SUITE. Editorial: la promesse de liquidité s’use si on s’en sert. Nous payons le prix des erreurs fondamentales de la dérégulation des années 80.

Pour comprendre la situation presente il faut remonter à ses origines et ses origines se trouvent dans les années 80 quand on a mis en place le cadre de la deregulation qui devait permettre la financiarisation.

Le vrai début de la financiarisation c’est Kennedy quand il a voulu financer la guerre et le social, le beurre et les canons.

La dérégulation avait pour objectif de lutter contre le ralentissement structurel de la croissance en dopant l’investissement et ce grâce à l’augmentation des capacités d’investir par l’alchimie monétaire/financière.

La dérégulation consistait à repousser les limites endogènes du système capitaliste fondé sur la production.

La financiarisation est une alchimie qui vise à se passer de l’épargne remplacée par le crédit, qui vise à transformer le plomb de la monnaie en or, le court en long, le non-risqué en risqué , le tout en suivant le canevas imaginé John Law pour sauver le Regent de ses dettes

Ce n’est pas une comparaison superficielle, c’est un isomorphisme , une reproduction, transposée dans le temps et dans la modernité de la Great Experiment de l’Ecossais joueur invétéré et escroc.

Dès le début des années 80 j’ai lutté contre la dérégulation considérant que c’était une escroquerie, que cela allait mal tourner et qu’elle contenait en germe sa propre destruction car un jour elle se fracasserait contre la réalité.

Il m’ a été répondu que la création d’un imaginaire-papier n’était pas si dangereuse que cela si on réussissait à faire en sorte que jamais ce papier ne sorte vers le réel, ce qui voulait dire qu’il fallait faire en sorte que toujours la richesse fictive papier reste dans le papier. Bref il suffisait de piéger la richesse dans le papier pour que le système soit viable; jamais il ne fallait que la vraie rareté économique, physique ne soit réintroduite .

Il suffisait, même en cas de chute du taux de profit interne de l’activité économique de le remplacer par du profit externe, de la plus value Ponzi.

Je soutiens trois idées centrales :

La crise actuelle n’est pas conjoncturelle mais structurelle.

Ses racines plongent dans la dérégulation des années 1980, qui a ouvert la voie à une financiarisation systémique.

Cette financiarisation est une alchimie frauduleuse : elle remplace l’épargne réelle par du crédit, transforme du court-terme en long-terme, du non-risqué en risqué, et du plomb monétaire en « or » financier.

La titrisation qui est au centre de la dérégulation est une escroquerie mathématique fondée sur des probabilités comme chez John Law et elle a pour objectif de transformer l’eau des égouts en eau claire, de transformer le crédit subprime en crédit triple A .

On a vu le résultat en 2008 ! On le voit en ce moment, on est obligé de ratifier la fausseté des comptabilités à la ENRON!

Ce n’est pas une métaphore : c’est un isomorphisme parfait avec le système de John Law (1716-1720), la « Great Experiment » de l’Écossais joueur et escroc qui ruina la France pour sauver les dettes du Régent.

Pour comprendre la crise de liquidité qui frappe en ce moment même les fonds de crédit privé, l’immobilier non coté et les véhicules « semi-liquides », il faut remonter à ses origines véritables.

Celles-ci ne datent pas d’hier ni d’avant-hier : elles se situent dans les années 1980, lorsque fut mis en place, sous Reagan et Thatcher, le cadre idéologique et réglementaire de la dérégulation financière.

Cette dérégulation n’était pas une simple réforme technique. C’était le socle d’une révolution : la financiarisation totale de l’économie. On a délibérément choisi de remplacer l’épargne réelle – cette ressource rare, patiente et coûteuse – par du crédit illimité, bon marché et instantané. On a remplacé les revenus par la dette et le vrai profit par la plus value sur les marchés, la plus value Ponzi. On a ainsi créé le besoin de produire toujours plus de dettes, de defici ts et d’en réduire le cout en forçant les taux d’interêt bas voire nuls.

