Aperçu hebdomadaire de l’économie et des marchés mondiaux

Les vents de stagflation et la plus forte perte mensuelle enregistrée par le portefeuille d’investissement classique 60/40 depuis 2022, ainsi que les répercussions économiques et financières de l’escalade du conflit au Moyen-Orient, sont de plus en plus tangibles.

Mohamed A. El-Erian

29 mars 2026

Le contexte

Ce qui avait commencé comme une semaine prometteuse pour les marchés s’est terminé par une cinquième semaine consécutive de baisse pour le S&P 500, soit la plus longue chute depuis 2022.

Tous les principaux indices boursiers américains sont désormais en phase de correction (définie comme une baisse de 10 % par rapport à leurs sommets).

Pour ne rien arranger, le portefeuille classique « diversifié » 60/40 subit l’une de ses plus fortes baisses mensuelles depuis 2022, une situation aggravée la semaine dernière par trois adjudications de bons du Trésor américain faibles .

Le principal facteur de cette chute des cours a été le franchissement d’un nouveau point de non-retour dans la guerre israélo-américaine contre l’Iran. Même une publication tardive du président Trump, jeudi après-midi, prolongeant le report des frappes américaines contre les infrastructures iraniennes, n’a pas réussi à apaiser les tensions.

Du soulagement à la prise de conscience

Le contraste saisissant avec la réaction du marché au message similaire du Président lundi matin témoigne de bien plus qu’un simple changement de cap, laissant place à des inquiétudes face à une incertitude prolongée.

Tout au long de la semaine, une nouvelle réalité s’est progressivement imposée dans les prévisions consensuelles : les dégâts économiques et financiers de la guerre sont déjà considérables, et de nombreux pays disposent de peu de marge de manœuvre pour des réponses politiques significatives.

Cela est d’autant plus vrai que certains craignent que les États-Unis soient incapables d’imposer leur volonté à Israël, et encore moins à l’Iran.

La semaine dernière n’a pas seulement été marquée par une forte volatilité des cours des actifs ; elle a également révélé des signes d’inquiétude quant au fonctionnement sous-jacent des marchés obligataires mondiaux.

Par ailleurs, le niveau d’anxiété généralisé a été accentué par des résultats individuels spectaculaires, allant bien au-delà de la forte chute des actions et des obligations américaines.

En voici quelques exemples :

  • Le yen s’est déprécié jusqu’au niveau économiquement et politiquement sensible de 160 pour un dollar.
  • Un rendement de 5 % sur les obligations d’État britanniques à 10 ans, atteint de manière plutôt chaotique.
  • Le pétrole WTI s’échangeait à 100 dollars le baril, tandis que le Brent grimpait à environ 110 dollars le baril.

Les répercussions économiques

Les effets néfastes de la guerre commencent à se faire sentir dans les données économiques.

  • Aux États-Unis : L’enquête de l’Université du Michigan a révélé des anticipations inflationnistes plus élevées, associées à des perspectives d’activité économique plus faibles.
  • À l’échelle mondiale : plusieurs pays ont enregistré une baisse de leurs indices PMI, tandis que la confiance des consommateurs de la zone euro a chuté plus que prévu pour atteindre son niveau le plus bas depuis des années.

Banques centrales

Les marchés ont réagi au danger réel et imminent d’une inflation plus élevée en anticipant des hausses de taux de la BCE et de la Banque d’Angleterre, et même, vendredi matin, de la Réserve fédérale.

Ce durcissement de la politique monétaire est cohérent avec les récentes déclarations des banques centrales, qui expriment leur profonde inquiétude quant aux effets inflationnistes de la guerre.

Les données de février, publiées avec un certain décalage, ont confirmé la persistance de l’inflation dans plusieurs pays développés, même avant les répercussions du conflit sur les prix.

Au Royaume-Uni, l’inflation globale s’est maintenue à 3 %, tandis que l’inflation sous-jacente a légèrement progressé, passant de 3,1 % à 3,2 %.

L’analyse de la fonction de réaction de la BCE par la présidente Christine Lagarde a sans doute été le commentaire le plus pertinent de la semaine en matière de politique monétaire. Ses trois principes directeurs pour gérer ce choc étaient les suivants :

  1. Évaluer « la nature, l’ampleur et la persistance du choc ».
  2. Se concentrer « sur les risques et pas seulement sur la situation de référence ».
  3. Maintenir un « éventail d’options graduées quant à la manière de réagir ».

