Réponse à un lecteur qui , sur Lupus, nous parle de Noami Klein.

« J’apprécie Noami Klein dans la mesure ou c’est une rebelle qui présente une critique de la politique Américaine.

Son analyse du néo libéralisme est nullissime. Les idées toutes faites et mal assimilées qu’elle développe sur Friedman sont absurdes et incohérentes. Elle n’a pas compris grand chose à ce que l’on appelle le néo-conservatisme. Ses idées sont suspendues dans les airs, sans fondement, ce qui est bien dans le style « magazine » Nord Américain. Noam Chomsky est bien plus intéressant et j’ai plus de respect intellectuel pour lui que pour Klein.

Je pense que soit vous devriez relire Klein avec une attitude critique, soit relire mes textes avec attention. Le fait de mettre en évidence le rôle de la crise grecque ou d’autres crises dans l’asservissement et la mise en place d’un ordre nouveau ne suffit pas à nous faire converger.

Ce que je décris et développe au fil des jours, c’est une mutation du système capitaliste entrepreneurial en un système ploutocratique , kleptocratique, qui pour se développer doit abolir les frontières d’une part et instaurer des régimes politiques non démocratiques à deux ou trois vitesses d’autre part. Le système pour se reproduire et se développer a besoin de nier, d’abolir les différences.

Je soutiens par ailleurs que la mutation du système capitaliste le conduit à adopter beaucoup de reformes socialistes, à évoluer vers la sociale-démocratie, à produire une société civile de consommateurs et non plus de producteurs, enfin que les distinctions fondées sur les classes sociales sont devenues inopérantes et doivent être révisées. Je distingue la classe des « dominants » et la classe des « dominés » et cette distinction souple, à géométrie variable, est bien plus opérationnelle que celles qu’utilisent Klein ou d’autres auteurs .

Désolé de vous contredire.

2 réflexions sur “Réponse à un lecteur qui , sur Lupus, nous parle de Noami Klein.

  1. Cher Monsieur Berthez,
    Je partage votre vision, et je vous remercie pour le partage que vous offrez de vos vues.
    Sans être d’une quelconque manière un fervent de Naomi Klein, je trouve que le concept de « stratégie du choc » est assez parlant, et il me semble qu’il s’agit d’un moyen beaucoup employé pour accélérer les évolution auxquelles vous faites allusion. Elle n’a peut-être pas inventé grand-chose, ce concept étant proche de « stratégie de la tension », et les exemples historiques ne paraissent pas manquer..

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    1. J’apprécie les commentaires soit quand ils prolongent la réflexion, soit quand ils me font aller plus loin dans l’analyse d’abord et dans l’énoncé ensuite. Le votre est donc bienvenu.

      Je vais me permettre d’analyser votre énoncé. Cela va vous donner l’occasion de mieux comprendre ma méthode de travail.

      Vous trouvez que le concept de « stratégie du choc » est assez parlant. Moi je dis que ce concept parle, c’est vrai mais pour dire une idiotie. C’est la même chose pour la « stratégie de la tension ».

      Réfléchissez, pour qu’il y ait une stratégie, il faut qu’il y ait quelqu’un qui élabore cette stratégie, soit une personne, soit un groupe de personnes. Qui dit stratégie dit un auteur, un penseur de cette stratégie , que ce soit une personne ou une classe de personnes. Donc parler de stratégie du choc implique, sans que ce soit dit que l’on désigne de façon sous entendue, un auteur, un élaborateur, un responsable de la stratégie. Ce qui conduit sans que ce soit formulé à adopter la thèse conspirationniste.

      Cette thèse est l’ennemi de la pensée critique, la Droite en particulier tombe souvent dans ce piège. Parce qu’elle suppose qu’il y a des gens malfaisants qui se réunissent , de façon satanique, pour mettre en place des stratégie nuisibles. Ce n’est pas grave, mais en plus ils le font dans le secret et l’on ne peut pas le prouver. C’est comme l’existence de Dieu, comme diraient Marx et Freud, « c’est le refuge de notre ignorance ». On bute sur la pensée logique, on n’arrive pas à pousser le raisonnement et donc on suppose qu’il y a quelque chose d’inconnu, qui complote et qui agit. Je dis souvent aux Conspis: je suis suivi par douze petits bonshommes verts qui disparaissent sitôt qu’on les regarde! Le conspirationnisme ,, c’est cela.

