On assiste à la multiplication des blocages de retraits de fonds et des redemptions dans le Credit privé, dans le Private Equity, dans l’immobilier etc c’est le symptome d’un mal profond à savoir que tout dans la finance moderne est en mismatch de financement de long avec du court et du risqué avec du sans risque; le monde fiancier est desajusté.
On va revenir aux QE, on a besoin de monnaie de base pour soutenir la pyramide.
Les marchés financiers depuis le début des années 80 avec la dérégulation se sont développés sur la « monnaieitude » c’est à dire la promesse de liquidité et de conversion des actifs financiers et boursiers en cash sans trop de pertes, c’était une illusion, ou plus exactement un mensonge. On a fait croire que les actifs financiers etaien t des quasi monnaies, des money-like.
La « monnaieitude » s’use si on s’en sert.
La Fin de la « Monnaieitude » : Quand la Liquidité Devient une Illusion dans la Finance Moderne.
On assiste, en ce début 2026, à une accélération spectaculaire des blocages de retraits et des limitations de redemptions dans les fonds de Crédit Privé, mais aussi dans l’immobilier non coté et d’autres classes d’actifs « semi-liquides ». La liquidité est rationnée.
Ce n’est pas une simple turbulence passagère. C’est le symptôme visible d’un désajustement structurel profond qui ronge la finance moderne : un gigantesque « mismatch » entre des actifs longs, risqués et illiquides d’un côté, et des promesses de liquidité courte, « sans risque » et immédiate de l’autre.
Le monde financier est désajusté. Et ce désajustement, longtemps masqué par l’abondance monétaire et l’appétit pour le jeu, est en train de se révéler au grand jour.
Une vague de barrières aux redemptions sans précédent est en train d’enfler.
Le phénomène s’est amplifié de manière brutale au premier trimestre 2026. Les demandes de sortie ont explosé dans les fonds de crédit privé destinés aux investisseurs particuliers et institutionnels :
- Ares Management a limité les retraits de son Ares Strategic Income Fund (22,7 milliards de dollars) à 5 % du capital après que les investisseurs aient demandé 11,6 % des parts. Seuls 524 millions de dollars ont été honorés sur plus d’un milliard réclamé. reuters.com
- Apollo Global Management a appliqué le même plafond de 5 % sur l’un de ses fonds phares après des demandes atteignant 11,2 % des parts, ne débloquant que 730 millions sur plus de 1,5 milliard. businessinsider.com
- BlackRock a strictement respecté la limite de 5 % sur son fonds HPS Corporate Lending (26 milliards de dollars) face à des demandes supérieures à 9 %. bloomberg.com
- Morgan Stanley a plafonné les rachats de son North Haven Private Income Fund (7,6 milliards) à 5 % alors que les demandes atteignaient 10,9 %. investmentnews.com
- Blue Owl a carrément suspendu les redemptions trimestrielles de son OBDC II et prévoit désormais des distributions progressives après avoir vendu 1,4 milliard de prêts. bloomberg.com
- Cliffwater a vu les demandes atteindre 14 % sur son fonds phare, contre un plafond de 7 %. wealthmanagement.com
Au total, plus de 4,6 à 5 milliards de dollars sont aujourd’hui « piégés » derrière ces limites de retrait dans le seul secteur du crédit privé américain, alors que les investisseurs ont tenté de retirer près de 13 milliards en un trimestre.
Dans l’immobilier, le souvenir est encore frais : Blackstone BREIT et Starwood SREIT avaient imposé des queues massives en 2022-2023. Si la plupart des fonds ont normalisé la situation en 2025, le mécanisme reste le même : des limites contractuelles (souvent 1 % à 5 % par trimestre ou par mois) qui se déclenchent dès que la pression s’accentue.
Les SCPI françaises ou les fonds non cotés européens n’échappent pas à la règle : périodes de blocage, inscription sur registre des ordres, ou suspension pure et simple des retraits quand 10 % des parts sont en souffrance depuis plus d’un an.
