Document. Depuis 2009, les Etats Unis ont tout essayé contre l’Iran: Analysis Paper n° 20 du Saban Center at Brookings Institution.

Analysis Paper n° 20 du Saban Center at Brookings Institution, publié en juin 2009

Titre : Which Path to Persia? Options for a New American Strategy toward Iran
Auteurs : Kenneth M. Pollack (éditeur principal), Daniel L. Byman, Martin Indyk, Suzanne Maloney, Michael E. O’Hanlon et Bruce Riedel.
Date : Juin 2009 (Saban Center for Middle East Policy, Brookings Institution).

Ce rapport de 170-240 pages (selon l’édition) dresse un inventaire objectif et exhaustif des neuf options principales de politique américaine vis-à-vis de l’Iran, à un moment où le programme nucléaire iranien inquiètait fortement Washington et ses alliés notamment Israël.

Les auteurs regroupent ces options en quatre grandes catégories :

  1. Options diplomatiques (dissuader Téhéran)
    • Persuasion (« An Offer Iran Shouldn’t Refuse ») : carottes + bâtons pour convaincre l’Iran de renoncer à son programme nucléaire.
    • Engagement pur (« Tempting Tehran ») : approche coopérative à long terme sans menaces, inspirée du modèle chinois.
  2. Options militaires (désarmer Téhéran)
    • Invasion totale.
    • Frappes aériennes américaines (« The Osiraq Option »).
    • Laisser ou encourager une frappe israélienne (« Leave It to Bibi »).
  3. Options de changement de régime (renverser Téhéran)
    • Soutien à une révolution populaire (« Velvet Revolution »).
    • Soutien à une insurrection (minorités ethniques et groupes d’opposition).
    • Soutien à un coup d’État militaire.
  4. Option de containment (accepter et contenir)
    • Accepter un Iran nucléaire et le dissuader/contenir comme on l’a fait avec l’URSS pendant la Guerre froide.

Conclusion des auteurs :

Aucune option n’est idéale. Toutes comportent des coûts élevés, des risques importants et des inconvénients majeurs.

Ils recommandent plutôt une stratégie intégrée combinant plusieurs approches, avec des plans de secours si la diplomatie (choix initial de l’administration Obama) échoue.

Le document ne défend aucune voie en particulier ; il vise à informer les décideurs et le public en présentant objectivement avantages, inconvénients, exigences et probabilités de succès de chacune.

« Which Path to Persia ? » – Un inventaire froid des choix américains face à l’Iran en 2009 En juin 2009, alors que Barack Obama entame sa présidence et tente une nouvelle approche diplomatique avec l’Iran (après les années Bush marquées par l’isolement et les sanctions), six experts du très influent think tank Brookings publient ce rapport qui fait rapidement référence.Le titre Which Path to Persia? (Quelle voie vers la Perse ?) est provocateur. Il pose la question centrale qui obsède Washington depuis la révolution islamique de 1979 : comment gérer un Iran hostile, qui poursuit un programme nucléaire, soutient des groupes armés (Hezbollah, Hamas, milices en Irak) et défie l’ordre régional imposé par les américain ?

Contexte de l’époque

  • L’Iran enrichit de l’uranium et refuse de suspendre ses activités malgré les résolutions de l’ONU.
  • Israël voit dans le nucléaire iranien une menace existentielle.
  • Les États-Unis viennent de sortir de deux guerres coûteuses (Irak et Afghanistan) et n’ont guère envie d’une troisième.
  • L’administration Obama veut tester la diplomatie avant toute escalade.

Les auteurs, forts d’une expérience au sein du gouvernement ou en dehors décident de ne pas plaider pour une solution unique. Ils choisissent la méthode des options: décrire chaque voie de manière standardisée : objectif, calendrier, moyens nécessaires, avantages, inconvénients, risques)

Les neuf options détaillées

1-2. Voies diplomatiques

  • Persuasion : offrir des incitations majeures (levée de sanctions, intégration économique, garanties de sécurité) tout en maintenant une menace crédible de sanctions plus dures ou d’action militaire. C’est exactement la politique qu’Obama commence à appliquer en 2009.
  • Engagement : abandonner les bâtons et miser sur la confiance à long terme pour que l’Iran évolue de l’intérieur, comme la Chine post-Mao.

3-5. Voies militaires

  • L’invasion totale est considérée comme extrêmement coûteuse et risquée (risque d’occupation interminable, réaction régionale violente).
  • Les frappes aériennes américaines (« Osiraq », référence à la frappe israélienne sur le réacteur irakien en 1981) retarderaient le programme nucléaire mais ne l’élimineraient probablement pas et pourraient accélérer la course iranienne à la bombe.
  • Laisser Israël frapper pose le risque d’une guerre régionale incontrôlable et d’une détérioration des intérêts américains dans le Golfe.

6-8. Voies de régime change

  • Soutenir une « révolution de velours » (mouvements verts, opposition démocratique).
  • Alimenter une insurrection via les minorités (Kurdes, Baloutches, Arabes d’Ahvaz).
  • Encourager un coup d’État au sein de l’armée ou des Gardiens de la Révolution.

Toutes ces options sont jugées très incertaines : l’Iran est une société complexe, le régime dispose d’un appareil répressif solide, et une intervention visible risque de renforcer le nationalisme iranien.

9. Containment

Accepter qu’un Iran nucléaire existe et le contenir par des alliances régionales renforcées (avec Israël, les pays du Golfe, etc.), des sanctions continues et une dissuasion nucléaire implicite. C’est décrit comme la politique « par défaut » des États-Unis depuis 1979.

