A propos de Vivendi

Commentaire Bruno Bertez du 25 Mars  Texte actualisé le 3Avril. A propos de Vivendi Les lecteurs familiers de la chose financière ont bien compris que notre article récent sur la stratégie personnelle de Bolloré face à Vivendi n’était pas innocent. Nous voulions, comme on disait avant en finance, « attacher un grelot ». Ce grelot a trouvé des échos puisque divers investisseurs ont manifesté leur opposition à la politique de Bolloré et que ce dernier a été obligé de compléter sa participation dans Vivendi. Les investisseurs cherchent également à s’opposer aux droits de vote doubles que Bolloré veut s’attribuer. Les médias s’efforcent de faire passer l’idée que les « activistes » n’ont aucune chance de réussir dans leurs demandes: ils passent à côté de l’essentiel:  Vivendi est maintenant « une affaire », on a les yeux braqués sur tout ce que fera Bolloré.  Il n’a plus les mains libres. Il va devoir s’expliquer, rendre des comptes, justifier les diverses opérations qu’il va tenter d’entreprendre. justifier des prix d’achats, des futures parités de fusion, des transactions opaques L’objectif de Bolloré est, avec 8% du capital (maintenant 10%) de Vivendi, de capter, capturer à son profit toute la capacité d’intervention du groupe Vivendi. C’est la raison pour laquelle il ne veut pas distribuer le trésor de guerre: il le veut pour lui seul et sa famille. Il n’y a rien de capitaliste dans la démarche de Bolloré, il suffit d’ailleurs de lire attentivement la réponse officielle de Vivendi/Bolloré au hedge fund Américain qui se met en travers de ses ambitions. Ce que veut faire Bolloré est un abus de… minorité. A la faveur du système français des copains, des coquins, du capitalisme cooptatif, du capitalisme monopolistique d’Etat incarné par les banques, il veut détourner l’argent présent, futur, la capacité d’endettement renouvelée de Vivendi, au profit de la clarification ultime de son groupe. Il veut s’en servir pour, enfin, réaliser ses rêves. De quel droit ? De quel savoir, de quelle légitimité, de quelle science, ose-t-il arguer de l’intérêt général des actionnaires, alors qu’il n’a explicité aucune stratégie crédible, aucun axe d’investissement rentable. Faire un groupe français façon Bertelsmann ? Il est bien tard, et puis comment ? Mais surtout est-ce le meilleur emploi des fonds? Le projet n’est-il pas plus politique que business? Bolloré a pris le contrôle du groupe Vivendi par ce que l’on peut appeler une opération d’initié, puisque le manager qui lui a servi le groupe sur un plateau était son obligé et que Bolloré a pu directement et indirectement ramasser des titres bon marché à la faveur de son « initiation ». A notre avis, indirectement, Bolloré a plus que 10% du capital, nous faisons le pari qu’il y a des « portages »avantageux plus ou moins amis qui se révèleront par la suite. Le problème du soi-disant capitalisme français est « la triche ». On prétend être capitaliste, mais ce sont d’autres lois que celle du capital que l’on met en place, celles du capital, on les tourne et détourne. Les investisseurs activistes n’ont pas bonne presse en France, normal, car les « images »sont faites par les médias et les médias appartiennent à des profiteurs comme Bouygues ou Bolloré qui ne sont pas capitalistes et qui, au contraire, ont tout à craindre du vrai capitalisme.

Suite au 3 Avril

Vivendi , Bolloré augmente sa participation On apprend ce jeudi que Bolloré a augmenté sa participation déclarée dans Vivendi. Nous précisons, déclarée, car nous sommes persuadés que Bolloré détient indirectement, par portage ou options, plus de titres qu’il ne le dit. Il les a acheté à la faveur de la position d’initié qu’avait son ami Fourtou dans la société. Il avait intérêt à ce que ceci reste discret, cet intérêt disparait avec les contestations en cours. Les contestataires qui, en fait défendent les intérêts des minoritaires, voudraient s’opposer aux droits de vote double, ce qui est logique et sain. Dans le cas présent, on peut considérer que les droits de vote doubles sont un abus. Nous maintenons ce que nous avons analysé il y a peu, tout cela est très favorable aux minoritaires de Vivendi, il sera beaucoup plus difficile avec des opposants et de la publicité de réaliser les opérations de captation voire d’asset stripping que Bolloré veut faire. Nous vous conseillons par ailleurs de faire un inventaire des sociétés liées à la communication susceptibles d’interesser Bolloré à titre d’acquisition. Il y en a peu, et le secteur en terme stratégique n’est cher. Bolloré ne peut faire un groupe à la Bertelsmann en pure croissance interne!

Perquisition chez Numericable On apprend que des perquisitions sont en cours chez Numéricable. Elle concerneraient les conditions de rachat de SFR à Vivendi. Des ordinateurs et du matériel ont été saisis. Il faut dire qu’il y a de quoi faire! Tant sur les contreparties officielles qu’occultes qui ont été échangées, tant sur les aspects « commisions » que sur les renvois d’ascenseurs publics et privés. Les enquêteurs ont, à notre avis, ouvert une boite de Pandore si ils tirent sur les fils qui conduisent et partent de Drahi et de tous les intervenants.

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