L’autorité maternante qui vous contrôle

 Je ne peux résister au plaisir  de vous reproduire ce texte d’Alain de BENOIST. il s’agit d’un entretien chez Boulevard Voltaire.

Le thême en est « LE CONTROLE HYGIENISTE COMME DEBUT DU CONTRÔLE SOCIAL ».

« Bouffe  tes cinq fruits et légumes par jour », « Fais du sport », « Arrête de fumer », « Bois un verre mais pas deux », « Mets ta ceinture au volant », « Ne mange pas trop gras », « Fais du tri sélectif »… Après « Big Brother », « Big Mother » ?

Faute d’être capables d’ être des chefs, les politiciens s’enfoncent dans le rôle de la mère, une mère possessive …et castratrice.

« À partir du XIXe siècle, l’État-providence s’est progressivement mis en place pour suppléer à la disparition des solidarités organiques et communautaires dissoutes par la montée de l’idéologie individualiste. Il se transforme aujourd’hui en « État thérapeutique », pour reprendre une expression utilisée notamment par Christopher Lasch. Cet État thérapeutique se définit comme une alliance malsaine de la médecine et de l’État qui permet toutes sortes d’entraves injustifiées à la liberté. L’autorité se fait de plus en plus maternante, mais à la façon d’une mère possessive, désireuse de maintenir ses sujets dans la dépendance. La relation unilatérale avec l’État remplace les anciens liens sociaux. Le contrôle hygiéniste est le début du contrôle social. La médecine devient elle-même totalitaire quand elle participe du contrôle des populations.

Le type humain dominant est aujourd’hui celui du narcissique immature, pour qui il n’existe d’autre réalité que lui-même et qui veut avant tout satisfaire ses pulsions. Ce type infantile, d’orientation tout naturellement libérale-libertaire, consonne parfaitement avec un système qui, comme le disait Marx, a tout noyé « dans les eaux glacées du calcul égoïste ». Il en découle une civilisation thérapeutique centrée sur le moi. Pierre Manent dit très justement que le libéralisme est d’abord un renoncement à penser la vie humaine selon son bien ou selon sa fin.

Dans une société où règne l’industrie du divertissement, où personne ne s’interroge plus sur le sens de sa présence au monde, le soin de soi devient l’alpha et l’oméga de la raison d’être. Il ne s’agit plus seulement d’être en bonne santé, mais d’être « bien dans sa peau » pour oublier sa finitude. En attendant l’immortalité en ce bas monde, un rêve de jeunesse éternelle domine chez des individus qui, n’étant jamais devenus adultes, conçoivent la vie comme une fusion maternelle à laquelle aucun ordre symbolique n’a mis fin, et vivent dans une culture de l’instant ayant évacué tout sens de la continuité historique. La société s’organise alors selon le principe de la rivalité mimétique, d’une rivalités d’egos – en termes freudiens, des Moi débarrassés à la fois du Ça et du Surmoi -, tous persuadés d’être au centre du monde, ce qui ne peut que favoriser la lutte de tous contre tous.

Plus profondément, qu’est-ce que cela veut dire ?

La tendance est à la « psychologisation » des problèmes politiques et sociaux. La montée de l’insécurité devient un « problème de société », le chômage un « malheur individuel », l’immigration de masse un « drame humain » (auquel le « vivre ensemble » remédiera). On escamote ainsi le caractère éminemment politique des problèmes et les responsabilités qui vont avec. Il n’y a plus d’exploités, mais seulement des « malheureux », des « victimes », des « plus démunis », etc., qui n’expriment que des « plaintes contre inconnu ».

Plutôt que de mettre en lumière les modes d’aliénation propres au système dominant, on fait appel à des « cellules de soutien psychologique » chargées de remédier au « mal-être ». La montée de l’émotionnel et de l’idéologie de la compassion va de pair avec la glorification libérale de la sphère privée. La diffusion des modes de pensée thérapeutique marginalise la famille et l’école tout en laissant intact le processus de domination. La propagande de la marchandise n’émancipe des anciennes formes d’autorité que pour mieux assujettir au conditionnement publicitaire. Le sociétal remplace ainsi le social, le libéralisme culturel permettant de mieux faire passer les dégâts causés par le libéralisme économique.

