Un excellent Doctorow: la guerre accélère ledéclin de l’hégémonie américaine et oblige les acteurs sérieux, Russie en tête, à durcir leur résistance.

Gilbert Doctorow, expert en relations internationales et affaires russes.

La guerre de Trump contre l’Iran : une agression barbare aux conséquences mondiales

Dans ses analyses récentes, Gilbert Doctorow, historien et observateur chevronné de la Russie depuis plus de soixante ans, ne mâche pas ses mots sur l’offensive lancée par Donald Trump contre l’Iran. Pour lui, cette « guerre de choix » ne relève pas simplement d’une stratégie maladroite ou « idiote », comme le soulignent souvent les commentateurs politiques. Elle incarne quelque chose de bien plus grave : un meurtre gratuit, une dépravation morale et une agression barbare qui rappelle les pires excès des interventions américaines passées, comme l’invasion de l’Irak par George W. Bush.

Doctorow souligne que les frappes de « décapitation », les bombardements et les menaces d’anéantissement des infrastructures iraniennes (y compris les centrales électriques et le détroit d’Ormuz) se déroulent sans approbation du Congrès et au mépris du droit international.

Il compare cette attitude à celle de figures comme Pete Hegseth, qu’il qualifie sans détour de « tueur en série ».

Pour l’analyste, le vrai scandale réside dans l’absence totale de responsabilité : ni Nuremberg ni procès équivalent ne semblent à l’ordre du jour pour punir ces actes. Trump masque parfois ses reculs (comme la suspension temporaire des menaces les plus extrêmes) en victoires diplomatiques, mais Doctorow y voit plutôt un drapeau blanc levé dans la précipitation, ou une manœuvre pour gagner du temps avant une nouvelle escalade.

Impacts sur la Russie et la Chine : un réveil brutal

L’une des contributions les plus percutantes de Doctorow concerne les ondes de choc que cette guerre provoque à Moscou et à Pékin.

Selon lui, ce qui semblait être une période de possibles négociations (y compris un sommet Trump-Xi) est balayé. Les invitations répétées de Xi Jinping à Trump paraissent désormais « de très mauvais goût », lancées juste après une agression lancée en pleine phase de discussions prometteuses avec Téhéran.

Doctorow insiste : seuls l’Iran et la Russie mènent aujourd’hui un combat réel contre l’hégémonie américaine pour instaurer un monde multipolaire plus juste.

La Chine, malgré son poids économique, adopte une posture plus prudente voire hésitante, tandis que le « Sud global » manque cruellement de puissance militaire (« hard power »). Le BRICS, souvent présenté comme une alternative, n’est à ses yeux qu’un « club de discussion » sans réelle influence géopolitique.

La guerre en Iran durcit la position russe en Ukraine. Moscou, déjà engagée dans une guerre d’usure contre les forces combinées de l’OTAN, voit dans l’agression américaine une confirmation que Washington ne respecte aucune règle.

Doctorow critique parfois la prudence excessive (« gently, gently ») de Vladimir Poutine, mais il reconnaît que la Russie rend un service inestimable au monde en « broyant » les capacités de l’OTAN sur le terrain ukrainien.

Si l’Iran parvient à infliger une défaite humiliante à Trump, cela pourrait même provoquer un « changement de régime » aux États-Unis lors des prochaines élections.

L’Europe face à son déclin

Doctorow n’épargne pas non plus l’Europe, qu’il voit entrer dans un « siècle d’humiliation ». Privée de l’énergie russe bon marché à cause des sanctions, confrontée à une crise énergétique et à une dépression annoncée, l’Union européenne paie le prix de son alignement aveugle sur Washington.

Il salue cependant les rares voix courageuses, comme le Premier ministre belge Bart De Wever, qui osent plaider pour une normalisation avec Moscou et refusent la confiscation des avoirs russes au profit de l’Ukraine. Pour Doctorow, l’Europe ne peut vaincre la Russie sans le soutien américain et a désespérément besoin des hydrocarbures russes.

Conclusion : vers un monde multipolaire ou le chaos ?

Gilbert Doctorow reste lucide : la guerre de Trump contre l’Iran n’est pas seulement une erreur stratégique. C’est un acte de barbarie qui accélère le déclin de l’hégémonie américaine et oblige les acteurs sérieux, Russie en tête, à durcir leur résistance. Si l’Iran et la Russie tiennent bon, le monde multipolaire tant espéré pourrait enfin émerger d’une défaite humiliante pour Washington.

Ces propos, tirés des analyses les plus récentes de Doctorow (mars 2026), invitent à dépasser les analyses purement techniques pour poser la question morale fondamentale : jusqu’où l’Occident est-il prêt à aller dans sa quête de domination, au prix de la paix mondiale ?

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