow money : Repos privés (P-repos), parts de prime money funds, commercial paper.
Tous ces actifs sont des avatars de la monnaie centrale : ils font le même travail (stockage de valeur, moyen d’échange, unité de compte) pour les acteurs qui opèrent à leur niveau, mais ils peuvent « casser » en cas de panique, c’est à dire moins valoir que le pair (perte de parité).
En résumé ma théorie en une phrase
Par le décrochage des valeurs réelles et la disparition de l’ancrage à l’or, le champ monétaire s’est libéré et ouvert; il a englobé les quasi monnaies; face aux besoins de la financiarisation pour catalyser la sphere économique, il a fallu produire de plus en plus de quasi monnaie, et peu à peu promettre la monnaieitude des actifs financiers c’est à dire faire croire qu’ils étaient aussi bons que de la monnaie et que l’on pouvait toujours les échanger contre la monnaie sans perdre trop.
L’argent devient finance parce que chaque couche inférieure de la pyramide monétaire crée des avatars (money-like) de la couche supérieure. La vraie monnaie (réserves) reste rare et contrôlée ; tout le reste est du crédit qui se fait passer pour de la monnaie grâce à la liquidité, au collateral et aux backstops/assurances/promesses.
C’est pour cela que la finance moderne semble « magique » : elle multiplie les formes de monnaie sans toucher à la base.
Cette théorie explique parfaitement :
- Pourquoi les dépôts ou les repos « valent » de l’argent jusqu’au jour où ils ne valent plus rien.
- Pourquoi les banques centrales doivent toujours intervenir quand la hiérarchie se bouleverse et que la revulsion se produit
- Pourquoi la financiarisation n’est pas un accident, mais la logique même du système monétaire d7s lors qu’il est désancré.