Un jour, à force de faire et de dire n’importe quoi, « ils » vont crever la bulle, il suffit d’une tête d’épingle.
Dans son Post du 7 Avril, Bernanke s’interroge : « La politique monétaire doit-elle prendre en compte les risques à la Stabilité Financière ? ». Et bien sûr, fidèle non à sa ligne réelle, mais à ses propos théoriques, il répond : « non ». Pour lutter contre les risques d’instabilité financière, les mesures réglementaires, macro-prudentielles suffisent. C’est la thèse officielle. Si ce n’était pas le cas, alors les Banques centrales devraient resserrer quand la spéculation s’emballe et que les bulles menacent, or , elles régulent … par les bulles. Si elles admettaient la thèse selon laquelle on doit empêcher la formation des bulles, alors elles n’auraient plus d’outils pour gérer. !
La ligne réelle de ces gens, les Maîtres du monde, est totalement différente, ils sont totalement obsédés par la stabilité financière, ils ont le nez collé sur le pare brise quand ils gèrent et épient les moindres signe d’instabilité. Ne confondez pas instabilité et fragilité. Ils savent que tout est instable, et que c’est dE leur faute, mais ils pensent, avec leur armes, toujours pouvoir venir à bout des fragilités qui se manifestent. C’est une sorte de confiance absolue dans les pouvoirs dont disposent les autorités monétaires.
Si on n’a pas monté les taux en Avril 2013, c’est parce que les marchés ont tangué dangereusement, parce qu’il y a eu risque pour la stabilité financière. C e risque a d’ailleurs été le sujet essentiel de la rencontre de mondiale de l’été à Jackson Hole. Si on a retardé ces derniers mois, c’est encore pour la même raison, la hausse du dollar a manqué de faire chavirer le paquebot global, il a fallu laisser le temps aux marchés de se préparer. Et ce sera toujours ainsi, le pilotage est fondé sur l’appréciation du risque pour la stabilité financière globale. Mais chut, il ne faut pas le dire . C’est le Grand Secret.
La régulation mondiale n’a plus d’outils, la panoplie est vide, les munitions épuisées. Le cycle du Crédit joue les prolongations et les amortisseurs fiscaux sont à plat. Tout ce que l’on peut faire, c’est tenter de maintenir une croissance du crédit par le gonflement de la valeur des assets- inflation des collatéraux et effets de richesse- et les taux zéro. Bref, tout ce que l’on peut faire, c’est de prolonger le joujou avec les bulles : Vous comprenez qu’ils, le grand « ILS » ne peuvent pas se priver de leur hochet !
Si on nous suit dans cette hypothèse/interprétation cynique, on admet donc que les régulateurs connaissent aussi bien que nous les risques de bulles et que ce qu’ils disent n’est que simple dénégation afin de préserver leur latitude d’action. Les avertissements des grands gourous ne les étonnent pas, ils les considèrent comme des signaux, comme des symptômes à surveiller. Conformément aux découvertes personnelles de Greenspan qui, vers la fin de sa carrière, a enfin découvert que, puisque l’on joue avec le feu des bulles, il faut les surveiller attentivement, comme le lait sur le feu. Il faut « modéliser les animals spirits ». Ainsi le géant de la Finance Druckenmiller est sorti cette semaine pour lancer un avertissement qui, n’en doutons pas a été entendu : « la présente politique monétaire ultra-accomodante produit un horrible risque en regard de la récompense attendue ». Gageons que c’est le fond du débat entre les Maîtres, quel est le rapport Risk-Reward en maintenant les orientations actuelles, en tentant de faire encore un bout de chemin avec les bulles en cours.
Le problème avec les bulles et avec la gestion par les bulles, c’est que ce n’est jamais le bon moment de les crever. Nous l’avons diagnostiqué dès 2009 : on entre dans cette voie et ce n’est jamais le moment d’en sortir. Et plus le temps passe, moins c’est facile car les risques ne se réduisent jamais, ils se stockent, ils s’empilent. Un jour c’est la géopolitique qui interdit de perturber le jeu, un autre, c’est la crise européenne de 2012, un autre encore, c’est la déstabilisation des Emergents, un autre encore c’est l’Ukraine, un autre encore, c’est le tangage de la Chine, un autre encore c’est la menace de la faillite Grecque etc etc. Les bulles sont en plus de plus en plus exigeantes. Au fur et à mesure qu’elles vieillissent, leur entretien ou maintien coûte de plus en plus cher.
La grande question s’agissant des bulles, c’est la liquidité mondiale. Les bulles se soufflent avec du fluide, du liquide. La fluidité, la liquidité est presque plus importante que le prix du crédit et le niveau des taux ou des changes. Elle conditionne tout, et surtout la possibilité de maintenir le système en lévitation. Or la liquidité, on ne sait pas très bien ce que c’est, c’est alchimique.Ainsi il y a eu deux éclatements majeurs de bulles en 15 ans et on n’est toujours pas d’accord sur les causes de ces épisodes effrayants. Il y a eu deux éclatements mineurs, celui d’octobre 2014 sur le marché obligataire US et celui de Janvier sur le Franc Suisse et dans les deux, la liquidité a disparu, instantanément. La liquidité, c’est du mercure, cela file, cela glisse, cela échappe. Jamie Dimon vient d’ailleurs de lancer un avertissement remarqué sur cette question.
Il n’y pas que Dimon qui se préoccupe de la liquidité, le FMI également. Les incendiaires sont toujours les premiers à crier au feu, et à appeler les pompiers. Le FMI a joué les pousse au crime de la création monétaire, des QE et des taux zéro qui ont enflé les bulles, mais maintenant il s’étonne des résultats de ses pressions en ce sens. Nos sinistres irresponsables viennent en effet de conseiller aux régulateurs du monde entier de se préparer à un choc .. de liquidité. Ah les braves gens. On se demande bien ce qui leur passe par la tête. Ils ont fait la même chose avec la fameuse austérité : après l’avoir réclamée, ils ont découvert qu’elle était contre-productive, qu’il s’étaient trompés dans leurs calculs, que les coefficients fiscaux n’étaient pas ce qu’ils croyaient.