      Moi je suis un être rationnel, je crois à la raison, à la logique et à l’intelligence. Comme Chevènement, je fais le pari de l’intelligence, pas le pari de Madame Soleil comme le faisait Mitterrand. Ou Hollande qui lui fait le pari de l’intuition féminine.

      Je suis matérialiste, et dialectique, dans ma conception il y a des causes, des effets, des dépassements , et tout cela peut être compris par la recherche , le travail, la documentation, l’histoire etc. Je n’ai pas besoin de faire l’hypothèse des petits bonshommes verts ou du Bilderberg ou de la Trilatérale ou de la Round Table ou du Club du Siécle ou des Rose -croix ou des Francs Maçons.

      Les hypothèses scientifiques suffisent à expliquer les évolutions même celles qui semblent concertées et sataniques.

      L’hypothèse de base est issue des découvertes de la Sociologie , du Marxisme, de la Psychanalyse, du Lacanisme et de la Théorie Symbolique. L’hypothèse de base est que le monde est un Système, que ce Système est caché, inconscient, et que nous habitons, nous sommes traversés par ce Système de la même façon que nous sommes ce à quoi nous n’avons pas accès, par définition: notre inconscient.

      Vous ne vous en rendez pas compte, mais vous habitez le Système symbolique du langage, il existait avant vous et il existera après vous, avec ses règles …Je suis en fait, là ou je n’ai pas conscience d’être, « je » est un « Autre ». Le « Je » social, la conscience sociale est un discours sur le réel, sur une réalité qui lui échappe. Il y a une part de vrai, mais c’est un discours déformé par les idéologies, par les désirs et les intérêts. Tout comme vous faites un discours sur un tic, un lapsus, un acte manqué qui vous submerge malgré vous. Vous énoncez des rationalisations, c’est à dire que vous dites des choses qui paraissent vraies , mais qui sont à coté de la plaque. De la même façon que vous êtes agi, la société est agie.

      Les gestionnaires du Système sont des hommes comme vous et moi , les soi-disants élites sont les grands prêtres d’un systême qu’ils ne comprennent pas, mais dont ils maitrisent mieux que les autres, les prières et les incantations, et la communication. Croyez vous que le patron de Goldman Sachs comprenne quoi que ce soit? Non! il est un gestionnaire apparent, habile, du Système et si ce n’était pas lui, ce serait un autre. On l’a vu avec Sarkozy et Hollande, ils font la même chose, ils sont pourtant ennemis. Ils font ce que le Système présente comme ce qu’il faut, ce que l’on doit faire.

      Les hommes s’adaptent à ce qui les dépasse; personne n’élabore une stratégie du chaos. Le système capitaliste à ses règles, règles du profit, de l’accumulation; il a ses limites et il bute sur ses limites. Alors il mute, dans une combinatoire dont personne n’a la clef, il se transforme en système kleptocratique, social-démocrate et en même temps pour repousser ses limites, celles de la marchandise et du profit, il se globalise. D’ou les théories du NOM, le Nouvel Ordre Mondial qui ne sont rien de plus qu’une autre formulation des thèses de Lénine avec en particulier la thèse de l’impérialisme comme stade suprême du capitalisme.

      Les thèses de stratégies du chaos ou autres renvoient sans le dire à l’anti sémitisme; elle déconsidèrent ceux qui les adoptent, même si certaines choses , certains travaux ont une part de validité. Tout ce qui est Conspi , si vous tirez sur le fil aboutit aux juifs, au peuple ou à la tribu élue. Mon hypothèse est que dans l’inconscient collectif, les gens font une sorte de glissement, ils savent confusément qu’il y a des choses cachées, qu’ils ignorent et qui sont agissantes et comme cela leur est insupportable ils personnifient et ce sont les juifs qui servent de support à cette personnification. Nous projetons sur les juifs, notre méconnaissance du Système, le noir, l’inconnu, le menaçant qui sont en nous.

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