Tout désir matériel ou affectif est immédiatement transformé en « droit ». Dans le système capitaliste, la volonté de suraccumulation se nourrit de cette illimitation du désir. L’extension de la logique marchande implique donc la destruction de tout ce qui peut ralentir le désir d’avoir et inciter au désintéressement. Comme l’écrit Jean Vioulac : « L’avènement de la société de consommation impose la dissolution de tout ce qui serait susceptible de freiner l’achat de marchandises, et donc l’abolition de toute loi morale réprimant la satisfaction immédiate du désir. Le libéralisme, en tant qu’il se définit par l’exigence de la dérégulation et de la désinstitutionnalisation de toutes les activités humaines, est le projet politique de démantèlement complet de l’ordre de la loi, et en cela un des plus puissants moteurs du nihilisme. »

Au fil des années, on a voulu nous coller la trouille avec le péril bolchevik, la menace lepéniste, le raz-de-marée islamiste et, désormais, le terrorisme et le réchauffement climatique. Et vous, Alain de Benoist, de quoi avez-vous peur ?

Vous vous souvenez sans doute de ce qu’écrit Beaumarchais dans Le Barbier de Séville : « Quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur. » La peur étant mauvaise conseillère, je crois qu’il faut surtout avoir peur des peurs des autres. Personnellement, je n’ai cessé de souffrir de la bêtise de la droite et du sectarisme de la gauche. Selon les jours, c’est l’une ou l’autre qui m’inquiète le plus. Mais je n’aime pas non plus les « petites brutes » dont parlait Bernanos. Ceux qui se flattent de ne jamais rien donner aux mendiants, et qui ne se font qu’une idée haineuse de la politique. La sensibilité est à la fois le contraire de la dureté de cœur et de la sensiblerie. »

3 réflexions sur “L’autorité maternante qui vous contrôle

  1. Une précision à mon commentaire, je n’ai jamais interprété le libéralisme comme un renoncement à penser la vie humaine, mais il est possible que certains l’aient fait évoluer dans ce sens.

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  2. Merci Monsieur Bertez, de diffuser ce texte. Le diagnostic d’Alain de Benoist est parfaitement d’actualité et dépeint la déliquescence de notre société. Néanmoins, j’ai quelques doutes quant à l’emploi du mot libéralisme qui est repris à toutes les sauces. A vrai dire je suis perdu, tout le monde se permet d’employer ce terme comme le démon de notre société. Est-ce vraiment le libéralisme qui mène notre pays à la ruine sociale et financière? On appelle cela également le « NEO LIBERALISME », qui est décrit comme le pouvoir d’une oligarchie ou d’une ploutocratie ou autres. Hayek en son temps avait parfaitement décrit la servitude, et jamais je n’ai trouvé de textes sérieux me décrivant que le libéralisme respectueux du droit pouvait mener à une telle déconfiture. Je me trompe peut-être. Le libéralisme vrai, serait-il manipulateur? Merci encore de nous ouvrir les yeux.

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    1. je vous remercie de prolonger ce texte. j’apprécie votre mise en question de l’usage du mot, je ne dis pas concept, « libéralisme ». C’est à mon sens un fourre-tout bien commode aussi bien pour ceux qui se prétendent libéraux que pour ceux qui le critiquent et y voient la source de tous nos maux.

      Je ne l’emploie pas, j’évite ce terme et je le bannis. Le contenu du fourre-tout est une sorte bric à brac, chacun y met ce qu’il veut en fonction de ses intentions.

      Pour être utile, il me semble que l’on doit partir de ce qui est, du concret, de ce qui apparait et en faire l’analyse critique afin de montrer ce qu’il y a derrière, sur l’autre scène, là ou se joue le sens.

      Le jeu des étiquettes et classifications n’apporte pas grand chose , sauf dans les joutes politiques et médiatiques ou ce jeu vise à stigmatiser et exclure. Partir du mot pour le plaquer sur la réalité et décréter « cela est libéral ou cela ne l’est pas » ne me semble mener nulle part. Du moins pour les gens honnêtes et de bonne volonté.

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