Chacun donne le contenu qu’il veut à « sa résistance ». Ou plus exactement, le contenu qu’il peut. Car vous savez que nos conceptions ne brillent pas par leur optimisme.
Même dans le domaine du « vouloir », on fait ce que l’on peut! Dans nos systèmes en voie de clôture totalitaire, on ne fait qu’essayer de penser ce que l’on peut. Même notre pensée est « produite ».
Le système produit notre symbolique et son agencement , c’est que nous soutenons lorsque nous affirmons radicalement que le système a pris en charge le « formatage ».
Mais peu importe à ce stade. C’est parce que peu importe que je vous livre ce texte de Marejko avec comme beau titre « résister ».
Lire, réflêchir, critiquer, tout cela c’est déjà commencer à résister.
Ce qui m’étonne, c’est que l’on ne voit pas de travail sérieux sur le recours de plus en plus généralisé au « terrorisme ». C’est comme si nos sociétés se refusaient à oser examiner cette question, se refusaient à réflêchir sur les raisons du combat terroriste, sur ses justifications théoriques; pourquoi certains groupes humains en arrivent là.
Le terrorisme est tabou, tout ce que l’on a le droit faire, c’est le rejeter, le stigmatiser. Tout ce que l’on a le droit d’être face au terrorisme, c’est « des Charlie ». Abandonner l’intelligence, la culture, … il faut se montrer paralysé.
Face au terrorisme, l’intelligence doit s’effacer et laisser la place aux émotions. Le terrorisme et l’absence de discours autre que superficiel sur lui ont pour fonction d’oblitérer, d’occulter.
Occulter quoi ? Occulter le fait qui crève les yeux , que le terrorisme est une forme de combat dissymétrique du faible au fort. Réflêchir sur le terrorisme c’est effleurer la question de l’impuissance.
La généralisation des actes terroristes pose la question du mode de résolution des conflits dans nos sociétés et bien sûr dans le monde global. Elle pose la question du Pouvoir, des Pouvoirs et des formes et des moyens de questionner ce Pouvoir. Qu’il soit géopolitique, politique, social, économique ou maintenant sous sa forme exacerbée qui englobe tout, financière.
Texte de Ian Marejko sur notre site ami lesobservateurs.ch
« Autour de moi des amis dépriment. Ils voient l’Europe et l’Occident incapables de résister. Incapables de résister à l’Islam, incapables de résister à Poutine, incapables de résister au mariage gay. Partout règne le sentiment que nous sommes emportés par un boueux tsunami qui renverse toutes les frontières. Frontières entre pays. Frontières entre les sexes. Frontières entre le bien et le mal. Et partout j’entends comme un cri plaintif : pourquoi n’arrivons-nous plus à résister ?
Mais dans le fond, faut-il résister ? Pourquoi ne pas se laisser emporter par ce boueux tsunami ? Et puis résister, cela servirait-il à quelque chose? A quoi bon s’agiter ?
Ou alors, faut-il résister en s’élançant vers un nouveau monde, en laissant derrière soi le vieux monde, l’obscurité, l’ennui des dimanches sans fin, ces propos qui s’allongent dans une infinie insignifiance. Courir avec des camarades vers un nouveau monde, quelle joie ! Ce serait une rupture profonde avec le quotidien, une Révolution pour tout dire. Comme on y a cru ! Et comme on s’est trompé ! Du quotidien, de l’histoire, de la lourdeur des jours, on ne se dégage pas facilement.
Nonobstant, le mythe de la révolution a fasciné pendant deux siècles. Aujourd’hui, au 21e siècle, nous assistons au chant du cygne de ce mythe. Lors du Printemps arabe et à Maïdan on aura psalmodié les dernières strophes de ce chant. Il a été entonné avec d’autant plus de ferveur que, dans le fond, on n’y croyait plus. Aujourd’hui, nous savons qu’une révolution, c’est des lendemains qui tuent, enferment, exterminent.
La modernité aura oscillé entre la gestion du quotidien et de fervents élans vers une terre promise pour échapper à cette gestion. Or, il est impossible d’échapper à cette gestion de cette manière, car toute révolution produit une réaction qui produit elle-même une nouvelle révolution et ainsi de suite à l’infini. Ce n’est pas ainsi qu’on sort du cours des choses, de la prose de l’histoire.
Première conclusion : la révolution s’inscrit elle-même dans ces eaux boueuses de l’histoire qui ne conduisent finalement nulle part. Elle aura été le miroir aux alouettes de ceux qui ont cru qu’on pouvait avoir le beurre et l’argent du beurre. On ne peut pas à la fois s’élancer vers une terre promise et, en même temps, améliorer la gestion de sa petite vie. C’est l’un ou l’autre. Il faut choisir.
Les révolutionnaires lisaient avec passion les journaux. Ils voulaient voir l’actualité nous amener vers cet autre monde auquel nous aspirons. Ils se trompaient. L’actualité est finalement un triste manège qui tourne en rond, « revolves around itself », dirait-on en anglais pour mieux marquer que révolution (revolve) renvoie à un cycle ou un cercle. Il n’y a et il n’y aura jamais coïncidence entre l’autre monde auquel nous aspirons et la roue du quotidien. Cette roue continuera à tourner. Quoi qu’il arrive ici-bas, ce ne sera jamais un prélude à de lumineux lendemains. Telle est la leçon à tirer de deux siècles d’espoirs révolutionnaires. Ils étaient creux, ces espoirs, et n’ont rien produit. Pire ! Ils ont produit des horreurs.
