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Pendant que le monde débat des prix du pétrole et de la stratégie militaire, la crise réelle se déroule dans le silence.
Les molécules qui produisent la moitié de l’alimentation de la planète sont physiquement piégées derrière une zone de guerre. Et la fenêtre biologique pour les utiliser se referme dans quelques semaines. Pas en mois. En semaines.
Ceci n’est pas un exercice.
Selon la CNUCED, environ un tiers du commerce maritime d’engrais transite par le détroit d’Ormuz. Près de 49 % de l’urée commercialisée à l’échelle mondiale dépend d’exportateurs exposés aux conflits. Près de la moitié du commerce mondial du soufre, élément chimique indispensable à la fabrication des engrais phosphatés, est tributaire du Golfe. Le transit est interrompu à 97 %. Il n’existe aucune voie alternative. Aucune réserve stratégique d’engrais n’existe sur Terre. Il n’y a pas de plan B.
En ce moment même, alors que vous lisez ceci :
Le Bangladesh a fermé cinq de ses six usines d’urée. La saison du riz Boro, qui représente plus de la moitié de la production céréalière du pays, bat son plein sans aucun approvisionnement national en azote. L’Inde fait fonctionner ses usines d’engrais à 60 % de leur capacité et a officiellement demandé de l’urée d’urgence à la Chine. La Chine n’a pas répondu et a interdit ses exportations de phosphate jusqu’à fin août. L’Égypte, premier importateur mondial de blé, doit faire face à 28 milliards de dollars de remboursement de dette, tandis que les subventions sur le pain, destinées à nourrir 69 millions de personnes, sont en chute libre en raison de prix imprévus. Le Soudan, déjà en situation de famine avérée, importe 54 % de ses engrais des pays du Golfe. Les expéditions du PAM prennent désormais 25 jours supplémentaires en raison des détours liés à la zone de conflit. L’Australie importe la quasi-totalité de son urée, dont les deux tiers proviennent des pays du Golfe, et l’ensemble de sa flotte de poids lourds fonctionne à l’AdBlue, un carburant fabriqué à partir de cette même urée qui ne parvient plus à destination. Sans urée, sans AdBlue, pas de fret, et donc pas de produits alimentaires dans les rayons des supermarchés de Sydney.
318 millions de personnes étaient confrontées à une situation de faim critique AVANT le 28 février.
Le chiffre qui devrait hanter tous les décideurs politiques de la planète : la réponse du rendement à l’azote n’est pas linéaire, mais quadratique. Dans les pays riches qui utilisent excessivement les engrais, une réduction de 15 % entraîne une perte de rendement d’environ 3 %. Dans les pays du Sud, où les agriculteurs utilisent déjà sept fois moins d’engrais que la moyenne mondiale, cette même réduction précipite les cultures dans une situation critique : la production ne diminue pas, elle s’effondre. Le Sri Lanka l’a prouvé en 2021. Une seule saison sans engrais de synthèse. La production de riz a chuté de 40 %. Le gouvernement a été renversé. Imaginez maintenant la situation du Sri Lanka dans trente pays simultanément.
Alors qu’un épisode El Niño pourrait entraîner, selon Skymet, une mousson indienne inférieure à la normale (60 % de chances), 51 % des zones de culture du maïs aux États-Unis sont déjà touchées par la sécheresse, tandis que l’humidité des sols en Australie, au niveau des racines, se situe parmi les 10 % les plus bas depuis 1911, les producteurs de maïs abandonnent les cultures nécessitant une forte intensité d’azote, faute de pouvoir se permettre de payer 900 dollars la tonne d’ammoniac contre 4,50 dollars pour le maïs, et que la Réserve fédérale est bloquée à 3 % d’inflation sous-jacente (PCE), sans marge de manœuvre, l’inflation alimentaire s’apprête à envahir tous les rayons des supermarchés américains d’ici six mois.
Personne n’en parle.
CNBC fait sa une sur le pétrole. Bloomberg sur les actions. Le Pentagone sur le nombre de frappes. Mais la véritable arme de destruction massive dans ce conflit n’est pas un missile. C’est le calendrier. La Corn Belt a besoin d’azote mi-avril. L’Inde doit préparer la récolte de Kharif en mai. L’Australie a besoin d’urée en juin. Si l’on rate ces échéances, aucune intervention ultérieure ne pourra compenser les pertes de rendement. L’alimentation ne se décide pas entre diplomates dans six mois. Elle se joue sur la composition chimique des sols dans les six prochaines semaines. Les prix se répercuteront sur votre budget à Noël.
Les deux camps ont rejeté les pourparlers de cessez-le-feu cette semaine.
Le monde a passé cinquante ans à se préparer à un choc pétrolier. Il n’a consacré aucune année à se préparer à un choc des engrais. La moitié de l’humanité se nourrit grâce à un unique processus industriel alimenté au gaz naturel du golfe Persique, acheminé par 34 kilomètres d’eau actuellement exploités, non assurés et sans escorte.
La période de plantation ne tient pas compte de votre géopolitique.
Il ferme ses portes.
SAP