Le risque monte et il n’ y a pas de diversification possible Avec ajout et mise à jour au 4 Avril

La situation dans laquelle nous nous trouvons n’a pas d’équivalent. Les investisseurs sont pleinement investis et pourtant ils sont maussades, moroses et inquiets. Le sentiment dominant est un sentiment de malaise. Malaise doublé d’impuissance.

C’est à cause de ce sentiment que nous ne cessons de répéter: « non il n’y a pas de bulle ». Le terme et le diagnostic de bulles sont impropres car les bulles que nous avons connues dans l’histoire ont toutes été caractérisées par l’enthousiasme, l’optimisme et des humeurs euphoriques. Pour qu’il y ait « bulle », il faut que la foule y croie. Il faut des illusions et des rêves. Ce n’est pas un hasard si l’association d’idée se fait entre « bulles » et Champagne ! La « bulle » prospère dans la joie et la croyance en des jours meilleurs. Il suffit de se souvenir de l’ambiance au moment de la bulle Telco, des illusions sur le Viagra, sur les produits anti-age etc.

Autour de nous, rien de tout cela, même les représentants de commerce malhonnêtes du sell-side  n’ y croient pas, ils poussent à l’achat bien sur, mais avec des arguments … défensifs, à reculons. On y va comme on va à l’abattoir nous dit l’un deux! Ici nulle illusion, nulle espérance simplement un sentiment de résignation après 6 ans de hausse que la plupart ont raté. Même les plus conservateurs, se sont résolus à investir après avoir résisté de toute leur force. Ils l’ont fait parce que le coût de rester à l’écart est de plus en plus grand et parce que, maintenant le spectre qui s’agite, c’est celui des taux négatifs. Avec les taux négatifs, il n’y a même plus de possibilité de sécuriser le retour du capital, il est délibérément amputé. Face à la perspective des taux négatifs, le raisonnement est de se dire, plutôt que la perte assurée, autant jouer un peu. Et puis qui sait cela durera peut-être un certain temps, le temps de sortir avant les autres.

Les vendeurs , les services de marketing financier essaient tant bien que mal de continuer à proposer ou à imposer les vieilles recettes comme celles de la diversification. A les entendre, c’est vrai les risques, après des années de hausse, avec des valorisations historiquement élevées, avec une multitude d’incertitudes, les risques disent-ils ne sont pas négligeables, mais on peut les réduire en utilisant la diversification. Peu importe que la diversification ait été un fiasco ces dernières années, peu importe que les analyses mathématiques se soient révélées défaillantes, on continue comme si de rien n’était.

On emploie les vieilles recettes. On prend bien garde de ne pas s’interroger sur la question fondamentale à savoir: et si la diversification avait disparue dans le monde de Bernanke/ Yellen? Alors que tout, absolument tous les assets ont monté de façon vertigineuse, existe-t-il des possibilités de réduire le risque par la diversification? Est ce que, sur le fond tout n’est pas corrélé, dépendant du même sous-jacent? Est ce que ce sous-jacent ce n’est pas la liquidité monétaire, la surabondance de monnaie qui ne rapporte rien? Si cela se trouvait vrai, alors aussi bien les portefeuilles diversifiés que ceux qui ne le sont pas trinqueraient sévèrement. Même les portefeuilles dédiés, à faible risque ou même les portefeuilles « rendement ».

L’hypothèse de la destruction cynique

Nous avons développée en son temps l’idée scandaleuse  que la manoeuvre des élites kleptocratiques consistait à attirer le public sur les marchés à la faveur du grand entonnoir des taux nuls, à essayer d’enclencher une petite reprise économique technique à la faveur de la demande sur les secteurs sensibles aux taux d’intérêt comme l’automobile et l’immobilier, puis une fois la pompe et le momentum  amorcés, à favoriser le déversement des positions spéculatives du secteur financier TBTF afin qu’il fasse un pli, un profit gigantesque. Ainsi il aurait été recapitalisé, on aurait refilé le mistigri au public. La hausse des taux étant bien entendu le facteur déclenchant le signal de la  baisse.

