INTRODUCTION BRUNO BERTEZ Texte intégral de l’intervention de Zemmour au tribunal correctionnel de Paris le 24 juin dernier.

Je reprends peu Zemmour. Il faut que vous sachiez pourquoi.

Sur beaucoup de thèmes, il pense juste, mais sur le fond, il n’est pas dans mon camp, celui de la liberté.

Zemmour a un fil conducteur qui part de la Nation, passe par le dirigisme républicain et  l’étatisme. Même si on ne voit pas ce fil, ses textes ne sont cohérents que parce que ce fil existe et les sous tend.  Il part de l’ensemble, du groupe, qu’on lui donne le nom de Nation, de pays ou de collectivité.

Je ne nie pas que l’individu naisse dans le Groupe, il naît dans la famille, la communauté, la culture, le langage, etc.. Dès sa naissance,  il est pris dans quelque chose. Mais il n’est pas déterminé, sur une trajectoire, sur un destin, non,  il assimile, fait sien,  il dépasse et finalement c’est cela la vie, c’est ce processus de dépassement  de ce qui aurait pu être une détermination: bref c’est un mouvement. Un effort vers l’individuation et la liberté.

Moi je pars de l’individu, parce que je considère que c’est lui l’existant premier, l’atome, qui certes est enserré dans des relations, mais seulement ensuite, temps logique, non temporel, forme le tissus social, national, patriotique etc. Quand l’individu naît, il est nommé par d’autres, il prend la place qu’on lui assigne, mais c’est son Projet de vie à lui,  de construire ensuite une autre place, la sienne,  pas celle qu’on lui aura désigné. De ne pas être pharmacien, parce que papa ne l’était pas.

On le voit , les choix de base sont opposés. De même que je ne suis pas Le Peniste, le père, quand il offre son célèbre texte sur la Nation. Le Pen, lui aussi, fait préexister le groupe, il le situe avant l’individu, au dessus. Je soutiens que ce qui est premier, c’est ce que je constate: que je vis et surtout que je meurs. Ce que je constate, c’est mon individualité.  C’est ma responsabilité individuelle. La vie est un processus d ‘individualité et surtout d’individuation qui se développe jusqu’à l’expérience suprême de l’individuation: la mort. Ce qui meurt, c’est toujours un individu donc par récurrence, ce qui vit, est également un individu. La société, elle, est une abstraction, une réification, elle ne meurt pas, elle est peut-être éternelle, qui sait?

Dès sa naissance l’être humain est pris dans le groupe, la famille, la culture, le langage, en fait il habite le groupe et le groupe le traverse, le constitue. Notre « je », notre identité étant constituée en miroir, nous sommes des êtres culturels, des « produits » en quelque sorte, mais c’est notre dignité d’homme, d’être conscients et cultivés, que de devenir nous même.  De réussir notre vie, la notre.  Nous sommes des êtres pris dans le social, le familial, le national, le global, mais ce qui constitue le sens de notre vie, de notre réussite c’est de devenir, d’advenir. de faire advenir l’individu, qui d’une certaine façon est en nous. Que fait Hollande le pseudo socialiste  si ce n’est réussir ce qu’il croit être  sa vie, son Projet de gamin ? Il satisfait sa Volonté de puissance individuelle, en nous vendant … du pseudo socialisme. Et il nous marche dessus!

La question des rapports entre l’individu et le groupe,  la question de la liberté et de l’individualisme peuvent être laissées de côté  quand le système est équilibré, quand le curseur ne se place pas trop d’un seul côté, le côté socialiste, collectiviste, communiste, nationaliste  et , fasciste etc. Un équilibre profitable, positif, créatif ne pose aucun problème.  Mais quand l’équilibre se rompt et que la priorité est de définir idéologiquement ce qui est bon pour le groupe et de faire en sorte d’y sacrifier les vies individuelles, de les considérer comme des moyens de réaliser les objectifs idéologiques du collectif, alors la perversion s’installe, perversion dont le stade ultime est le fascisme;  système dans lequel l’individu doit se sacrifier pour le groupe et bien sur le chef. C’est le moment, alors qu’une nouvelle forme de fascisme , le fascisme noir et vert, renait et se propage, c’est le moment de réfléchir à nouveau à tout cela. Réflechissez aux nouvelles idéologies qui prétendent sacrifier  les individus à la gloire qui sait, d’Allah, de l’Homme ancien, archaique, de l’Homme nouveau, de l’Homme universel,  …

