Mise au point sur ces malheureux kleptos et ploutos « sources de tous nos malheurs »

Je vois dans un livre écrit par un auteur qui apprécie les textes que je produis que j’imputerais  la responsabilité de la crise et de tout ce qui suit à une classe, les kleptocrates, les ploutocrates ou autre. Tout lecteur attentif sait que c’est un contre sens. Normalement je ne m’adresse qu’à des lecteurs attentifs.

Mon analyse est en termes de Système. Il n’y a pas de responsable. Le système est aveugle, inconscient, c’est à dire qu’il n’est pas conscient de lui-même: il est dominé non par une ou des volontés, mais par sa dialectique et sa logique. Ou si on veut par le développement de ses contradictions internes et externes. Même les volontés, dans ma conception, sont produites.

Cette logique dialectique du Système n’est efficace que parce qu’elle est non-sue, non mise à jour avec ses articulations essentielles, organiques.

Sa mise au grand jour l’aveugle comme les monstres et vampires  qui craignent la lumière. Depuis que Marx a mis à jour la théorie de l’exploitation , plus rien n’est comme avant. Depuis que Freud, Jung, Lacan ont élaboré le concept d’inconscient, l’homme n’est plus tout à fait le même. Depuis Levi-Strauss et son anthropologie sociale, les faits sociaux, la pensée humaine, ne sont plus ce qu’ils étaient. Depuis que Clouscard  a étudié la production de la société civile par le Système, la sociologie n’a plus ni le même sens ni le même objet.

D’où l’ intérêt  de la fonction de révélation ou plutôt de la prise de conscience. La prise de conscience dépasse le Savoir car elle s’inscrit dans une expérience, une trace , une histoire et surtout dans une praxis. Autrement dit, dans un engagement.

Cet inconscient du Système s’anime de sa propre combinatoire il secrète le positif et le négatif qui, en même temps permettent sa reproduction. Je dis souvent que le Système survit de sa propre dénonciation, comme la médaille n’existe que de son revers.Le concept de Système que j’utilise est voisin à certains moments de celui de structure, mais il ne se confond avec lui.

Le Système a ses gestionnaires apparents, sortes de tenant-lieux qui accomplissent sa logique sans même la comprendre. Ainsi lorsque le patron de Goldman Sachs énonce « j’accomplis l’oeuvre de Dieu  » (God’s work) sans rire,  il dit une vérité extrême, une vérité qui le dépasse.  Il pointe une sorte de transcendance. Il accomplit en effet l’oeuvre de ce qui gouverne,  l’oeuvre de la logique du Système, l’oeuvre  de l’auto-reproduction/capitalisation dans le système capitaliste  muté qu’est le financialisme.  Ce n’est pas en tant que lui même qu’il est kleptocrate ou ploutocrate, mais en tant que grand prêtre d’une religion qui est celle du capitalisme financier. Il ne fait qu’en interpréter les mystères. C’est un illusionniste qui vit lui-même dans l’illusion. Et comme tous les grands prêtres, il en tire une position sociale, il draine la part maudite du Système, son surproduit, richesses, pouvoirs et femmes.

C’est en vertu de cette conception que je m’élève contre le conspirationnisme, contre l’antisémitisme et contre tout ce qui de près ou de loin réifie et désigne  les responsables. Il vaut mieux, cela est plus progressiste.à mon avis, démystifier les rôles et les actes qu’attaquer les personnes qui elles,  sont interchangeables. A coté de la logique de cette position, il y a également un impératif éthique.

Ma conception est très pessimiste. Elle Laisse peu de place à l’action politique, révolutionnaire ou autre.

Elle est très optimiste parce qu’elle croit au pouvoir du progrès et de la diffusion des connaissances, dès lors qu’elles se fixent comme objectif le dévoilement.

2 réflexions sur “Mise au point sur ces malheureux kleptos et ploutos « sources de tous nos malheurs »

  1. Les grecs pensaient que le Destin dominait les dieux eux-mêmes.
    Bruno Bertez croit au Destin, qui produit son propre combustible, société, richesses,
    discours, en évolution rapide depuis quelques siècles, surtout les deux derniers.

    Mais au sein de cette mécanique du système apparaît « le trouble éthique de l’être »
    comme disait Levinas. Bertez l’a bien saisi, il ne tombe pas dans le matérialisme
    historique pur et simple, parle même « d’impératif éthique ».
    Il est clair que cette transcendance -là n’est pas exactement celle dont parle Goldman
    Sachs, mais plutôt le revers de la médaille au sens où St Augustin disait
    « etiam peccata.. » même les péchés servent la voie divine.
    Cela ne veut pas dire que tous les rôles se valent, entre les victimes et les tueurs.
    A moins de leur dénier toute forme d’humanité, les grands prédateurs financiers
    ont quand même tout loisir de faire leur choix…
    Et bien sûr que tous ces fonctionnaires du chaos complotent chaque jour, comme
    le décrit Bertez, à la destruction du monde! Même si les résultats cumulés rendent
    la chose de plus en plus visible. « La part maudite du système »!
    Entre les deux faces de la pièce le Destin est sur la tranche, dans la liberté de comprendre
    le choix.
    L’éthique, dans la situation où nous sommes, exige de chacun une volte-face
    dans la mesure de ses forces. La planète est petite, les hommes nombreux, les besoins
    féroces. Pendant ce temps les Goldman font tout ce que dit Bertez.
    Il y a de quoi être pessimiste, en effet.
    Peut-on , pour tout optimisme, se contenter de savoir un peu mieux de quoi on risque de mourir? Mieux vaut dire « de quoi on vont sûrement mourir » désormais les sociétés
    telles que nous les connaissions .
    Dans cette extase devant le « dévoilement » se fait jour une position à la Heidegger
    devant la question de la technique ; c’est L’Etre lui-même qui se dévoile ainsi, il n’y a qu’à laisser faire. (On comprend bien les motifs de Hiedegger par ailleurs).
    D’où vient donc le recours à l’éthique? Et s’il est sérieux, ce que je crois, comment
    peut-il demeurer l’arme au pied? Certes la position de lanceur d »alerte bien renseigné
    est de grande importance. Elle ne sera peut-être pas toujours possible, il faut la
    tenir.
    Je pense de plus en plus à la lecture de ce blog que l’exposé et l’analyse des faits trouvera
    sa force démultipliée si elle se fonde sur une recherche fondamentale qui leur
    donne un sens plus profond. C’est dans les accidents que le Destin pointe le bout
    de l’oreille. Tirons-lui les oreilles, ce sont les nôtres.

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