Nous étions dans le schéma classique de la manipulation bien connue du secteur bancaire, manipulation réalisée afin de faire payer encore mieux au public les erreurs et l’avidité des banques. Cela aurait pu être cela, mais non, cela a évolué vers autre chose. Nous n’y croyons plus. Bernanke est un mégalomane, il croit .. en lui. Il croit à son idée que l’on peut éviter la déflation et lutter contre l’insuffisance de la demande globale par l’arrosage à partir de son célèbre hélicoptère. Comme il y croit, il a voulu montrer au monde, en particulier aux japonais, que le mal qu’ils s’infligeaient était volontaire et que l’on pouvait l’éviter. Il allait leur montrer sur le terrain ce qu’il leur avait conseillé en théorie. Bernanke ne s’est donc pas arrêté après la stabilisation et le dé-colmatage des tuyaux bancaires, il a voulu enclencher lui même la reprise, puis pire, il a voulu l’accélérer, oubliant que c’était la tâche des gouvernements et non celle d’une Banque Centrale. Il n’a pas su s’arrêter et ensuite, il n’a pas pu. Et Yellen est dans la même situation. C’est d’ailleurs pour cela que Yellen a été choisie, pour qu’elle assure la continuité de Bernanke.

Ce que nous avons décrit en son temps comme une sorte de coup d’accordéon sur les marchés, sur le dos du public, n’a plus été possible. Trop dangereux  de transférer le papier sur le public avant qu’il ne rechute à la faveur de la régularisation du niveau des taux. Le système était redevenu trop fragile. le Shadow Banking System et les Banques TBTF   étaient à nouveau « bourrés jusqu’à la gueule », le système  aurait à nouveau tangué. C’est le grand thème qui a resurgi au printemps 2013, le thème de la stabilité financière. On s’en est aperçu chaque fois que l’on a lancé un ballon d’essai. Bref nous avions imaginé que l’on allait tenter  de faire ce qui avait été raté vers les années 2006:  disséminer le risque sur le public mais cela n’a pas été possible. trop gros, trop tard, trop fragile, trop instable.

C’est alors que l’on a évolué vers des réflexions différentes. Ce qui au départ ne devait être que temporaire, à pris une allure durable, permanente. Alors que l’on croyait encore en 2010 , puis 2011, puis en 2013 que l’on pouvait tenter des Exit, on a changé d’avis et l’on s’est dit, après tout pourquoi ne pas faire comme si c’était une nouvelle époque, pourquoi ne populariser l’idée que le monde a changé, que les taux sont durablement bas et pour longtemps. On a implanté l’idée des taux naturels qui seraient devenus nuls et même négatifs, l’idée que les facteurs structurels avaient muté et et qu’il fallait s’habituer à l’idée que la croissance allait sinon toujours, du moins rester longtemps faibles. Et les taux quasi nuls. Et, les valorisations allaient rester… sur un plateau

Hélas, nos sorciers ne sont qu’apprentis et pas encore Maîtres. car ils ont, une fois de plus, été pris à contrepied. Les mêmes qui avaient commis la maladresse de choisir  un critère fondé sur le chômage pour la régularisation de la politique monétaire, se sont trouvés débordés quand l’emploi s’est redressé plus vite que prévu! Il a fallu faire des contorsions pour éviter d’avoir à s’exécuter et monter les taux. Le chômage est revenu à son niveau naturel a dit Stanley Fischer la semaine dernière et il va bien falloir s’exécuter. D’autant que les bas salaires donnent de signes de frémissement mal venu du côté de symboles comme Wal Mart ou Mc Donald.

Le malaise des investisseurs est bien réel, mais il n’est pas ni conscient ni public. Chacun dirions nous, est mal à l’aise dans son coin. Ce n’est pas encore une donnée de marché, analysée, commentée. De même, le pataugeage de la Banque Centrale Américaine commence seulement à être évoqué par les spécialistes comme les anciens Banquiers Centraux. Il n’est pas encore traité dans les journaux, il ne fait pas l’objet des conversations. Nous pensons que, plus que les nouvelles, ce qui fait les mouvements boursiers de grande ampleur, ce sont les prises de conscience. Elles sont d’abord lentes, progressives , voire souterraines, et puis brutalement, elles se manifestent au grand jour.

La campagne de Warren. Buffet pur valider la surévaluation.