Il y a une dialectique de l’individu et du groupe, le rapport des forces n’est pas figé, il résulte d’une lutte et pour que les jeux ne soient jamais joués, il faut qu’il y ait des gens qui se battent, qui luttent. l’histoire ne doit jamais s’arrêter, elle est mouvement  et celui là , celui du rapport dialectique entre l’individu et le groupe est l’un des plus exaltants, il faut y participer.   Aron disait que l’on ne peut avoir pour objectif la liberté et en même temps ne pas être engagé politiquement. Normal, la liberté n’existe pas dans le vide, mais dans le cadre de rapports sociaux et si on ne lutte pas pour modifier ces rapports sociaux quand ils dérapent , alors  c’est que l’on a renoncé à la liberté.

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J’allais oublier, la mention qui accompagne ce texte est . « si vous faites suivre, effacez les adresses mails précédentes ». Dans quel pays sommes nous déjà, pays qui produit pareille peur .

Voici le texte intégral de l’intervention d’Éric Zemmour au tribunal correctionnel de Paris le 24 juin dernier.

Je vous avoue que j’ai longuement hésité à venir à l’audience. Mon avocat me déconseillait plutôt de me déplacer, pour conserver, disait-il, aux débats leur caractère technique.

J’ai décidé pourtant d’assister à cette audience. D’abord par respect des magistrats, de la cour, et au delà des institutions de la République. Mais aussi par curiosité. Je voulais comprendre ce qu’on me reprochait. Comprendre quelle loi ou quelle partie de la loi j’avais enfreint. Après tout, nul n’est censé ignorer la loi. Je voulais comprendre pourquoi le procureur, le représentant de l’Etat, m’attaquait pour des propos qui ne faisaient pourtant que décrire des faits, une réalité, amplement retranscrite: «des bandes étrangères venues d’Europe de l’Est écument notre pays», ça passe; mais quand on dit: «des bandes de tchétchènes, Kosovars, Roms dépècent, dévalisent, violentent, ou dépouillent», ça ne passe pas. Lui n’est pas déféré, moi, je le suis.

Je comprends bien le point de vue du procureur : il favorise la concision. L’ellipse est préférée à la description clinique. Madame le procureur préfère la pudeur des impressions à l’impudeur du réalisme. Mais cette querelle littéraire est-elle de la compétence de ce tribunal ? Il faut alors qu’elle aille au bout de cette logique littéraire. Qu’elle m’indique les bons mots et les mauvais mots, les mots autorisés et les mots interdits. Qu’elle redéfinisse les canons de la profession de journaliste. Que celui-ci ne soit plus tenu d’informer de ce qu’il voit, mais d’abord d’informer ce qu’il ne voit pas, mais qu’il est bon de voir.

J’avoue ma perplexité. Je n’ose penser que ce ne sont pas les mots qui comptent, mais ma personne. Il y a quatre ans, le procureur m’avait expliqué que ma notoriété fort grande avait pour corollaire une responsabilité aussi grande. Je constate qu’en quatre ans, j’ai encore pris du galon, puisque je suis davantage responsable, et donc davantage condamnable, qu’un ministre de l’intérieur lui-même.

Mais j’ai compris en écoutant avec soin ces débats, que ce ne sont ni mes mots ni ma personne qui importaient, mais mes pensées. Même pas mes pensées, mais mes arrière-pensées. Dans le passé, nous avions ainsi le tribunal de l’Inquisition qui dénichait la persistance des pensées hérétiques chez des marranes convertis au catholicisme. Nous avons eu plus récemment les grands procès staliniens qui traquaient les intentions contre-révolutionnaires.

