Volatilité inquiétante des valeurs du Trésor US

Le marché des bons du Trésor américain, d’une valeur de 30 000 milliards de dollars, montre des signes croissants de tension, les troubles au Moyen-Orient entraînant des fluctuations importantes des obligations qui sous-tendent le système financier.

La facilité des transactions sur le plus grand et le plus important marché financier du monde s’est détériorée ces dernières semaines. (N’oubliez pas : les fortes fluctuations des rendements sont une chose, mais les défis posés au fonctionnement du marché en sont une autre.)

La volatilité des Treasuries impacte la liquidité mondiale.

Le marché des Treasuries est le pilier du système financier mondial. Le marché des bons du Trésor américain est effectivement colossal, avec une taille qui a dépassé les 30 000 milliards de dollars (environ 30 trillions USD) fin 2025, et qui continue de croître rapidement en raison des déficits budgétaires élevés.

C’est le marché le plus liquide et le plus important au monde : il sert de référence pour les taux d’intérêt mondiaux, de collatéral pour de nombreux prêts (repo), et d’actif « refuge » en période de crise. Toute tension sur son fonctionnement (et non seulement sur les niveaux de prix) a des répercussions globales.

Ce qui se passe actuellement se situe à deux niveaux: volatilité + dégradation de la liquidité

Les fluctuations des rendements :sont normales en période d’incertitude géopolitique. Le conflit au Moyen-Orient a fait grimper les prix du pétrole (risque inflationniste via l’énergie), ce qui a poussé les rendements des Treasuries à la hausse dans un premier temps (contrairement au réflexe classique de « flight to safety » où les yields baissent). On a vu des mouvements rapides sur le 10-year (autour de 4 % ou plus selon les jours) et surtout sur les maturités courtes (2-year), avec des hausses de plus de 50 points de base par moments.

Les problèmes de fonctionnement du marché sont plus inquiétants .La liquidité s’est détériorée nettement depuis fin février/début mars 2026, en particulier sur le court terme. Les écarts bid-ask se ont élargis, la profondeur du carnet d’ordres a diminué, et les transactions deviennent plus coûteuses ou difficiles sans faire bouger fortement les prix. Des sources récentes parlent d’une « détérioration marquée » de la liquidité, avec des liquidations forcées répétées et un impact plus fort que ce que la seule volatilité expliquerait habituellement.

Ce n’est pas une crise comme mars 2020, mais c’est un signal de fragilité structurelle amplifiée par l’événement géopolitique.

Le Moyen-Orient joue un role important sous trois aspects :

  • Choc pétrolier : Perturbations dans le détroit d’Ormuz produit la hausse du brut et créée de inflation importée aux États-Unis on attend moins de baisses de taux par la Fed Cela casse le scénario de « pivot » monétaire et rend les Treasuries moins attrayantes
  • Effet sur les intermédiaires : Les primary dealers ont des bilans contraints (ratios de levier, régulation post-2008/2010). Ils réduisent leur prise de risque, ce qui dégrade la liquidité.
  • Demande de dollars et hedging : Le choc augmente la demande de dollars pour importer du pétrole plus cher ce qui peut peser sur le financement en USD.

Les Treasuries sont l’« ancre » des marchés mondiaux. Une liquidité dégradée ici se transmet via :

  • Les taux hypothécaires et le crédit aux entreprises (via le benchmark).
  • Les marchés émergents (sorties de capitaux, pression sur leurs devises).
  • Les institutions financières internationales qui utilisent les Treasuries comme collatéral.

Si la situation s’aggrave on pourrait voir des épisodes de « dysfunction » plus marqués, forçant potentiellement la Fed à intervenir (facilités repo permanentes, achats exceptionnels, etc.), même si elle reste prudente pour l’instant.

Le marché des Treasuries accumule des vulnérabilités structurelles depuis des années : taille énorme de la dette, capacité limitée des dealers à absorber l’offre, dépendance à une liquidité « juste à temps ». Le choc Moyen-Orient agit comme un révélateur et un amplificateur.

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