« La croissance Chinoise évaluée à 2% … la crise est structurelle »

Patrick Artus, économiste, directeur de la recherche et des études de Natixis. Au Journal Suisse Le temps

Le Temps: A quel point l’économie chinoise va-t-elle mal?

Patrick Artus: Pékin affronte une chute d’environ deux tiers de ses ventes à l’étranger et de ses investissements. Sa situation est très difficile, avec une perte de compétitivité extrêmement marquée, liée notamment à une augmentation fulgurante des salaires locaux. Le pays souffre d’une forte sous-utilisation de ses capacités de production: baisse des prix de ses exportations, recul des investissements, avec pour conséquence une perte importante d’emplois dans une économie fortement industrialisée. Raison pour laquelle nous pensons que le taux officiel de 7% de croissance annuelle n’a aucun sens. Notre évaluation se situe plutôt autour des 2%.

Quels peuvent être les effets de ce ralentissement chinois sur le commerce mondial?

Le système tourne en ce moment au ralenti. En termes de volumes, la croissance des échanges internationaux n’est que de 1% sur un an. Ce qui est inédit en dehors de grandes crises. De plus, les importations chinoises ayant baissé de 8% sur un an, le prix des matières premières subit une pression accrue à la baisse. Car jusqu’ici, Pékin achetait 55% de tous les métaux échangés dans le monde. Et absorbait les deux tiers de l’augmentation de la consommation mondiale de pétrole.

En résumé, comment qualifieriez-vous la situation?

De crise, non pas cyclique, mais structurelle durable. Il faudra beaucoup de temps à l’économie mondiale pour récupérer, ce qui passera par des réformes et autres réinvestissements dans les infrastructures, l’éducation, le secteur énergétique, etc.

C’est-à-dire, il y a encore trois mois le discours officiel tendait vers une reprise économique mondiale?

C’est ce que tous les acheteurs d’actions pensaient. En réalité, nous sommes dans une situation de croissance très lente, le PIB mondial n’ayant progressé que de 2% sur un an, alors qu’il évoluait autour des 5% entre 2002 et 2008. La perte de richesse à l’échelle globale est donc passablement marquée.

Au-delà du contexte chinois, les situations économiques au Brésil, en Turquie ou en Russie sont encore pires. A tel point que nous assistons à une panique des marchés. Même si la Chine a déprécié sa monnaie de 3%, ce qui n’est somme toute pas énorme, les acteurs de la bourse vendent de très grosses quantités de devises émergentes. Avec pour conséquence: une sortie impressionnante de capitaux d’Asie, d’Amérique latine et d’ailleurs. Le choc des taux de change est particulièrement violent.

Dans l’éco réelle (hors marchés boursiers), qui va être le plus pénalisé?

Les premiers perdants sont bien entendu les pays dont l’économie est parmi les plus ouvertes, comme la Suisse. Mais les grandes entreprises aux gros chiffres d’affaires – celles qui produisent dans l’OCDE et exportent vers les émergents – en subissent également les conséquences. A double titre: en raison d’une croissance quasi plate et à travers l’effet devises, le Real brésilien s’étant par exemple déprécié de 25% depuis janvier dernier.

L’agenda de la Fed (hausse des taux) peut-il changer la donne?

Je ne pense pas que cette crise soit suffisante pour inciter la Fed à renoncer à l’augmentation de son taux directeur en septembre prochain. Principalement parce que le dollar – mais aussi en présence de taux de croissance d’un peu plus de 2% et de chômage actuellement inférieur à 5% – s’est passablement apprécié par rapport aux monnaies émergentes. Tout comme l’euro face au billet vert, bizarrement. Car pour faire baisser leur devise, les émergents achètent relativement beaucoup d’euros, ce qui fait monter la monnaie européenne par rapport au dollar.

Les Etats-Unis font donc figure de dernière locomotive mondiale?

Oui, mais une locomotive pas très rapide. Rappelons toutefois que l’Inde, à l’exception de son industrie, se porte également bien. Toute comme une partie de l’Asie du Sud Est – Indonésie en tête – qui profite des délocalisations de la Chine, devenue trop chère. En Europe, l’Espagne et le Royaume-Uni tiennent également bon. Et les mécanismes actuellement à l’œuvre poussent les taux d’intérêt à long terme vers le bas. Mais c’est sans doute l’unique effet stabilisant de toute cette crise.

Une réflexion sur “« La croissance Chinoise évaluée à 2% … la crise est structurelle »

  1. Bravo ! Avec vous nous savons quasiment en temps réel ce qui se passe.
    Mais bon , il y a de grandes chances qu’on se dirigent ver un QE 4 comme l’a rappelé hier Delamarche sur Bfm.

    Après c’est toujours le bon moment pour changer de système monétaire. Pas un salmigondis de DTS, un vrai changement du concept de la monnaie qui ne soit plus fondé sur la dette et qui favorise enfin les vrai créateur de richesse , librement, sans l’intervention d’un banquier central qui en une seconde peut imprimer 1000 ans de votre travail et déprécier ce que vous avez déjà fait.

    C’est mon rêve.

    Et un jour je pense que les gens seront assez intelligent pour le comprendre et qu’un nouveau système se mettra en place.

    Prochainement ? Je ne sais pas.

    En tous cas c’est grâce à des gens comme vous et votre équipe que l’on progressera vers du mieux.

    Voilà ! Que ça soit dit et je ferme ma gueule pour de bon.

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