La liquidité, cela n’existe pas, c’est , non pas une réalité, mais un comportement, un sentiment, un espoir, un mouvement, un flux. C’est le flux qui permet de croire que l’on réussir à vendre plus cher que l’on a acheté ou que l’on va réussir à refinancer. La liquidité a à voir avec l’esprit de jeu, l’appétit pour le risque, la peur, la crainte de tout perdre etc etc. La liquidité est liée aux mouvements de l’âme humaine , à ses flux et à ses reflux.
Tout ce que l’on sait, c’est que le besoin de liquidité, pour que le système tienne,, est colossal pour les raisons suivantes :
-les dettes ont considérablement progressé depuis 2008, on a jouté 35 Trillions au stock existant
-la transformation de durée, de risque et de change est poussée à l’extrême
-la qualité sous-jacente des produits financiers est déplorable, donc la conviction faible
-la dette sur marge sur les Bourses dépassent tous les records des ratios historiques
-la contagion et amplification par les dérivés est exponentielle
-les ETF, Fonds de Hedge Funds et autres poupées gigognes sont des armes de destruction massive.
-le réservoir de liquidité des producteurs de pétrole est percé, or leur rôle est central
Et pour beaucoup d’autres raisons encore, mais celles là, en particulier la dernière, suffisent. Les réserves financières des producteurs de pétrole sont la base sur laquelle s’empile la pyramide du crédit mondial.
Tout cela est bien résumé par le peine à jouir Schauble qui ne rate jamais une occasion de gâcher l’ambiance et d’augmenter les risques dans le système : « le niveau des dettes dans l’économie globale constitue une source d’inquiétude ». Schauble, poussant l’inconséquence jusqu’ à ses limites, essaie de faire chuter la Grèce, de précipiter sa faillite et son Exit, ce qui, n’en doutons pas ne manquera pas d’augmenter le stress et l’inquiétude dont il se plaint par ailleurs. Pour ne pas parler de Sapin qui, n’écoutant que la voix de son maître, pousse lui aussi la Grèce vers la sortie en articulant : « We are not sympathetic to Greece ». Tous ces gens n’ont rien compris, ni au système de la dette, ni à la question de la liquidité. Ils n’ont rien compris à la grande découverte de Rocard, « le système est une bicyclette, pour tenir il faut qu’elle roule ».
————————————-
A lire éditorial dans la FAZ
————————————–
Wohlgemuth: Brexit “far more dangerous” for Germany than Grexit
In an op-ed for Frankfurter Allgemeine Zeitung, Michael Wohlgemuth, Director of Open Europe Berlin writes, “A potential Greek euro-exit has unleashed panic discussions and questionable action to save it. However, a plausible UK exit from the EU is far more dangerous.” He argues that “Germany would lose an important ally…and the German taxpayer, in particular, would need to compensate for the loss of the second largest net contributor to the EU budget.” Wohlgemuth points out that, “For Greece one is prepared, in the name of ‘solidarity’, to pay out massive sums of taxpayer money and also to push the boundaries of European law. However, when the UK in the name of ‘subsidiarity’ calls for a fundamental review of the division of competences within the EU, Brussels sees this as outrageously ‘un-European’.”
—————————————
Depuis 2012, depuis les erreurs de Sarkozy et Merkel, c’est la question Grecque qui gouverne l’Europe sinon le monde : nos incapables ont réussi à transformer un problème de 30 milliards d’euros en une catastrophe de 320 milliards. La question Grecque et son mauvais traitement sont responsables: de la crise des périphériques en Europe, de la crise des banques, du coûte que coûte de Draghi, du pas de clerc de la BNS, et finalement, en attendant la prochaine catastrophe, du lancement des QE par la BCE. Le dossier Grec a été une erreur, une faute historique et ils veulent continuer sous la conduite des Allemands. Le refus de restructurer la dette grecque a été et est criminel.
Donc nous disons en titre : un gros coup de stress sur les marchés.
La finance Grecque s’est disloquée avec une hausse de 325 pbs sur les taux à 5 ans, les CDS sont en hausse de 770 pbs. La contagion a gagné le Portugal, l’Italie, l’Espagne, les dettes subordonnées des banques , les junks corporate, les cours boursiers des banques. Au moins il y a une justice, l’Allemagne a subi un flash crash, le DAX a chuté comme une pierre de 4,4% en deux séances et 5,5% en une semaine. En cas de sinistre Grec, nous vous rappelons l’interconnexion des banques du pays avec : l’Albanie, Chypre, la Roumanie, la Bulgarie, la Serbie, la Turquie, la Macédoine pour ne citer que ce qui est le plus évident.
Heureusement Poutine, notre ennemi barbare, envisage de prêter 5 Milliards à Tsipras.
Le système est une bicyclette…Paulette la fille du facteur à bicyclette va bien devoir s’arrêter à un moment histoire de satisfaire certains besoins, ce n’est une vie de rouler sans cesse à bicyclette de bon matin par tous les chemins sans mettre un pied à terre. Nous avons tous la sensation que quelque chose va se passer. Le film hollywoodien a demandé à Christian Nolan de faire plus fort qu’ Interstellar ! Pour information celui-ci est en train de terminer ou de commencer à filmer un film dont le sujet sont les bulles ( pas de champagne mais bien celles de B Berthez). bon article.
J’aimeJ’aime
Brillant…
J’aimeJ’aime