PATRICIA MARINS
Une force opérationnelle internationale pourrait-elle sécuriser la zone d’Ormuz jusqu’à l’île de Kharg ?
Le président Trump a appelé à la création d’une force d’intervention internationale pour rouvrir de force le détroit d’Ormuz.
Quelles sont les chances de succès ?
Supposons que cette force rassemble 30 navires, soit 10 de plus que le maximum déployé par la force d’intervention en mer Rouge contre les Houthis. Durant cette période de stress constant, la Marine a dû embarquer des psychologues et des spécialistes du comportement supplémentaires à bord des navires, le moral des marins étant au plus bas face à l’environnement de combat imprévisible. Dans de telles situations, les marins n’ont que quelques secondes pour prendre des décisions tandis que les missiles se rapprochent. Quel état mental permettrait de survivre à un environnement infiniment plus stressant comme le détroit d’Ormuz ?
Les Houthis utilisaient des missiles iraniens de base ou des clones, mais ils n’ont même pas déployé les versions modernes disponibles pour protéger le détroit d’Ormuz. Il faut savoir que les chaînes de montagnes bordant le détroit sont probablement parsemées de grottes abritant des lanceurs de drones et des missiles antinavires. Dans l’eau, les drones sous-marins iraniens de 4 à 8 mètres, alimentés par des batteries au lithium, sont appuyés par des vedettes suicides capables de dépasser les 150 km/h, dont les forces ukrainiennes ont déjà prouvé qu’elles constituaient une menace majeure pour les navires de ligne.
Quelle force oserait s’aventurer dans ce détroit, sachant que l’Iran a perfectionné des sous-marins de poche furtifs spécialement conçus pour ces eaux peu profondes ?
Sans oublier les centaines de vedettes rapides équipées de missiles.
Les défenses aériennes de toute flotte seraient saturées en quelques jours à un coût exorbitant. L’Iran n’aurait besoin que de ses vastes stocks de missiles à courte portée (35-150 km), tels que les CM-35 et CM-90, déployés sur des plateformes mobiles agiles.
De plus, les missiles balistiques Fateh-360 constitueraient la plus grande menace pour une invasion de cette ampleur. La coalition prendrait évidemment la mesure logique suivante : un soutien massif des drones MALE. Au sein d’une telle force opérationnelle, le recours intensif aux drones est primordial pour la gestion des navires, qu’ils soient habités ou non. Cependant, l’Iran abat en moyenne deux drones ISR de la coalition par jour, ce qui suggère qu’il s’est adapté et déploie des contre-mesures efficaces.
D’après un rapport du 15 mars des pays du Golfe, ces derniers affirment avoir intercepté environ 850 missiles et 2 700 drones. Si ces chiffres sont exacts, cela signifie que l’Iran a lancé des milliers de munitions malgré les bombardements dont il était victime. Contre Israël, des dizaines de missiles épuisent quotidiennement non seulement les batteries israéliennes, mais aussi celles de l’USS Gerald Ford, qui apporte son soutien depuis plusieurs jours.
Dans ce contexte, même si la coalition parvenait à franchir le détroit et que les troupes américaines débarquaient sur l’île de Kharg, comment pourraient-elles tenir une position à seulement 30 km de l’une des trois plus grandes puissances mondiales en matière de missiles et de drones ?
L’Iran se trouve dans une position stratégique extrêmement favorable, contrôlant efficacement les deux détroits, et je ne vois aucune force opérationnelle capable de changer cela actuelleme