A la suite de la parution de mon livre, le Suicide français, le premier secrétaire du parti au pouvoir avait dénoncé la zemmourisation de la société. Le premier ministre avait expliqué que mon livre n’était pas digne d’être lu, le ministre de l’Intérieur avait appelé à manifester contre moi, et le président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale avait sollicité de mes employeurs qu’ils mettent fin à mes collaborations à leurs medias. Marie-Anne Chapdelaine, Une députée d’Ille-et-Vilaine, me chassait carrément de France : «Monsieur Zemmour, la République, on l’aime ou on la quitte ». Aujourd’hui, je vis la version judiciaire de cette offensive médiatico-politique. On prétend faire du droit, mais derrière les arguties, ce n’est qu’une bataille politique pour me faire taire.

Il y a six mois, des millions de Français défilaient dans la rue pour défendre la liberté d’expression. Les malheureuses victimes de Charlie Hebdo avaient subi aussi une condamnation judiciaire venue d’un tribunal islamique qui les avait condamnés à mort pour blasphème. Si je comprends bien ce qui m’est reproché, la liberté d’expression, c’est bon pour les dessinateurs de Charlie, mais ce n’est pas bon pour moi. Parce qu’eux sont gentils, et moi, je suis méchant. Eux ont des bonnes arrière-pensées, et moi j’en ai de mauvaises. Si je comprends bien, nous vivons toujours sous le règne de la phrase de Saint-Just : «pas de liberté pour les ennemis de la liberté». Cela s’appelait la Terreur.

Eric ZEMMOUR

Une réflexion sur “INTRODUCTION BRUNO BERTEZ Texte intégral de l’intervention de Zemmour au tribunal correctionnel de Paris le 24 juin dernier.

