Jeffrey Sachs: L’Iran, le cimetière de l’hégémonie américaine

Jeffrey Sachs : L’Iran, le cimetière de l’hégémonie américaine

Dans une interview récente diffusée sur la chaîne YouTube de Glenn Diesen (professeur spécialiste de la politique étrangère russe et de l’Eurasie), l’économiste américain Jeffrey Sachs livre une analyse sans concession de la politique étrangère des États-Unis au Moyen-Orient.

Intitulée « Jeffrey Sachs : Iran is the Graveyard of American Hegemony », la discussion de près de 33 minutes met en lumière comment les tensions actuelles avec l’Iran pourraient marquer la fin de l’hégémonie américaine, selon Sachs.

Il y dénonce l’irrationalité croissante de l’administration Trump et les risques d’escalade incontrôlée.Trump, un président « en pleine confusion psychologique » ?

Sachs commence par pointer du doigt le comportement de Donald Trump. Il qualifie de « mensonges flagrants et immédiatement démentis » les déclarations du président américain sur des « progrès majeurs » et un « accord global » avec l’Iran.

Selon l’économiste, ces affirmations relèvent de la « confabulation », symptôme possible d’une « démence frontotemporale combinée à un narcissisme malin ». Il décrit Trump comme un « mégalomane, narcissique et psychopathe » qui « flaire dans tous les sens » sans stratégie militaire claire.

Cette absence de rationalité se traduit par des décisions chaotiques : alors que Trump parlait de négociations, Israël a bombardé Téhéran, l’Iran a riposté par des attaques de missiles, et des milliers de Marines américains sont déployés dans la région.

« Il n’y a aucune stratégie militaire évidente », constate Sachs. Pour lui, cette gestion erratique révèle une crise profonde de gouvernance aux États-Unis.

L’Iran face à une menace existentielle

L’économiste insiste sur le fait que l’Iran ne souffre pas de « paranoïa » : il fait face à une menace réelle et explicite. Les dirigeants américains et israéliens ont ouvertement déclaré vouloir « renverser » le régime iranien et « diriger le pays ». Face à cela, Téhéran ne cherche pas un simple cessez-le-feu, mais un règlement politique solide, car des négociations bilatérales risquent d’être sabotées par des assassinats ou des trahisons

.Sur le plan militaire, Sachs souligne la supériorité iranienne en missiles : « L’Iran dispose de plus de missiles que l’autre camp n’a de défenses antimissiles. » Toute tentative de « écraser » l’Iran par la force paraît donc illusoire.

Les trois scénarios possibles selon lui ?

  1. Les États-Unis parviennent à dominer militairement (peu probable).
  2. L’Iran l’emporte dans une guerre de missiles.
  3. Les autres grandes puissances s’unissent pour dire aux États-Unis : « C’est fini. Rentrez chez vous. »

Un symptôme du déclin hégémonique américain

Pour Sachs, l’affaire iranienne n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une série de méscalculs américains vis-à-vis de la Russie, de la Chine et d’autres acteurs. Washington sous-estime systématiquement la détermination de ses adversaires, faute de « respect » envers eux et d’une planification stratégique sérieuse.

Il oppose cette « gouvernance de très faible qualité » aux plans quinquennaux détaillés de la Chine.

Le cœur du problème, selon l’économiste, est une « crise de compétence » au sein de l’élite américaine. L’hégémonie, autrefois fondée sur une supériorité incontestée, devient « décadente » et repose sur des mensonges qui ne fonctionnent plus.

L’espoir d’une coalition internationale

Face à cette dérive, Sachs n’appelle pas à une confrontation militaire, mais à une intervention diplomatique ferme des leaders mondiaux. Il espère que les présidents Poutine et Xi, ainsi que le Premier ministre Modi, adressent un message clair à Trump : « Arrêtez tout, c’est complètement hors de contrôle. »

Une « front diplomatique uni » regroupant la Russie, la Chine, l’Inde et quelque 180 pays (dont l’Union africaine et le monde arabe) pourrait, selon lui, contraindre les États-Unis à se retirer et à mettre fin à cette escalade.

Un tournant historique ?

Pour Jeffrey Sachs, l’Iran n’est pas seulement un adversaire régional : il incarne le « cimetière » symbolique de l’hégémonie américaine. Les mensonges, l’absence de stratégie et l’isolement croissant des États-Unis face à un monde multipolaire accéléreraient le déclin d’un empire qui, selon lui, a perdu toute crédibilité morale et opérationnelle

.Cette analyse, partagée par Glenn Diesen, résonne comme un avertissement urgent. Elle invite à repenser la politique étrangère américaine avant que les erreurs actuelles ne deviennent irréversibles.

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