Remarques sur la dislocation en cours; suivez le dollar. C’est là que cela se passe

Nous avons écrit abondamment sur la dislocation en cours sur les marchés émergents. Sur le caractère déstabilisant de ce qui s’y passe . Sur l’incidence sur les matières premières, sur les devises, sur les marchés obligataires et sur les marchés d’actions.

Nous avons insisté pour montrer que tout cela était un symptôme de la chute de l’appétit pour le risque en même temps qu’une cause de cette fuite devant le risque. Retenez bien : à la fois cause et symptôme. Réflexif, transitif, auto-entretenu, donc susceptible d’aggravation. Pour parler simplement, une sorte de cercle vicieux peut se mettre en place.
Voici quelques remarques destinées à faire mieux comprendre le phénomène en cours.

-tout cela vient de loin. Nous ne sommes pas dans l’accident ou le hasard, ou la faute à pas de chance ou à la spéculation, fut elle chinoise. La montée des risques et des déséquilibres a pris de nombreuses années.

-l’origine de tout cela est la politique monétaire américaine ; on a inondé le monde de liquidités aussi bien avant 2009 qu’après et ces liquidités sont allées gonfler les réserves, les créations de crédit, le pouvoir d’achat, les patrimoines des émergents. Ils ont bien profité, mais ils ont érigé une économie fragile et déséquilibrée. Les observateurs se sont trompés en attribuant aux émergents les mérites de leur émergence, nous l’avons toujours dit : tout vient du laxisme du Centre.

-la surabondance de dollars a bien sur entraîné des prises de risques, complémentaires de la globalisation. Laxisme monétaire, prises de risques et globalisation vont toujours ensemble. Les USA ont toujours su que le décollage des émergents était artificiel et vulnérable, en particulier Greenspan. Il savait que la Chine se mettait dans une position d’être un jour fragilisée. En fait les USA ont toujours eu conscience du fait que c’était eux qui donnaient aux émergents les moyens de les contester. Mais ils ont également toujours su que c’était reversible.

-celui qui donne tout peut aussi tout reprendre. Et les flux financiers peuvent s’inverser. Il suffit de rendre le dollar plus rare ou bien d’en annoncer la perspective. Bref, il suffit de forcer à anticiper une plus grande rareté et donc une hausse du dollar. Bernanke l’avait dit, quand la conjoncture américaine se révèlera meilleure que celle du reste du monde, les capitaux reviendront, attirés par la meilleure rentabilité et la plus grande sécurité. C’est ce qui se passe

-le paramètre clef, ce ne sont pas les taux d’intérêt, mais la valeur du dollar et le dollar index. Les émergents ont « cassé » lorsque le dollar index s’est franchement orienté à la hausse. On est passé de 80 à près de 100 au dollar index et c’est ce qui a commencé à disloquer le marché global. La cassure des courbes est nette ; pas besoin de corrélation mathématique, c’est visuel.

-nous avons expliqué que le monde global est « short » en dollars. Il y a plus de 9 trillions d’emprunts libellés en dollars et ceux qui les ont émis ne sont pas à l’aise, c’est le moins que l’on puisse dire : ils doivent des dollars alors que le dollar monte et que l’on anticipe qu’il va devenir plus rare. Une masse considérable de carry et de leverage est en difficulté ou risque de l’être. Il y a risque d’étranglement, risque de « mismatch » etc. Le risque financier global est en train de monter et plus le dollar monte, plus il va enfler ;

-tout ceci incite à solder des carry, à deleverager, à réduire le risque d’exposition au dollar et bien entendu, cela contracte la liquidité globale. Car il y a un lien étroit entre l’appétit pour le risque, le recours au levier, et la fabrication de la liquidité par le Système. Les forces déflationnistes sont stimulées.

-ces mouvements sont auto entretenus : le besoin de dollars accentue la rareté de dollars et donc sa hausse.La hausse déstabilise les positions et oblige à se couvrir et à racheter du dollar etc ; en plus, dessus vient se greffer la spéculation qui vient amplifier les mouvements.

-ce sont les USA et la Fed qui ont la clef de la stabilisation des marchés étrangers et pas les banques centrales locales ; car ce qui importe c’est le niveau et la rareté du dollar. La PBOC par exemple en soutenant son marché boursier fait baisser( elle trash sa monnaie) le Yuan et monter le dollar ce qui aggrave les choses. Si elle achète des assets et fait baisser les taux elle accentue la pression sur le Yuan. Les masses de capitaux en jeu sont considérables car il n’ y a pas que les effets directs, mais il y a a toute une chaîne derrière chaque opération financière.

-si les USA montent bien les taux comme prévu et si les banques centrales des émergents trash leur monnaie, le phénomène peut prendre une ampleur colossale ;

-le niveau des 100 au DXY, dollar index est un seuil psychologique et technique.