Buffett a changé de statut social depuis la crise, et son sauvetage de Goldman Sachs, il est, non plus investisseur, mais gardien du système. Il utilise sa réputation, son fonds de commerce et sa crédibilité pour piloter, comme la Fed, le sentiment du public sur les marchés.

Il ne dit pas des sottises ou des contrevérités, il est sinon honnête du moins prudent; et un peu abscons bien sur. Lisez l’extrait ci dessous, il est significatif. Sur la question des « bulles » nous n’avons rien à ajouter, en revanche sur les occasions d’investissement, si, il y a à dire. Buffett reconnaît qu’il y a peu d’occasions d’investissement intéressantes. En clair cela se traduit: aux niveaux actuels des valorisations et des rentabilités.  Le rendement total d’un investissement réalisé ce jour sera faible même si on le conserve longtemps. Et entre temps, il y aura des risques intermédiaires de baisse.Voila la traduction en langage honnête de sa remarque sur l’absence d’opportunités d’investissement. On ne sera pas rémunéré pour le risque pris.

Pourquoi investit-on si ce n’est pour obtenir une rentabilité satisfaisante qui rémunère à la fois l’action d’épargner et l’action de prendre des risques ? On n ‘investit pas parce que les choses seraient à leur prix, car si elles sont a leur prix compte tenu des cash flows futurs, cela veut dire que tout est   contenu, pricé,  et valorisé dans les cours et qu’il … n’y a rien à gagner. On achète pour « faire une affaire » comme on dit, pas pour le plaisir de porter du papier. De fait aux niveaux actuels un investissement dans le S&P 500 conservé pendant 10 ans ne rapportera rien, même en réinvestissant les dividendes. Voir les travaux  de Hussman  et Shiller.

Les valorisations présentes sont le double de ce qu’elles devraient être pour simplement rapporter les normes historiques.

Ce qui est intéressant, c’est de se poser la question de savoir pourquoi Buffet parle.

Réponse, il parle parce qu’il faut influencer et lutter contre le malaise que nous décrivons ci dessus, extrait de Boursier.com.

« Interrogé par CNN Money, Warren Buffett, l’oracle d’Omaha, a exprimé un relatif optimisme concernant les marchés actions et l’économie américaine.

Peu d’occasions sur les marchés boursiers, mais pas de bulle

Buffett a précisé qu’il y avait « très peu » de titres qu’il cherchait à acheter actuellement, tout en repoussant l’idée d’une bulle financière. Selon le gourou de la finance, les actions « pourraient être à un niveau un peu élevé actuellement, mais elles ne sont pas passées en territoire de bulle ».

Valorisations raisonnables ?

Par exemple, Buffett ne s’inquiète pas spécialement du retour du Nasdaq sur des pics comparables à ceux de la bulle Internet de l’année 2000. Buffett constate par ailleurs que les valorisations des « gros dossiers » technologiques tels qu’Apple sont basées sur les bénéfices actuels et non pas une quelconque mode… Cependant, Buffett ne voit pas pour autant de nombreuses opportunités d’investissements. Le légendaire investisseur explique même qu’il ne trouve que « très peu » d’occasions actuellement.' »

Buffet Valuation Indicator Hitting Highest Level Since 2000

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Market Cap to GDP is a long-term valuation indicator that has become popular in recent years, thanks to Warren Buffett.

The above chart was created by Doug Short, highlighting the current level of the Buffett indicator. As you can see its now hitting the highest reading since 2000 and the second highest in the past 60 years, surpassing the levels reached in 2007.

The above 5-pack highlights several important U.S. Stock indices that all happen to be facing resistance lines dating back at least 15-years. (click to enlarge)

This looks to be a unique and rare “Technomental” situation we have on our hands…I find this set up very interesting!!!

