La ruée vers la sortie du crédit privé s’accélère : les illusions s’effondrent

La ruée vers la sortie du crédit privé s’accélère : les illusions s’effondrent

24 mars – New York Times :

Le secteur du crédit privé, autrefois adulé pour sa croissance explosive, vacille. Ares Management (plus de 600 milliards de dollars d’actifs) a annoncé le blocage d’environ la moitié des demandes de rachat dans l’un de ses principaux fonds. La veille, Apollo Global Management avait fait exactement la même chose. Le même jour, Moody’s abaissait la note d’un fonds de KKR en catégorie spéculative (« junk »), alertant sur un nombre croissant de prêts non remboursés et sur une rentabilité menacée.

26 mars – Bloomberg : Plus de 4,6 milliards de dollars de capitaux d’investisseurs sont désormais bloqués derrière les plafonds de retrait. Depuis le début du trimestre, les demandes de sortie atteignent environ 13 milliards de dollars auprès d’une douzaine de fonds majeurs. Or ces véhicules ne peuvent légalement honorer que 5 % de l’actif net par trimestre. Résultat : les investisseurs n’ont obtenu qu’environ deux tiers de ce qu’ils réclamaient. D’autres gestionnaires devraient imposer des restrictions dans les semaines à venir.

La crise de confiance se transforme en ruée vers la sortie.

La guerre en Iran a accéléré le mouvement, mais le processus était déjà bien engagé. Même une fin rapide du conflit ne suffirait probablement pas à inverser l’exode. Les failles fondamentales du modèle sont désormais exposées au grand jour.

Une « innovation » qui révèle des faiblesses que j’ai dénoncé sans relache .

Le crédit privé promettait du rendement élevé avec une illiquidité « maîtrisée ». En réalité, il a prospéré grâce aux taux bas et aux liquidités abondantes post-2008 et post-Covid. Ces cycles de spéculation atteignent aujourd’hui leur terme. Les prêts à haut risque, souvent accordés à des entreprises fragiles (notamment dans le logiciel), montrent leurs limites.

La thèse d’un lien étroit entre ces prêts risqués et le développement de l’Intelligence Artificielle devient de plus en plus difficile à réfuter : de nombreux emprunteurs du secteur SaaS subissent de plein fouet la disruption provoquée par l’IA, entraînant des défauts en hausse et des valorisations en baisse.

« Grave, mais pas systémique » : le discours rassurant sonne faux . Les analystes de Wall Street minimisent les risques et refusent les parallèles avec 2008. Ils invoquent l’absence de levier massif, un système bancaire mieux capitalisé, des mécanismes de liquidité « plus solides » et une taille « gérable » (entre 1 800 et 3 000 milliards de dollars).

Bill Dudley, ancien président de la Fed de New York et témoin de la crise des subprimes, écrivait récemment : « Le crédit privé est mauvais, mais pas aussi mauvais qu’en 2008. »

Le Barron’s renchérit : « Grave, mais pas systémique. »

C’est du pipeau. Le vrai danger, comme en 2008, ne réside pas uniquement dans le crédit privé lui-même, mais dans les effets de contagion imprévisibles.

Une réduction brutale des leviers spéculatifs, l’illiquidité croissante des marchés, l’instabilité des marchés monétaires, le chaos potentiel des produits dérivés, la panique généralisée… tout cela peut s’enchaîner rapidement.

Les opérations de pension (repo) sur le marché monétaire de Wall Street pourraient se gripper en quelques jours.

L’histoire nous l’a déjà montré : ce qui commence comme un problème de niche peut contaminer l’ensemble du système financier lorsque la confiance s’évapore.

Le crédit privé n’est pas une simple classe d’actifs. C’est le symptôme d’une ère où le rendement a été « priorisé » sur la solidité, où l’opacité a été vendue comme une vertu, et où les liquidités faciles ont masqué les vrais risques.

Les portes se referment. Les investisseurs coincés à l’intérieur commencent à comprendre que l’illiquidité promise n’était pas un détail technique, mais le talon d’Achille du modèle.

La fête est terminée. Les prolongations touchent à leur fin.

When the music stops …

Laisser un commentaire