-l’une des questions que nous posons est celle ci : est-ce que les banques centrales ont encore la situation en mains ? Et accessoirement : est-ce qu’il y a encore une coopération internationale ? Ou encore est-ce que les USA se servent volontairement de l’arme monétaire ?

-si la dislocation contamine, par la connexion financière, les USA comme on en a vu l’ébauche en 2013, il sera intéressant de voir si ils réagissent et comment.

Une réflexion sur “Remarques sur la dislocation en cours; suivez le dollar. C’est là que cela se passe

  1. Peut-être que ce commentaire pourrait répondre à cette question. Il est aussi sur d’autre de vos articles.

    (Je vous laisse libre de corriger mon affirmation).

    Depuis 2011, j’ai l’impression qu’au lieu de résoudre la crise, on empile de plus en plus de dettes et que l’on a fait enfler de nombreux marchés et notamment les actifs virtuels.
    Bon d’accord, c’est un peu ce que nous explique monsieur Bertez.

    De plus, au-delà, la stratégie, volontairement destructrice pourrait trouver une explication dans la fa(u)meuse doctrine Wolfowitz. Le monde étant centré autour de la Fed, et de la monnaie qui peut se permettre des « déficits sans pleurs », il est vital pour les Etats-Unis d’empêcher toute opposition ou monnaie qui puisse contrer leur ignoble privilège. D’où des déstabilisations, d’où des tentatives pour empêcher des monnaies parallèles,…
    Les Etats-Unis doivent choisir entre la peste ( la répudiation des dettes) ou le choléra (
    Je crois que nous sommes aussi d’accord avec cela.

    Mais il semble que la voix qui est choisie soit celle d’assécher les économies périphériques et d’oppèrer un rapatriement des capitaux vers le centre ( New-York, La Cité de Londres) pour à la fois tenir en échec les supposés émergeant et alimenter le centre.

    Le problème c’est combien de temps cela peut-il durer, car il est évident qu’à long terme cela va conduire les émergeant à vraiment émerger et à émettre leur propre monnaie ( et en creux mener à l’hyper-inflation ou à la spoliation en UE-EU). La stratégie du grand Marché Transatlantique apparaîtrait alors comme un moyen d’étendre, ou plutôt de compenser la perte de puissance du dollars US en profitant des faiblesses structurelle de l’euro. Il serait alors possible grâce à l’implosion de ce dernier d’avoir pour le marché US un débouché, provisoire, du moins important, significativement en tout cas pour maintenir l’hégémonie du dollar et de la puissance américaine.

    La division politique, culturelle et idéologique entre les peuples et ces « élites » ( ou mafias, car ce sont des traîtres) et l’aggravation des conditions économiques, ne pourra qu’être source de davantage de tensions sociales.

    Monsieur Bertez, vous abordez de plus en plus le fait qu’il y a un risk-off sur les marchés. Mais à la moindre secousse qui endommagerait les « carry-trades » les montagnes de dérivés il y aurait une intervention des banques centrales.
    Nous sommes d’accord pour dire que d’un côté, il y a l’inflation ( des actifs, des obligations Us,…), quand de l’autre l’économie réelle ( aux rendements trop faibles et aux possibilités d’investissements pas assez important compte tenue des montants, c’est peut-être ce que Bernanke ( que je considère comme un terroriste) veut dire) est en perpétuelle contraction.
    A côté de cela, la dette fait que de plus en plus d’argent provenant de l’économie réelle doit servir à son remboursement. Mais cet argent, lui, qui cesse d’exister, provenait de la création de vrais biens, d’une vraie production, quand de l’autre trop peu de crédits sont demandé ( le risk-off dans l’économie réelle) et que seuls quelques centimes reviennent dans l’économie réelle.

    Une solution serait de faire « reset » sur la dette, ce qui permettrait de ré-évaluer d’autant plus la valeur des monnaies, provoquer le retour de la rentabilité des investissements dans l’économie réelle, bref revenir avant le moment de Minsky. Le problème, c »est que tout le monde sera ruiné.
    Alors la solution est entre l’hyper-inflation ( *) et la récession.
    Pour l’hyper-inflation: Ce qu’explique cet article comme les autres c’est qu’au final tout est à l’équilibre, les gains des uns sont les pertes (dettes) des autres. Les gagneuses, ce sont les TBTF, faux-nez de la Fed ( il me semble que c’est GS qui se partage avec deux autres banques la distribution des QEs de la Fed) et les perdants, pas simultanément et les mêmes, ce sont les autres, dans une logique « bottom-down », des initiés vers les non-initiés, des gros vers les petits, des privés vers le public.
    Augmenter sans cesse la valeur des actifs en portefeuille des TBTF, en plus de leur effacer les pertes, leur permet, ( puisqu’il bénéficient d’argent gratuit), à la fois de faire l’acquisition de nombreux titres, mais surtout d’en garantir la valeur. Leurs profits provenant alors de la revente de ces actifs et pouvant être calculés comme ( Le prix de revente – moins de coûts de l’argent emprunté par l’acheteur ( A’) moins les fonds propres) moins ( le coût de l’argent (gratuit) emprunté par le vendeur (A) moins la faible part de fonds propres ).