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3 réflexions sur “Le risque monte et il n’ y a pas de diversification possible Avec ajout et mise à jour au 4 Avril

  1. Les évaluations sont historiquement élevées
    les marchands de titres et produits de Bourse ne vont pas dénigrer leur soupe, ils vivent de commissions et de bonus. Si vous les écoutez , les valorisations ne sont pas élévées. Nous sommes désolés, elles sont élevées. peut-être pas excessives, mais élévées, cela est sur.
    Ceux qui trouvrent les valorisations attrayantes se fondent sur les multiples cours-bénéfices instantanés, c’est à dire qu’ils prennent comme base le bénéfice estimé pour 2015. Et ils ne vont pas plus loin. ce n’est pas malhonnête, mais c’est un peu court. C’est même simplet.
    Une action, ce n’est pas la capitalisation des bénéfices d’une années, mais la capitalisation d’un flux de bénéfices que l’on peut approximer sur 50 ans.
    Les meilleurs indicateurs de la cherté , ceux qui indiquent si l’action est un placement rentable ou non, sont des indicateurs moyens, lissés, corrigés.
    Toutes les simulations montrent que pour prendre une bonne décision, il faut retenir des moyennes de bénéfices au moins sur 10 ans. En fait l’optimum est de retenir les chiffres sur 16 ans.
    A la fin mars, les actions du S&P 500 se traitaient à un multiple de 18,26 fois les estimations de bénéfices « operating » de 2015.

    Ce multiple est de 18% supérieur au multiple moyen des 5 dernières années.
    Ce multiple est de 9% supérieur au multiple moyen des 10 dernières années.

    Au top de 2000 qui a débouché sur une catastrophe, le multiple est monté autour de 30 ! On a vu ou cela a conduit.
    On ne peut nier que les multiples soient élevés et supérieurs aux moyennes de long terme.

    Il faut encore tenir compte du fait que les marges bénéficiaires des entreprises sont à des niveaux records et que l’histoire montre que sur ce point, il y a toujours retour vers les moyennes de long terme.
    Pourquoi? Parce que à un moment donné, les salaires retrouvent leur proportion normale dans le GDP et parce que le niveau élevé des marges traduit le fait que l’économie fonctionne sous le dopage de l’endettement.
    Pour obtenir une croissance satisfaisante sans augmenter les dettes, il faudrait augmenter les salaires et donc baisser les marges.
    Cela dit, « valorisations élevées » n’est pas équivalent à « valorisations excessives ». Les valorisations excessives, on ne les diagnostique que … quand les cours se mettent à chuter et que le cycle de baisse s’enclenche.

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  2. Economie US passage à vide

    L’emploi américain n’a progressé que de 126.000 postes en Mars. C’est le chiffre le plus faible depuis Décembre 2013. Au cours des 12 mois précédents, la progression moyenne a été de 269.000.
    Cette modération confirme le ralentissement de la croissance que les autres indicateurs suggéraient. Selon toute probabilité, Yellen y verra un argument pour repousser la hausse des taux directeurs.
    Ainsi se trouverait modéré l’attrait pour le dollar qui, on le sait provoque une fermeté que les régulateurs trouvent préjudiciable et excessive.
    Pour l’instant, les commentateurs ne dramatisent pas le ralentissement en cours, selon eux, on se trouve dans un « soft patch », sorte de petit passage à vide. Le consensus donne une ré-accélération de la conjoncture au deuxième trimestre 2015.
    Juste avant la publication des chiffres, les futurs sur Fed Funds faisaient ressortir une forte probabilité de hausse des taux pour la dernière semaine de Novembre. Nul doute que ces chiffres vont jouer dans le sens du report.

    Lors de sa dernière intervention à San Francisco, Yellen a insisté sur l’importance des chiffres de l’emploi. Elle a dit que ce sont eux , qui détermineront la première hausse des taux. Seuls des chiffres de l’emploi « strong », plus encore que les chiffres de l’inflation guideront sa décision. « Ce sont les chiffres de l’emploi qui indiqueront si les capacités inemployées dans l’économie se résorbent ou non. »

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  3. Vous possédez un véhicule de légende unique et vous êtes en panne sur la route.

    Vous appelez votre assurance. Tout va bien.

    Vous attendez le dépanneur. Tout va bien.

    Vous prévenez votre garagiste. Tout va bien.

    Oui, tout va bien tant que le diagnostic n’est pas tombé.

    Oui, tout va bien tant que vous ne savez pas que la réparation coûtera plus chère que votre véhicule et que vous n’aurez pas les moyens d’y faire face.

    La solution, repousser le diagnostique et tout va pour le mieux !

    Et d’après vous, qui a déjà pris les devants ?

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