Ces barrières ne sont pas des anomalies. Elles sont inscrites dans les statuts des fonds « semi-liquides » (interval funds, BDC non cotées, tender offer funds). Elles révèlent simplement ce que le marketing avait soigneusement caché : la liquidité promise n’est qu’une promesse , un espoir option, pas une garantie.
Le mal profond c’est un mismatch systémique de maturité et de risque.
Derrière cette multiplication des « gates » se cache une réalité structurelle que les années d’abondance monétaire avaient occultée. La finance moderne finance du long et risqué (prêts directs à des entreprises, immobilier commercial, infrastructures) avec du court et soi-disant sans risque (épargne des particuliers, fonds ouverts, promesses de quarterly redemptions).
Les prêts privés durent typiquement 3 à 7 ans, les actifs immobiliers encore plus. Les investisseurs, eux, exigent une sortie possible tous les trimestres ou tous les mois, à une valeur nette d’actif (NAV) souvent lissée et peu transparente sinon hedonique, marked to fantasy .
Quand la confiance s’effrite – hausse des taux, craintes de défauts, rotation sectorielle (logiciels, immobilier de bureau…) – le mismatch devient explosif.
Les gérants n’ont pas le choix : ils activent les limites pour éviter de brader les actifs et de pénaliser les investisseurs restants. C’est rationnel… mais cela brise l’illusion.
Le système entier est désajusté. On remplacé la compétence des banques par les animal spirits des bourses devenues pures espaces de spéculation.
Depuis le début des années 1980, les marchés financiers se sont construits sur ce que l’on peut appeler la « monnaieitude » : la croyance collective que tout actif financier ou boursier peut être converti en cash rapidement et sans perte significative. Cette promesse de liquidité permanente a été le carburant de la financiarisation. Elle a permis l’explosion des valorisations, des levées de fonds et de la dette privée.
Mais la monnaieitude est comme une illusion d’optique : elle fonctionne tant qu’on n’en abuse pas. Dès qu’on s’en sert massivement (vagues de redemptions), elle s’use, se fissure, et finit par disparaître.
Le Retour aux QE est inévitable : la pyramide a besoin de monnaie de base. Face à ce désajustement, il n’y a qu’une issue connue et déjà testée : le retour massif des Quantitative Easing (QE). Les banques centrales devront à nouveau créer de la monnaie débasée pour soutenir la pyramide de liquidité.
Sans cette perfusion, les fonds seraient contraints de vendre à perte, les prix des actifs s’effondreraient, et la confiance des épargnants s’évaporerait. Nous l’avons vu en 2008, en 2020, et lors des mini-crises intermédiaires. Chaque fois, la « monnaieitude » a été sauvée par la planche à billets.
Chaque fois, le problème structurel a été repoussé, pas résolu.
Aujourd’hui, avec un crédit privé estimé à près de 2 000 milliards de dollars aux États-Unis et une exposition croissante des particuliers, le risque de contagion est réel.
Les banques elles-mêmes (JPMorgan, Morgan Stanley) commencent à marquer à la baisse certains prêts et à restreindre leur exposition au secteur.
La conclusion s’impose : l’illusion touche à sa fin
La multiplication actuelle des barrières aux redemptions n’est pas un accident conjoncturel. C’est la preuve que le modèle de la finance post-1980 – fondé sur la promesse illusoire d’une liquidité permanente – a atteint ses limites.
La monnaieitude s’use quand on s’en sert.
Et nous sommes en train de nous en servir massivement.
Les investisseurs qui ont cru à l’idée d’un « cash-like » rendement à 8-10 % avec une sortie facile découvrent la dure réalité : dans la vraie économie, le long terme reste long, le risque reste risque, et la liquidité n’est jamais gratuite.
Le système va donc, une fois de plus, appeler à l’aide la monnaie débasée pour maintenir l’édifice.
Mais chaque QE rend le prochain plus indispensable, et l’ajustement final plus douloureux.
La finance moderne n’est pas en crise de liquidité. Elle est en crise d’illusion de liquidité. Et cette illusion est en train de se dissiper sous nos yeux.
Nous payons le prix des erreurs fondamentales de la dérégulation .