« Le dollar, l’analyse marxiste du déclin violent du capitalisme mondial »

Le dollar, Gaza et l’analyse marxiste du déclin violent du capitalisme mondial

Entretien avec Radhika Desai (février 2026)

Dans cet entretien publié sur la chaîne « Radhika Desai Geopolitical Economist » l’économiste politique marxiste Radhika Desai propose une lecture radicale des grandes crises actuelles : fragilité du dollar, guerre à Gaza, montée des BRICS et déclin de l’hégémonie occidentale.

1. Le capitalisme est condamné à l’impérialisme

Pour Desai, le capitalisme n’est pas simplement « le commerce » ou « la cupidité ». C’est un système né en Europe du Nord-Ouest, fondé sur l’extraction de survaleur (surplus value) du travail humain. Les capitalistes paient aux travailleurs seulement la valeur de leur force de travail, mais leur vendent les produits de ce travail à un prix supérieur; cet écart produit le profit

Problème structurel endogène: la concurrence permanente fait baisser les prix vers la valeur sociale du travail les profits s’érodent, deviennent insuffisant, il n’y en a pas assez pour tout le capital accumulé c’est la surproduction à la fois de marchandises et de capital, ils ne trouvent pas de débouchés rentables).
Pour survivre, le capitalisme a donc besoin d’un impérialisme permanent :

  • Écouler l’excès de marchandises et de capitaux vers une périphérie.
  • Obtenir main-d’œuvre et matières premières à bas prix.
  • Maintenir cette périphérie à la fois assez « prospère » (pour acheter) et assez appauvrie (pour rester exploitée).

Cette contradiction insoluble explique pourquoi le capitalisme ne peut jamais être pacifique ni vraiment démocratique.

2. Le stade monopolistique et la stagnation depuis les années 1970

Selon Desai, le capitalisme est entré dans sa phase monopolistique dès le début du XXe siècle (Lénine l’avait déjà théorisé). Il a perdu son dynamisme progressif.

  • Après 1945 : une « âge d’or » temporaire grâce aux États-providence, à la concurrence avec le bloc socialiste et au développement dans le tiers-monde.
  • Depuis les années 1970 : virage néolibéral avec financiarisation massive, désindustrialisation, inégalités explosives, stagnation productive.
    Le système ne produit plus de croissance réelle ; il survit grâce à des bulles financières et à l’endettement.

3. Le dollar est en sursis.

La domination du dollar depuis 1971 (fin de la convertibilité or par Nixon ) est condamnée , le dollar est mortel. Le dilemme de Triffin reste entier : les déficits commerciaux américains inondent le monde de dollars ce qui aterme produit la perte de confiance, sa militarisation accélère la menace d’effondrement.

Aujourd’hui, l’inflation empêche de créer de nouvelles bulles financières pour absorber l’excès de dollars. Un crash majeur ou une dévaluation forcée devient probable.

4. Gaza : miroir grossissant de la violence impérialeDesai voit dans la guerre à Gaza l’illustration la plus brutale des logiques impériales du capitalisme tardif :

  • Israël sert d’instrument géopolitique aux États-Unis au Moyen-Orient (contrôle du pétrole, containment de l’Iran, etc.).
  • Les atrocités massives (bien au-delà des chiffres officiels rapportés) détruisent toute prétention morale occidentale.
  • L’hypocrisie saute aux yeux : on prône « démocratie » et « droits humains » chez soi, tout en soutenant (ou en fermant les yeux sur) une violence coloniale extrême ailleurs.
    Gaza accélère la perte de légitimité de l’Occident et rend visible ce que l’impérialisme cachait auparavant sous des discours humanitaires.

5. Le monde est multipolaire depuis la fin du XIXe siècle (industrialisation américaine, allemande, japonaise, puis soviétique et chinoise). L’hégémonie américaine post-1945 n’a jamais été totale.


Aujourd’hui :

  • Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud + nouveaux membres dont le Vietnam) représentent plus de 51 % de la population mondiale.
  • Ils incarnent une alternative : développement autonome, protectionnisme sélectif, planification (surtout chinoise), financements non soumis au FMI/Banque mondiale.
  • Même si certains membres (Inde sous Modi, Brésil récent) connaissent des reculs néolibéraux, l’ensemble BRICS fragilise le monopole occidental.

Conclusion de Radhika Desai

Le capitalisme monopolistique impérial arrive au bout de ses ressources. Il ne peut plus masquer sa violence structurelle


La montée d’un monde multipolaire, porté notamment par la Chine et les BRICS, marque un tournant historique : fin de 500 ans de domination occidentale et possible ouverture vers des modèles de développement plus rationnels et moins destructeurs.

Un entretien dense qui relie économie marxiste classique, géopolitique actuelle et effondrement moral de l’Occident.

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