L’agressivité américaine a un aspect autre que géographique, elle a un aspect organique, liée au fonctionnement et aux causes ultimes de son hégémonie systémique; c’est le dollar qui fait que les USA sont le Centre du Système mondial, tout le reste en découle.
J’aborde souvent cette question en incidente quand j’explique que les Européens et l’Union Européenne sont vassalisés par le bais de la dollarisation de leurs banques et de leur monnaie qui les soumet aux lois américaines. Nous n’avons en fait aucune réelle autonomie, au moindre claquement de doigt du maitre nous nous agenouillons et si il le faut nous nous coucherons.
Le dollar par exemple véhicule les sanctions. Les sanctions sont des bombes atomiques soft, cachées, lentes.
Le dollar fait la loi, il véhicule le pouvoir du Centre, par l’extension juridictionnelle visible mais aussi et surtout par la peur d’en manquer quand on y est surexposé, ce qui est le cas de beaucoup de Périphériques .
Le dollar véhicule la Loi Americaine, la loi du plus fort.
Le dollar est la pièce, le rouage, le fondement de l’hégémonie américaine et il faut le défendre, l’imposer chaque fois qu’il est menacé de perdre du terrain.
C’est une approche très différente de l’approche traditionnelles par l’économie, la géographie, ou le militaire: le dollar est au centre, plus exactement au cœur du contrôle mondial exercé par les Etats Unis.
Quand la suprématie du dollar s’érode, la géopolitique à l’ ancienne reprend le dessus
La domination du dollar américain n’est pas en train de s’effondrer brutalement, mais elle s’estompe lentement.
Et c’est précisément cette érosion progressive qui transforme le pouvoir en conflit ouvert. Ce que nous observons aujourd’hui au Moyen-Orient n’est pas « simplement une autre guerre régionale ». C’est la géopolitique qui rattrape l’économie, dans toute sa brutalité via le pétrole.
Les chiffres sont éloquents. En deux décennies, la part du dollar dans les réserves de change mondiales est passée d’environ 70 % à environ 57 %.
Les pays émergents et les grandes puissances rivales diversifient activement : ils accumulent de l’or, renforcent leurs réserves en devises alternatives et développent des circuits commerciaux qui contournent le billet vert.
La Chine et la Russie, en particulier, ont multiplié les initiatives de dédollarisation ces dernières années, du commerce bilatéral en yuans ou en roubles en passant par les plateformes de paiement alternatives.
Pourtant, le dollar reste profondément ancré dans le système mondial. Il domine toujours les paiements internationaux, le règlement d’une grande partie du commerce mondial et surtout il assure la fourniture de liquidités. Par exemple les Treasuries américaines qui sont un concentré de dollars donnent accès aux liquidités mondiales.
Aucun remplaçant crédible n’est encore en mesure de prendre sa place à court ou moyen terme.
Nous ne sommes pas face à la fin du dollar, nous sommes face au reamenagement,ou aux soubresauts que son déclin entraine.
Ce n’est pas la fin de sa suprématie mais l’émergence d’un nouvel ordre perturbateur. C’est une nuance essentielle.
C’est là que les choses deviennent dangereuses car si la domination monétaire s’affaiblit, les États-Unis ne considèrent plus leur pouvoir comme acquis : ils doivent le démontrer, l’imposer par la force.
Les États-Unis, conscients de cette érosion, cherchent à reprendre le contrôle des flux énergétiques mondiaux, à protéger le système du pétrodollar et à rappeler qu’ils restent les maîtres des rouages de la finance internationale.
Le Venezuela a déjà servi de théâtre d’opérations dans cette logique. L’Iran en est aujourd’hui un autre, plus stratégique encore avec en filigrane la reassertion de l’emprise sur le Moyen Orient tout entier.
C’est par l’Energie c’est à dire par le pétrodollar que les Etats Unis ont repris le contrôle de l’Europe, ils ont tiré sur la laisse du caniche européen et serrent de plus en plus fort avec la fin de l’alternative russe et la dépendance quasi totale au gaz liquéfié américain. Gare si les caniches ne marchent pas droit et vont jouer dans le parc avec les Chinois, …
Derrière les discours officiels sur la sécurité, la non-prolifération ou les droits de l’homme, se joue une bataille plus profonde : celle du maintien d’un ordre mondial où le pétrole s’échange principalement en dollars et ou le dollar se transforme en arme, un ordre où les transactions internationales transitent majoritairement par le système financier américain, et où la liquidité globale dépend, en dernière instance, des décisions de la Fed et du Trésor américain.
Tant que le pétrole restera libellé en dollars, tant que les surplus des pays exportateurs continueront d’être recyclés dans les actifs américains, le privilège exorbitant des États-Unis perdurera.
Chaque tentative de contourner ce système qu’il s’agisse de contrats pétroliers en yuans, de plateformes de paiement indépendantes ou d’accords bilatéraux hors SWIFT est perçue à Washington comme une menace existentielle.
La perte relative de suprématie ne rend pas les conflits moins probables; elle les rend plus fréquents et plus intenses.
La puissance doit se manifester autrement : par la diplomatie coercitive, les sanctions, et, quand cela ne suffit plus, par la force militaire. Les conflits de ce type ne disparaîtront pas. Ils se multiplieront.
C’est la nouvelle réalité du XXIe siècle : la géopolitique rattrape l’économie, et le dollar, même affaibli, reste au cœur de la bataille. Parce que le dollar c’est l’ancrage du Système.