On a transformé le plomb de la monnaie en or apparent, le court terme en long terme, le non-risqué en risqué, le tout en faisant miroiter une liquidité permanente. On a créé un univers imagianire, une abstraction capable de voler, de flotter .

Cette opération n’a rien d’une innovation moderne.

Elle reproduit, trait pour trait, le canevas de John Law et de sa « Great Experiment » de 1716-1720.

L’Écossais joueur invétéré et escroc génial avait convaincu le Régent de créer une banque qui émettait du papier-monnaie gagée sur des actions d’une compagnie coloniale aux promesses mirifiques. Le but ? Sauver les finances royales en transformant de la dette publique en richesse fictive.

L’alchimie fonctionna… jusqu’à ce que la confiance s’évapore et que la bulle explose, ruinant des milliers de familles. Les Princes, initiés de cette époque , ont un jour exigé la contrepartie du papier, ils se sont rués sur l’or.

Aujourd’hui, l’isomorphisme est total. La financiarisation des quarante dernières années est la version high-tech et mondialisée du système de Law.

On a fait croire aux épargnants, aux institutionnels et même aux États que les actifs financiers – actions, obligations, fonds privés, immobilier papier – étaient devenus des quasi-monnaies (« money-like »). C’est ce que j’appelle la monnaieitude : la promesse sacrée que tout actif peut être converti en cash à tout moment, sans perte significative, et à une valeur proche de son prix d’achat.

Cette promesse de liquidité s’use si on s’en sert.


Dès que les investisseurs, inquiets, demandent massivement leur argent, la magie disparaît.

On le voit en ce début 2026 : Ares Management, Apollo, BlackRock, Morgan Stanley, Blue Owl , UBS et bien d’autres ont déjà activé des «gates» (plafonds de 5 % par trimestre) ou suspendu purement et simplement les redemptions sur des fonds de crédit privé totalisant des dizaines de milliards de dollars.

Les demandes de sortie explosent (parfois plus de 10-14 % du capital en un seul trimestre) tandis que les actifs sous-jacents – prêts à des entreprises, immobilier commercial – sont longs, illiquides et risqués.

Le « mismatch » est devenu insupportable.

Ce n’est pas un accident je le répète; c’est la conséquence logique, nécessaire d’un modèle construit sur une imposture fondamentale : on a financé du long et du risqué avec du court et du « sans risque ». On a remplacé la vraie épargne par du crédit créé ex nihilo.

En fait le système n’a plus de vrais fonds propres! Meme les fonds propres apparents sont du crédit il suffit de regarder comment on finance l’IA!

On a fait croire que la liquidité était une propriété intrinsèque des actifs financiers, alors qu’elle n’est qu’une illusion collective maintenue par l’abondance monétaire des banques centrales.

Les années d’argent gratuit et de Quantitative Easing ont masqué le vice de construction. Aujourd’hui, face à la hausse des taux, aux craintes de défaut et à la rotation sectorielle, la pyramide tremble. Les gérants n’ont plus le choix : ils bloquent les sorties pour ne pas brader les actifs et pénaliser ceux qui restent. C’est rationnel.

C’est aussi la preuve que le système est cassé.

Nous payons aujourd’hui le prix des erreurs fondamentales des années 80. Nous payons la facture d’une financiarisation qui a sacrifié la stabilité sur l’autel de la croissance fictive et des bonus immédiats.

Nous payons la note d’une alchimie qui, comme sous Law, finit toujours de la même façon: par un retour brutal à la réalité.

La seule réponse que le système connaît, c’est le retour massif aux QE, à la création monétaire débridée pour soutenir la pyramide. Mais chaque perfusion repousse le problème sans le résoudre. Elle l’aggrave.Il est temps de regarder les choses en face : la promesse de liquidité était un mensonge structurel. Et comme tout mensonge, il finit par se retourner contre ceux qui y ont cru.


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