Vue institutionnelle

L’OCDE est devenue la première organisation multilatérale à fournir une évaluation quantitative complète des freins à la stagflation résultant de la guerre. Tout en estimant que la croissance resterait « résiliente », elle a relevé de 1,2 point de pourcentage ses prévisions d’inflation globale pour le G20 en 2026. Notamment, la projection d’inflation pour les États-Unis a été portée à 4,2 %, soit le taux le plus élevé parmi les pays du G7.

Dans le secteur privé – et à l’exception notable d’Oaktree – la semaine a vu davantage de fonds de crédit privés limiter les retraits des investisseurs, y compris les géants du secteur Apollo et Ares.

L’appel de l’OCDE à une croissance résiliente est déjà remis en question par les craintes de pénuries d’énergie. Ces inquiétudes ont incité certains pays d’Asie et d’Afrique à adopter des mesures visant à réduire leur consommation et à réorienter leurs exportations d’énergie vers leurs besoins intérieurs.

Selon les pays, ces mesures ont notamment consisté à :

  • Des incitations à réduire la consommation des ménages et des entreprises.
  • Droits d’exportation plus élevés.
  • Des limites strictes aux exportations afin de privilégier la demande intérieure.
  • Directives relatives au télétravail.
  • Fermeture anticipée de certains commerces.

La semaine à venir

Alors que les répercussions économiques et financières du conflit au Moyen-Orient restent au cœur des préoccupations, il sera également important de suivre de près le flot de données économiques à venir – certaines obsolètes, mais une grande partie pertinente.

Entré dans sa cinquième semaine, le conflit s’intensifie, soulevant bien plus de questions que de réponses quant à son issue et aux moyens d’y parvenir. L’implication des Houthis accentue la dimension géopolitique du week-end, engendrant une nouvelle incertitude pour la navigation en mer Rouge. Toute perturbation menacerait le redéploiement crucial de certaines sources d’approvisionnement énergétique, actuellement assurées par le détroit d’Ormuz, ainsi que la fiabilité d’autres chaînes d’approvisionnement.

Au-delà du transport maritime, on observe une escalade des attaques contre les infrastructures, non seulement énergétiques, mais aussi liées à l’aluminium, à l’électricité, et bien d’autres secteurs.

Comme indiqué précédemment, un nouveau point de bascule économique se profile pour un nombre croissant de pays, notamment en Asie : la réaction des consommateurs et des gouvernements face à la probabilité accrue de pénuries d’approvisionnement. Ceci élargirait l’impact économique de la guerre au-delà des prix de l’énergie, risquant de freiner l’activité économique, d’alimenter de fortes pressions inflationnistes et de provoquer une instabilité financière.

Si cette situation perdure, les marchés devront davantage intégrer trois réalités troublantes qui sont apparues à certains la semaine dernière :

1. Une perturbation plus profonde et plus prolongée de l’économie mondiale.

2. Une marge de manœuvre politique de plus en plus réduite.

3. Le risque accru de crédit et les risques de liquidité s’alimentent mutuellement.

Ces facteurs renforcent les trois thèmes mis en avant à l’aube de 2026 : la volatilité, la dispersion et la fragmentation.

Au-delà des conséquences géopolitiques du conflit, je suivrai de près la publication de nombreux indicateurs économiques cette semaine. Ces rapports dresseront un tableau comparatif de la situation économique avant et après le conflit : certains montreront l’état des économies juste avant le début des hostilités, d’autres l’impact initial des répercussions.

Données clés à surveiller :

• États-Unis : Mesures de l’activité des Fed régionales, sentiment du Conference Board, JOLTS (postes vacants/démissions), ventes au détail, indice ISM manufacturier, données commerciales et, bien sûr, et peut-être surtout, le rapport mensuel sur l’emploi.

• Zone euro : confiance des consommateurs et des entreprises, inflation IPC et indices PMI.

• Japon : inflation IPC, ventes au détail, emplois, production industrielle, PMI et enquête Tankan.

• Royaume-Uni : PIB, commerce et indices PMI.

• Chine : Indices PMI.

• Inde : Production industrielle.

• Brésil : Données fiscales et production industrielle.

• Mexique : Données fiscales et indices PMI.

Publications récentes : Article du Financial Times sur les conséquences de la guerre sur les flux de capitaux internationaux : https://www.ft.com/content/bdc2ad8c-d22f-44b5-aec4-14740f810a66

(Image générée par l’IA Gemini de Google.)

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