Bourse, attention au piège des indices Avec ajout Jeudi

Vous savez que nous défendons l’idée, que la valeur d’une action est la somme d’une part d’une valeur fondamentale et d’autre part d’un billet de loterie, ce que nous appelons un bon de droit à écart de cours. Le rendement l’investissement dans la valeur fondamentale vient de l’entreprise, tandis que le rendement du billet de loterie vient du Ponzi, c’est à dire des autres joueurs. Bien entendu cela n’a aucune réalité, c’est une construction intellectuelle destinée à mettre un peu d’ordre opérationnel dans le chaos des valorisations boursières.

-La valeur fondamentale mesure l’intérêt intrinsèque de l’investissement.

-La valeur du billet de loterie, bon de droit à écart de cours, mesure l’appétit pour le jeu, ce que les bien pensants appellent l’appétit pour le risque.

Nous avons suggéré dans le passé que pour apprécier objectivement l’appétit pour le « jeu/risque », il fallait regarder la généralisation de l’intérêt des opérateurs. Quand l’appétit est grand on achète tout et n’importe quoi et la hausse est extensive, tout la population boursière est portée par la vague. La hausse est unanime. Toutes les valeurs montent.

En sens inverse quand l’appétit disparait ou se réduit, la liste des titres en hausse se contracte, la hausse devient sélective, elle touche de moins en moins de valeurs.
De même quand l’appétit pour le jeu/risque est rassasié, les spreads recommencent à s’élargir, on commence par délaisser ce qui apparait comme le plus risqué. On concentre ses achats sur le meilleur couple risque/récompense. Nous avons fait remarquer il y a peu que les indices qui retracent le comportement du High Yield avaient décroché à la mi avril.

Le meilleur moyen de suivre les marchés sous cet aspect consiste à porter son attention sur l’extension de la hausse, sur son unanimité ou son défaut d’unanimité. Si une poignée de titres en vue fait monter les indices alors que la majorité ne fait rien ou est baissière, alors il y a lieu de devenir plus prudent.

Parmi les outils techniques à la disposition de l’investisseur ou du joueur, il y a le suivi des courbes qui retracent le nombre de titres au plus haut, le pourcentage de titres qui se traitent au dessus de leur moyenne mobile de long ou moyen terme, le suivi des courbes d’indices pondérés et non pondérés etc. L’idée est toujours la même , il s’agit d’appréhender l’uniformité, la participation à la hausse. Il s’agit de déceler les marchés qui montent en trompe l’oeil, donnent une impression de force aux niveaux des indices, mais qui en réalité sont faibles dans leur ensemble. Dans les marchés, à certains moment il y a des arbres gigantesques qui cachent la forêt, c’est ce qu’il s’agit de discerner. En quelque sorte, à certains moments il faut prêter attention aux divergences et à leur évolution.

Les modes, le poids des capitalisations peuvent très bien induire en erreur l’observateur superficiel. Depuis la mi avril, les divergences se creusent, les marchés se détériorent en profondeur. Si vous mettez sur le même graphique la courbe du S&P 500 pondéré des capitalisations boursières et la courbe du S&P 500 avec les mêmes valeurs non pondéré des capitalisations, vous observez une divergence croissante. Et inquiétante. Le profil est très différent: vous constatez l’érosion des cours des valeurs de fond de marché, érosion masquée par le comportement individuels de quelques titres. Et c’est la même chose si vous triturez les mêmes courbes pour le Nasdaq. Les grandes valeurs vedettes, en vue, accomplissent l’essentiel de la performance de l’indice. Le reste ne fait rien ou baisse. Nous avons diagnostiqué sous cet aspect, ce que l’on appelle de la distribution. Les mains fortes vendent aux mains faibles.

Sur le S&P 500 relève l’excellent Hussman qui travaille sur ces divergences, moins de la moitié des titres se traitent au dessus de leur moyenne mobile des 100 jours. Hussman observe que lorsque les données internes du marché se détériorent, c’est le signe et le signal que l’appétit pour le jeu/risque diminue. C’est quand l’action du marché cesse d’être uniforme qu’il convient de recommencer à se préoccuper de ce que nous appelons la valeur fondamentale, la valeur intrinsèque, ou encore la valeur « nue », hors le bon de droit à écart de cours. C’est à ce moment, lors de ce processus de multiplication des divergences, que la question de la surévaluation commence à se poser et à influencer le comportement des participants.

Dans l’ambiance actuelle, il y a peu de place pour le raisonnement et la logique. Les participants aux marchés sont sous influence. Ils ont perdu leurs repères et leur esprit critique, grisés par les performances passées et aveuglés par quelques performances présentes. Ils croient, à tort, que ce que disent les Maîtres est vrai: ils ne laisseront pas tomber le marché. L’expérience historique incite à penser qu’ils ont tort, arrêter un retournement n’est pas toujours possible. En 2000, malgré l’action des autorités, les grandes vedettes du Nasdaq ont été jusqu’à perdre plus de 90% de capitalisation. Ce qui se passe en Chine, ou précisément les autorités emploient tous les moyens, même les plus hors normes pour stopper la chute devrait faire réfléchir.
Pour faire venir les joueurs et s’enrichir à leur dépens, les organisateurs des paris et des loteries ont trouvé un truc: ils montrent les gagnants. Cela occulte et oblitère l’existence des perdants. En Bourse c’est un peu la même chose, pour gruger les gogos, on montre les indices, on les met à la « Une » des journaux.
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Ajout
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Il existe un ETF du high yield , le Barclays High Yield Bond ETF , JNK
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regardez le , il est effrayant.
Il a connu un première alerte à mi 2013 lors des premiers bruits de « taper »
il a remonté quand le « taper » a été différé pour cause de dislocation sur le marché obligataire
il fait un magnifique double top à l’été 2014 vers les 42
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Il est maintenant dans les plus bas à 37,92 et se rapproche d’une zone critique.

Quand il cassera, ce sera le bain de sang.

Sous la surface des indices, le marché des assets à risque pourrit.

Une réflexion sur “Bourse, attention au piège des indices Avec ajout Jeudi

  1. J’aime bien votre notion de « billet de loterie ». Ca rend la chose très imagée et, du coup, ça met cette notion à la portée de tous. En comparaison avec les termes « goodwill » ou « prime de risque », il n’y a pas photo.

    Merci.

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