    Avec A>A’.

    D’où deux sources de profits: la faculté d’acheter au prix minimum ( donc être le premier vendeur ou le créateur du produit) et le taux d’intérêt.
    Traduction: le fait d’être avant les autres pour acheter et vendre tel ou tel produit et le fait d’être plus gros que les autres pour avoir un rabais de crédit
    Plus vous descendez, moins vous faites, à long terme de profit.

    Bref, ce sont les émetteurs de crédits et ceux qui en sont proches qui s’enrichissent quand les autres s’appauvrissent.
    La valeur des actifs, des petits, certes individuellement plus faible, mais collectivement bien plus importants est alors diluée, de plus en plus de dettes cessent alors d’avoir cours (certainement aussi grâce à des procédés comptables qui servent à maquiller qui doit à qui). Ainsi, sur une échelle de temps longue, plus vous êtes petit, et plus vous êtes pauvre, plus la valeur de votre cash se déprécie, mais pas la valeur de vos dettes, puisque vous remboursez à taux constant. ( si cela se trouve les taux ne sont pas bas, ce sont les rendements qui le sont).

    Quant à la récession, il s’agit en fait du phénomène inverse.
    Ici il s’agit de réduire la dette dans l’économie réelle, en n’accordant plus les prêts nécessaires à son fonctionnement. D’abord en détruisant les producteurs marginaux les moins rentables et dont les besoins en capitaux sont les plus lourds ( la « libéralisation » (sic, cela n’a rien à voir avec du libéralisme économique) des services publiques est en droite ligne de cette pensée), puis en détruisant, ou du moins en détruisant les marges de profits des entreprises rentables par un assèchement de l’économie par les impôts ou par la disparition des capitaux.

    Ces deux logiques expliquent très bien la baisse du rendement du travail ( mesuré par les marchés) et la valeur artificielle du capital qui ne marche plus qu’à la performance. ( un peu comme certains cyclistes, et pour filler la métaphore, qui ont aussi besoin sans cesse de nouveaux artifices).

    Alors, imaginez que vous vous preniez les deux dans la figure.

    Bref, il me semble, que c’est cela leur stratégie pour en finir avec les dettes.
    Mais alors ensuite que les EU et l’UE auront (encore plus fusionné)

    Tout le monde comprend l’impact sur la société, sur le monde que cela peut avoir.

    Tout va dépendre, je crois, de la gestion à court terme de la crise qui va survenir. Mais ce qui est sûr, c’est que l’on ne peut pas continuer de jouer avec des masses infinies, sans que nous n’engloutissions le réel avec.

    Mais je vais poser une question stupide.

    Pourquoi ne pas changer de système monétaire ?

    Pas un fondé sur un bien rare, l’or, l’argent adossé à une monnaie-papier. C’est bien quand il va y avoir une transition. Sur ce point, je suis d’accord avec vous monsieur Bertez. Les Chinois et les émergents ne veulent rien changer: ils veulent seulement une monnaie-papier dominante, mais pour eux seuls, taxer, lanciner, détruire, faire pourrir leurs sociétés,ne plus le subir d’acteurs étrangers certes,….. mais derrière ce sont toujours nous qui payons, ce sont toujours des individus.

    Alors pourquoi ne pas fonder une monnaie qui ne soit basée que sur une production existante et non une production future et qui cesse d’exister au moment même où cette production est détruite ?

    C’est bête, mais je serais grès aux lecteurs de ce blogue et à ceux qui en sont responsables de bien vouloir faire la critique de ce que je dis et de bien vouloir répondre à cette question.

    Et au-delà que si cette réflexion leur semble correcte qu’ils en parlent à leur entourage ou qu’ils fassent connaître ces idées et ce blogue. Bref, qu’ils agissent.
    Désolé, mais moi j’aime « le …., la …. et le rock’&roll ».

    (*) Je considère que l’inflation des actifs actuels est de l’hyper-inflation dans la mesure où, comme vous le soulignez monsieur Bertez, que c’est la performance qui a remplacé les rendements, donc que l’on a plus le contrôle sur le processus de création monétaire ( ou de fixation des taux pour attirer les capitaux) du moment que la hausse est vitale).

    Ps: Rappel: un pays ne peut pas juridiquement parlant sortir de l’euro sans sortir de l’UE en même temps.
    De plus, pour « changer d’Europe »il faut l’accord unanime des 29 états membres. Ce qui rend toute réforme du traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne impossible.

    J’aime

Répondre à Ponzitonni Annuler la réponse.