L’analyse de John Mearsheimer : le blocus du détroit d’Ormuz par Trump est non seulement inefficace, mais contre-productif
Le professeur John J. Mearsheimer, n’a pas mâché ses mots lors d’une récente intervention diffusée par Clash Report.
Face à la décision de l’administration Trump de mettre en place un blocus naval du détroit d’Ormuz, le spécialiste américain est catégorique : cette stratégie risque de se retourner contre les États-Unis et de déstabiliser l’économie mondiale bien plus que l’Iran elle-même.
Une idée irréaliste : l’Iran ne va pas « jeter l’éponge »Mearsheimer balaie d’un revers de main l’argument selon lequel Téhéran capitulerait simplement face à la pression américaine :
« L’idée que l’Iran va simplement jeter l’éponge et se rendre n’est pas un argument sérieux. »
Pour le professeur, l’Iran n’est pas un acteur passif.
L’Iran dispose de moyens de riposte asymétrique, notamment via ses alliés houthis au Yémen, capables de perturber le trafic maritime dans la mer Rouge. Une telle escalade ne se limiterait pas au golfe Persique : elle toucherait également les routes commerciales vitales de la mer Rouge.
Pourquoi les sanctions sur le pétrole iranien avaient-elles été levées ?Mearsheimer rappelle un fait souvent oublié : les États-Unis eux-mêmes ont assoupli les sanctions sur le pétrole iranien il y a quelques années. Pourquoi ? Parce que l’économie mondiale en avait besoin.
« Nous avons levé les sanctions parce que, sans le pétrole iranien, l’économie mondiale pouvait s’effondrer. »Empêcher aujourd’hui ce pétrole d’atteindre les marchés mondiaux ne ferait pas seulement baisser les revenus de l’Iran : cela menacerait directement l’approvisionnement énergétique planétaire et ferait grimper les prix du brut de manière incontrôlable.Un risque d’asphyxie de l’économie mondiale
Le professeur va plus loin en évoquant un scénario catastrophe probable :
« Si les Houthis et les Iraniens ferment la mer Rouge, vous ne perdrez pas seulement le pétrole du golfe Persique — vous perdrez aussi tout le commerce de la mer Rouge. Cela étoufferait littéralement l’économie mondiale. »Et il conclut sans ambiguïté :
« C’est ce qui pourrait finalement forcer l’administration Trump à capituler. »
Selon Mearsheimer, le blocus n’est donc pas seulement inefficace : il est contre-productif.
Au lieu d’affaiblir durablement l’Iran, il expose les États-Unis à un choc économique mondial qu’ils pourraient ne pas contrôler, tout en renforçant la cohésion interne iranienne face à une menace extérieure.
Cette analyse intervient alors que des images de tankers vides convergent vers les États-Unis circulent sur les réseaux, signe que Washington tente de repositionner l’Amérique comme « station-service du monde ». Mais pour Mearsheimer, la réalité géopolitique et économique est plus complexe : on ne bloque pas impunément l’une des artères les plus stratégiques de la planète sans en payer le prix fort. Le professeur, rappelle une vérité souvent négligée à Washington : dans un monde interconnecté, la puissance brute a ses limites.
La stratégie du blocus risque de transformer une victoire tactique espérée en un piège stratégique coûteux.