La Bourse est devenu un jeu de cache-cache, les régulateurs vous épient

Nous sommes dans une phase de transition complexe.
D’un coté les anglo-saxons sont sur le point (tôt ou tard) de passer sur l’autre versant du cycle du crédit, de l’autre des blocs « core » comme le Japon, l’Europe, la Chine s’engagent ou restent dans les délices du « printing » et de l’avilissement monétaire.

De toutes façons, que le calendrier des resserrements anglo-saxons soit sans cesse retardé ne change rien, le processus d’anticipation est déjà engagé, il suffit pour s’en persuader d’observer les sorties de capitaux des émergents et des périphéries. Il suffit de faire attention à la dégringolade de leurs devises. Face à la perspective d’un dollar plus rare, les flux rejoignent le Centre. Le mouvement de réduction de l’appétit pour le risque ne fait aucun doute, et refuser de le voir c’est se condamner à de mauvaises surprises, coûteuses surprises.

La baisse de l’appétit pour le risque provoque un mouvement de reflux des Périphéries vers le Centre; ou plutôt des « Périphéries » vers les « Core » et des « Core » secondaires vers le vrai « Core  » global, les Etats-Unis. C’est un peu comme le système solaire avec ses sous-systèmes. Il y a un mouvement d’ensemble et des sous mouvements secondaires qui brouillent les perceptions.

Nous avons expliqué tout cela, à la lueur de notre théorie (une abstraction, bien sur) qui distingue dans un asset financier d’une part sa valeur fondamentale et de l’autre le billet de loterie qui lui est attaché. Le fondamental, est ce qu’il est, relativement stable, tandis que le prix du billet de loterie varie en fonction de l’appétit pour le risque. Ce que l’on ferait mieux de désigner sous le nom d’appétit pour le jeu. Plus l’appétit pour le jeu est grand et plus le cours d’un asset financier peut s’écarter de sa valeur fondamentale, c’est en effet ainsi que joue le fameux Ponzi; tandis que plus l’appétit pour le jeu se contracte , moins les joueurs acceptent de surpayer et plus on se rapproche des valeurs fondamentales. Le Ponzi, c’est cela: le fait que les joueurs continuent le jeu et se paient les uns sur les autres en inflatant les primes de jeu.

Les valeurs fondamentales étant ce qu’elles sont, données ou approchées par les méthodes d’analyse financière du type Graham ou autres comme Shiller, il apparait que nous sommes surévalués de 50 à 60%. En clair, les soi disant investisseurs acceptent de payer des prix qui incluent la certitude qu’ils ne gagneront rien du tout pendant 7 à 12 ans en réel et dividendes réinvestis, pour avoir le droit de participer à la loterie. La prime que l’on paie pour exercer son appétit pour le jeu est donc considérable.

Les valeurs constatées sur les marchés sont donc la somme des fondamentales et des primes que nous appelons « de jeu ». C’est dire la somme d’une valeur fondamentale externe, exogène à l’asset, le référent, et d’un « bon de droit à écart de cours ».

La cotation des « bons de droit » dépendant du maintien de l’appétit pour le jeu, on peut considérer que lorsque cet appétit faiblit, alors on le voit, on le constate grâce au désintérêt progressif pour les véhicules les plus risqués. On vend ou bien on se désintéresse d’abord de ce qui est le plus risqué, de ce qui est de plus mauvaise qualité, de ce qui est le plus fragile. Comme sur un marché de légumes ou de poissons, quand la demande faiblit, on se concentre sur ce qui est de meilleure qualité, on devient sélectif. Ainsi sur ce marché, des divergences se creusent entre ce qui est en quelque sorte de « top qualité » et ce qui est de qualité moindre. Des divergences se multiplient à la fois au sein de l’univers que constitue le marché et dans les « spreads », c’est à dire les écarts de valorisation. Quand un marché est moins porté et porteur, la vague n’a plus la force de tout soulever.

L’unanimité haussière disparaissant, seuls certains titres ou secteurs tirent leur épingle du jeu, restent haussiers alors que de plus en plus de secteurs et titres deviennent baissiers. Il y a de moins en moins de titres qui inscrivent des « plus hauts » et de plus en plus qui inscrivent « des plus bas ». Il y a de moins en moins de titres qui évoluent au dessus de leurs moyennes mobiles longues et de plus en plus de titres qui évoluent en dessous de leur moyenne mobile longue. etc etc, vous avez compris.

L’un des meilleurs ouvrages de Greenspan s’intitule « The map and the territory ». Nous l’avons lu et relu car pour nous, c’est la clef de la pensée des régulateurs. La clef de la pensée théorique sous-jacente à leur Great Experiment.

Dans cet ouvrage Greenspan n’abandonne rien de ses thèse qui nous ont conduit à la crise, mais il franchit une étape supplémentaire, il s’interroge sur la responsabilité du déclenchement de la crise et sur la question de savoir si avec d’autres instruments , on aurait pu la prévoir et donc la traiter. L’ouvrage s’interroge donc sur le risque, la nature humaine, et le futur de la prévision, « The future or forecasting ». Tout naturellement il débouche sur une analyse et une réfléxion et surtout des pistes de recherche; sur ce que Greenspan appelle les « animal spirits », les bouffées d’irrationalité, l’esprit de jeu de « Greed and Fear ».

Ceci rejoint notre cadre théorique, c’est normal, car la lecture régulière de Greenspan l’a en partie inspirée. En partie seulement car nous avons été formé à la lecture d’Adam Smith et nous n’avons jamais oublié ce qu’il écrivait à savoir que: « tout joueur à tendance à s’éxagérer ses chances de gagner au jeu » et cela à toujours guidé nos attitude face aux marchés.