  1. Ce texte de Bertez est fort intéressant, parce qu’il permet de mieux saisir la pensée
    au delà de l’analyse strictement économique.
    Il donne la trame, comme il la détecte pour Zemmour.
    Alors oui, l’homme est toujours « à faire », et il se fait au sein d’un milieu qui a lui-même
    un passé.
    Mais lorsque l’individu constate que l’on se rapproche du fascisme, quelle solution?
    Dans un bref commentaire de son blog, Bertez approuve la position d’un intervenant
    qui pratique le repli volontaire, la diminution des besoins. La position de l’ermite
    peut se comprendre, elle est respectable, et parfois tentante au vu de l’énormité
    des problèmes. Il ne pourra, en tout état de cause, que servir d’exemple, et ne va pas
    contribuer par son mode de vie à l’aggravation des choses, contrairement à la
    quasi totalité de la société qui  » maudissant les effets dont elle chérit les causes »
    (Bossuet), va en pantoufles à la catastrophe.
    Bertez se méfie grandement de l’Etat. Il est vrai que celui-ci est l’ordonnateur
    des festivités des prédateurs, sous le prétexte de l’ordre civil. Mais lorsque
    celui-ci se fissure sous l’assaut toujours plus rude des profiteurs, la vérité du
    pouvoir se démasque: il ne recule jamais. (Voir l’analyse de Bertrand de Jouvenel).
    Le citoyen n’a le choix qu’entre la soumission et la destruction.
    Quitter un état de fait, et pas de droit, est évidemment l’injonction majeure
    faite à un individu libre.
    Jusque là pas de souci, c’est l’ordre du discours.
    Mais comme disait l’autre: « les argument font couler la salive, les preuves feront
    couler le sang ».
    Alors qui va pouvoir non seulement administrer la preuve par le fait, mais aussi
    lui assurer le succès, si ce n’est une forme quelconque d’institution, j’entends par
    là toute puissance organisée dont l’action recueille l’assentiment d’une large
    population. Et par puissance il faut entendre aussi bien des conjonctions parfois
    improbables, sous la nécessité. Comme de Gaulle et les maquis communistes,
    ayant évité qu’un gouvernement américain ne succède au Reich.
    Qu’on ne se récrie pas trop vite.
    Bertez dans ses exemples politiques va chercher tantôt chez Marine Le Pen, tantôt
    chez Mélanchon. Quand il y a le feu, on ne regarde pas qui apporte de l’eau,
    ni si les sceaux sont un peu percés.
    La catastrophe planétaire approchant, quelles sont les possibilités?
    Pour les esclavagistes, mater la Grèce est sans doute possible, un pays plus
    grand probablement pas. Ce n’est pas au niveau cantonal que l’affaire va se
    décider(!) Quant à l’Europe…..
    Que reste-t-il?
    De façon réaliste une position gaullienne. (On pouvait en 1968 s’opposer à de Gaulle
    pour des raisons de néo-colonialisme, de poursuite du système global du
    capitalisme alors que ses effets catastrophiques ne perçaient qu’à peine).
    On a rien d »autre sous la main qu’une position nationale, ce qui ne veut pas dire
    isolationniste. Comment la France pourrait-elle « quitter l’Europe » ? A la rame?
    Elle y restera, à voir dans quel état, pour les deux…A nous d’en décider.
    S »il n’est pas forcément simple de définir un « intérêt national », parce que notre
    société est largement atomisée (c’est la principale force des maîtres), il reste possible,
    et de plus en plus évident, d’établir ce dont on ne veut à aucun prix, ce que
    Bertez décrit tous les jours. Là dessus on peut penser que le consensus est
    en voie de réalisation.
    Si l’Etat n’est plus là que pour accélérer la faillite par tous
    les moyens disponibles, sa légitimité disparaît, et nul ne peut reprocher à
    l’individu sa dissidence. Et ce n’est pas parce que l’Etat perd la tête (avec ou sans
    jeu de mot) que la Nation disparaît. Un Etat ça se change.
    Plus les idéologies se multiplient et se combattent, moins on y croit.
    L’idée d’Europe a fondu dans les esprits, L’Europe sociale déclenche l’hilarité
    générale, la Justice est introuvable.
    Ce qui est remarquable, c’est que l »oppression ne cherche plus de raison,
    religieuse ou autre (sauf chez les fous), elle retourne à l’état naturel par le détour
    de la marchandisation et du capital financier. Non qu’il faille condamner le capital,
    dont l’usage conscient, qui débute avec les premiers outils, est une marque de
    l’homme, mais le capitalisme, qui est au capital ce que le cancer est à la vie,
    une profusion mortelle. A noter que les premiers outils sont aussi les premières
    armes, et que la loi du plus fort s’exprime dès l’origine par la médiation d »une
    « abstraction concrétisée ». Ça commence avec des bâtons, ça finit avec des flux
    financiers.
    Question par conséquent de la violence, non celle qui m’est faite par la mort
    naturelle, mais celle que l »autre peut m’imposer, la violence humaine n’ayant pas de
    limite. Tout le problème est donc de lui en mettre, de la cadrer autant que
    possible afin d’éviter la destruction massive réciproque, c’est le phénomène
    religieux, le rituel, Girard a bien parlé là dessus.
    Toutefois les solutions n’ont qu’un temps, même long. On peut penser que
    la prolifération humaine dévalorise l’espèce jusqu’à ses propres yeux au vu
    des résultats et qu’aucune justification n’est à fournir quant à l »accumulation
    privative. Réciproquement il n’y aurait donc aucune excuse à donner en
    mettant fin à ces exactions automatisées.
    L’individu se retrouve ainsi devant son interrogation fondamentale et urgente:
    qu’est-ce que je vais faire?
    Le choc grec est une occasion très médiatisée d’instruire son jugement et d’en tirer
    les conséquences.
    Comme disait l’autre:  » Actes et paroles doivent s’inspirer du temps présent.
    Il faut vouloir quand on le peut, car l’occasion ni le moment n’attendent personne ».

    Marco

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