Conclusion du rapport

Aucune des neuf voies n’est « clairement meilleure » que les autres. Toutes sont « déplaisantes » et comportent des risques élevés d’échec, de coûts humains et financiers, ou d’effets pervers (renforcement du régime, instabilité régionale, etc.).

Les auteurs plaident donc pour une stratégie hybride : commencer par la diplomatie de persuasion, préparer des plans B (sanctions renforcées, frappes limitées, soutien discret à l’opposition) et rester flexibles.

Ce document reste une référence précieuse pour comprendre comment les think tanks américains structurent le débat sur l’Iran.En 2026, avec le recul, on constate que plusieurs de ces options ont été testées ou envisagées à différents moments : diplomatie (JCPOA 2015 puis retrait américain), sanctions maximales, frappes ciblées (cyber, assassinations), soutien indirect à l’opposition, etc. !

Comparaison claire et actualisée entre le rapport Which Path to Persia? (juin 2009) et la situation en mars 2026.

La situation en mars 2026 : un mélange d’options testées entre 2009 et 2026, presque toutes les voies ont été explorées, souvent successivement ou en parallèle, avec des résultats mitigés :

  • Diplomatie de persuasion : Testée sous Obama (2013-2015) elle aboutit au JCPOA (2015). Trump retire les États-Unis en 2018 (« maximum pressure »). Biden tente de relancer sans succès. Trump (2e mandat) relance des négociations en 2025 avec des exigences très dures (démantèlement complet des sites d’enrichissement, remise du stock d’uranium, pas de clause de coucher de soleil). Les négociations échouent ou sont suspendues plusieurs fois.
  • Frappes aériennes : Réalisées à deux reprises.
    • Juin 2025 : Israël puis États-Unis frappent Natanz, Fordow et Isfahan (« 12-Day War » ou « Operation Midnight Hammer »). Les sites d’enrichissement sont gravement endommagés, mais pas détruits définitivement. L’uranium enrichi à 60 % (environ 400-441 kg) disparaît ou reste introuvable ; l’IAEA perd l’accès aux sites.
    • Fin février 2026 : Nouvelle vague massive de frappes américano-israéliennes (« Operation Epic Fury » / « 2026 Iran War »). Ciblage des sites nucléaires (Natanz, Isfahan, Parchin), des infrastructures de missiles, de la défense aérienne, et même de la direction du régime (décapitation). Des frappes sur des cibles énergétiques et militaires continuent en mars 2026. L’IAEA confirme des dommages aux entrées des installations, mais l’état exact du stock d’uranium et du savoir-faire reste inconnu.
  • Changement de régime : Explicitement visé en 2026. Trump appelle publiquement le peuple iranien à se soulever. Des frappes visent des dirigeants (y compris, selon certaines sources, le Guide suprême Ali Khamenei). Des protestations internes ont eu lieu en 2025-2026, mais le régime tient L’option « Velvet Revolution » ou insurrection n’a pas encore abouti, mais elle est activement encouragée.
  • Containment : Jamais vraiment appliqué de manière pure, car les États-Unis refusent d’accepter un Iran seuil ou nucléaire. La politique actuelle est plutôt « empêcher à tout prix ».
  • Invasion totale : Toujours écartée car trop coûteuse, comme prévu en 2009.

Points de convergence et d’évolution depuis 2009

  • Le temps presse toujours : En 2009, le « ticking clock » du nucléaire iranien était déjà évoqué. En 2026, le « breakout time » (temps pour produire assez d’uranium pour une bombe) était estimé à quelques semaines avant les frappes ; les attaques l’ont retardé, mais le savoir-faire technique persiste et l’Iran pourrait reconstruire (souterrainement ou clandestinement).
  • Aucune option magique : Le rapport avait raison. La diplomatie (JCPOA) a été torpillée, les frappes retardent mais ne détruisent pas complètement le programme, le régime change est risqué et incertain, le containment est politiquement inacceptable.
  • Hybridation réelle : La stratégie actuelle (sous Trump 2) est exactement ce que recommandait le rapport : combinaison de pression maximale (sanctions + frappes), négociations dures, et appel au changement interne. C’est une version agressive de la « Persuasion » avec plans B militaires et de régime change.

Différences majeures en 2026

  • Le JCPOA est mort : Les clauses « sunset » ont expiré (2023-2025), le snapback de sanctions a été activé par les Européens en 2025. Plus de cadre multilatéral solide.
  • L’Iran est plus faible régionalement : L’« Axe de la Résistance » (Hezbollah, Hamas, Houthis, milices irakiennes) a été très affaibli par les guerres successives depuis 2023.
  • Le coût humain et régional : Les frappes de 2025-2026 ont causé des milliers de morts (civils inclus), des dommages aux infrastructures, des perturbations dans le détroit d’Ormuz et des tensions avec les pays du Golfe.
  • Le risque d’escalade : L’Iran riposte avec des missiles sur Israël, des bases américaines et même des cibles lointaines. Le conflit est devenu une guerre ouverte bien que limitée à des frappes aériennes et missiles pour l’instant, contrairement aux scénarios hypothétiques de 2009.

En 2009, les experts de Brookings présentaient un « menu » lucide et pessimiste. Dix-sept ans plus tard, les États-Unis (sous deux présidents Trump et un intermède Biden) ont testé ou entamé presque toutes les options, sauf l’invasion totale. Le résultat : le programme nucléaire iranien a été retardé à plusieurs reprises par les frappes, mais pas éliminé ; le régime n’est pas renversé ; la région est plus instable. Le rapport soulignait que toutes les voies étaient « déplaisantes ». La réalité de 2026 le confirme .

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