Dans « The map and the territory, Greenspan avance l’idée que lorsque les régulateurs auront intégré l »étude et le décodage des animal spirits, alors ils pourront les modéliser. Alors, les crises seront évitées et plus rien ne s’opposera à leur toute puissance. On contrôlera l’irrationalité et ainsi on pourra manipuler à l’infini. Nous sommes persuadés que le pilotage des marchés qui est effectué depuis le départ de Greenspan , depuis Bernanke et Yellen reprend ces idées. Ce qui explique la chute de ce que l’on appelle la volatilité.

Si nous ne nous trompons pas, la FED ou ses chercheurs étudient les graphiques, les charts, les consultations et recherches sur Google, les instruments techniques qui précisément renseignent sur l’humeur des participants aux marchés, sur l’état des « animal spirits », sur l’appétit pour le jeu et le risque. Ils ne subissent pas, ils étudient, analysent et pilotent. les régulateurs jouent :

-sur les quantité: la liquidité
-sur les prix: les taux
-sur la volatilité: l’appétit pour le risque

Ils ont intégré comme un feed back le comportement, les réactions, les anticipations et les humeurs des opérateurs. Tout ceci se lit dans ce que l’on appelle les données techniques des marchés.

Les chartistes, les analystes multiplient en ce moment les avertissements sur la multiplication et l’accroissement des divergences, autrement dit sur la contraction de l’appétit pour le risque et la montée subreptice de la peur. Une note récente de BOFA est très significative à ce sujet.

Nous affirmons que les régulateurs font la même chose que les analystes de BOFA et qu’ils en tiennent compte, ils l’intègrent dans leur manipulations/régulations/pilotages.

Nous sommes non pas dans le binaire, les opérateurs face aux marchés, mais dans le jeu à trois, les opérateurs, les marchés et les pilotes. Rien n’est action-résultante, tout est action-réaction-résultante. Ils ont un coup d’avance sur vous car eux sont initiés, ils savent vers ou ils veulent vous diriger. Votre savoir, votre expérience, ils l’intègrent dans leurs actions et surtout leurs paroles. Le petit bonhomme de Laplace, l’observateur modifie le réel.

Et cela leur sert, à eux, aux maîtres , à maintenir l’ordre, leur ordre. tenez vous le pour dit.

La question centrale devient donc celle ci, le fait de savoir qu’une crise est en préparation, suffit-il, suffira-t-il à l’éviter. Vous connaissez notre réponse, non! Car la gravitation, cela existe, car l’horizon ultime de l’économique ne changera jamais, ce sera toujours la Valeur, la vraie, l’incontournable, la Valeur Travail. C’est à dire la production de richesses vraies et non pas celle des signes de richesses.

En attendant, dans le monde actuel il y a de moins en moins de place pour les déviants, les rebelles, même en matière boursière. Ne l’oubliez pas.

2 réflexions sur “La Bourse est devenu un jeu de cache-cache, les régulateurs vous épient

  1. Je dirais même que les crises sont les outils indispensable a l’enrichissement. Puisque ces crises peuvent être perçu et que pour les initiés se n’est rien d’autre que l’occasion de gagner beaucoup. La crise c’est pour le monde du travail par pour celui de la finance pour qui la volatilité de la valeur lui permet toujours de pouvoir consolider et d’arbitrer son capital.
    Exemple:
    J’ais 200 actions au prix de 100 donc 20 000. J’en revends 100 a 100 se qui me fait 10 000 . La crise arrive avec une perte de 30% ou plus. Avec les 10 000 je rachète 142 action a 70. j’ais donc 242 action a 70 se qui me fait 16 940. Ma perte n’est plus de 30% mais uniquement de 15%. Si on me prête de l’argent gratuit je peut racheter non pas 142 actions mais 285 se qui me demande un crédit de 16 970. se qui me fait 385 actions a 70 et 20 000. J’ais rien perdu sinon que j’ais un plus grand contrôle sur la société et un crédit gratuit. Dans le cas ou le marché reprends 10% j’ais 385 action a 77 cela me fait 29 645. Le la crise est forte, le taux de perte est élevé, plus cela est intéressant. 🙂 🙂 :). La crise est un outil de guerre financière c’est l’unique moyen de gagner. C’est se que fit Rootchild aprés la défaite de Waterloo. La crise c’est le gain assuré pour les plus malin et ceux qui on accés aux crédit.

    Mrs Bertez vous n’êtes pas obligé de laisser le commentaire. Mais je vous propose cette exemple pour assoir vos arguments.

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  2. Tres profonde analyse et recherche de cause primaire des faits, grand merci pour tout le travail
    Votre texte fait ressortir (pour moi au moins) que le chef de l’equipe des pilotes est la fed.
    Alors, en gros, en bourse, la recette serait de suivre fidelement la fed.
    Si trop de suiveurs, a un moment donnee des contariens arrivent mais la fed toujours va les integrer dans son raisonnement et donc moduler les interventions pour eviter des changements brutaux. Fin de l’histoire bourssiere ! ?
    ( plus de fort spreds, plus de krach en vue !? )
    Les (faibles) doutes de Greenspan semblent etre une prise de conscience de la possibilite ou d’une constatation peut etre, d’une inssuffisance, l’analyse absolue pour le controle absolu de tout. Petit a petit, grace aux outils modernes disponibles on s’y raproche …
    La destination choisie par les pilotes peut elle etre devinee et refusee par les pilotes (avec accent sur dernier e ) !?

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