Deuxième conclusion : ce n’est pas en devenant révolutionnaire qu’on résiste. Toute révolution ne fait que laisser encore plus le champ libre au boueux tsunami de l’histoire.
Alors comment résiste-t-on ? Faudrait-il renoncer à tout engagement et suivre Platon hors de la caverne du monde par le suicide ou la méditation ?
Ce ne serait pas une mauvaise chose que la méditation, au moins dans un premier temps. Ne sommes-nous pas tous fatigués et exaspérés par ces plans de redressement pour la croissance, la paix dans le monde, un meilleur climat ? Au lieu d’un énième programme de changement, osons la retenue, un temps d’arrêt, une inspiration, qui mettraient quelque chose du ciel dans nos actions. Car ce qui est déprimant, dans nos efforts, aujourd’hui, est qu’ils sont désespérément horizontaux, proviennent de nos bas horizons et nous y ramènent.
La première forme de résistance consiste donc à ne pas répondre, lorsqu’on nous demande ce que nous proposons pour l’avenir. Fermons nos visages devant tous ceux qui nous invitent, sourire aux lèvres, évidemment, à participer à cette grande course pour le progrès qui s’achève dans le néant. Alors, peut-être, la chance nous sera-t-elle donnée d’accueillir un souffle venu d’ailleurs et qui gonflerait enfin nos voiles pour sortir du port de nos petites concoctions intellectuelles.
C’est par là que commence la résistance : le silence, le recueillement, la méditation. J’entends déjà des commentaires sarcastiques. « Comme il est nase ce type ! Il ne nous dit pas quoi faire ! » En fait, l’abruti, c’est celui qui attend qu’on lui dise ce qu’il faut faire.
Ne nous laissons donc pas impressionner ! La plupart de ceux qui ont changé le monde ont paru ridicules, insignifiants, incapables d’énoncer un programme. Le Christ devant Ponce Pilate, est resté muet. Il n’a rien expliqué, rien proposé, et ses disciples étaient très déçus par son impuissance devant les gladiateurs qui le fouettaient ou le ridiculisaient. Qu’il ait existé ou non, qu’il ait été fils de Dieu ou non, force est d’admettre qu’il a radicalement changé l’ordre des choses romaines et même humaines. A méditer
Après mon commentaire précédent, d’ordre général, un petit complément
particulier;
Il n’est peut-être pas inutile de préciser que Jan Marejko s’est montré chaud
partisan de la guerre en Irak, dont chacun sait comment, et pourquoi, elle a été
scandaleusement préparée.
Une ombre quand même sur son invitation à « résister » au mal ordinaire dont
il détaille quelques branches (l’Islam -il veut sans doute parler du terrorisme-,
Poutine -l’ennemi fabriqué-, Le mariage gay) sans bien sûr s’attaquer au tronc:
la volonté impérialiste de domination qui se cache derrière le feuillage.
D’où aussi après une prise de conscience partielle (partiale?) le refuge dans
le silence proposé comme le sommet de la dignité transcendante…
Quant à l’affirmation; « la plupart de ceux qui ont changé le monde ont paru
ridicules, insignifiants, incapables d’énoncer un programme », merci pour
Bouddha, Confucius, Platon, Alexandre, Mahomet, plus près de nous Gandhi,
Mandela, la liste est assez longue…,
Pour une vision autrement sérieuse, se reporter au texte opportunément cité
du Grand Inquisiteur de Dostoïevski (23/8). J’essaierai d’en dire quelques mots
à cet endroit.
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Ce qui m’étonne dans la présentation, c’est la vision non différenciée du terrorisme comme réponse du faible au fort.
Depuis longtemps on sait que les états savent fort bien utiliser les attentats
terroristes chez eux ou ailleurs, et même monter à cet effet des groupes
de prétendus « révolutionnaires » laissés en liberté le temps qu’ils servent leurs
« patrons ». Parfois dans le seul but d’instaurer la loi martiale. parfois à
d’autres fins. Le terrorisme est multiface.
La couverture médiatique fait qu’il est maintenant un procédé permanent,
un des aspects caractéristiques de la crise globale, annonciateur probable
de violences plus massives.
La Révolution comme horizon veut simplement oublier qu’elle signifie le
retour à la case départ. On a donné…
La pose dans le continuum existentiel et son chaos a peu de chance de devenir
un mouvement d’ampleur sans une contrainte majeure. à tout moment
possible: mieux vaudrait ne pas l’attendre. (Vœux pieux..).
Dans les moments de délabrement avancé quelque lumière peut quand même
percer ici ou là, comme « un souffle venu d’ailleurs »(sic), tel qu »en son temps
le christianisme, version désormais publique de ce qui se disait sans doute
déjà dans les cercles orphiques , mithraïstes ou autres (cela se discute ).
Si le Christ était réputé ne pas répondre aux autorités politiques, les laisser
en somme en dehors de la révélation (rendez à César….), le césaro-papisme
constantinien a vite refermé la porte après un hold-up sur la symbolique
proprement détournée. Les hommes libres n’ont jamais plu à l’Eglise ni
aux gouvernements, et nous ne parvenons pas à limiter les pouvoirs ni
l’accaparement des richesses qui en découle.
S’il s’avère qu’il est malheureusement trop tard, la mégalomanie des régents
et leur imprévoyance mettront fin au cycle occidental.
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