Ceci est bien entendu de la prospective
Nous avons conclu notre éditorial en suggérant qu’une période nouvelle commençait ou allait commencer. En effet, si comme nous l’analysons, nous avons touché les limites des actions antérieures, alors d’autres actions et réactions vont se mettre en place.
Personne ne peut deviner le contenu du futur. La réalité va produire à la fois problémes et tentatives de solutions, à la fois actions et réactions et pour finir, elle produira les résultantes de tout cela. Vous connaissez notre fameuse loi du Triangle.
Rien ne permet à ce stade de tracer les contours de la phase qui suivra, dans un mois, dans un an ou dans deux ou trois ans. Pourquoi? Parce justement nous sortirons du domaine de la linéarité, du domaine de l’extrapolation et entrerons dans le discontinu. Il y aura rupture car la continuité va devenir impossible.
Ainsi par exemple la diffculté pour les autorités monétaires américaines à normaliser va engendrer une réticence à aller plus loin dans la voie de la monétisation à tous crins , même si la déflation renforce sa pression. Certains vont refuser de courir le risque de perdre le contrôle, on peut le supposer; ils vont faire valoir que l’expérience de ces deux dernières années, avec le Taper et la tentative de hausse des taux doit servir de leçon et qu’il ne faut pas tenter le diable.
Depuis le QE2 et encore plus avec le QE3 nous vivons dans un système pervers dans lequel les marchés jouent la Fed et ont cessé de jouer la réalité. A un point tel que nous sommes complétement en position d’inversion: tout ce qui est menaçant, mauvais, est immédiatement salué et suivi par une explosion boursière haussière.
L’interposition de la Fed entre le réel et les marchés provoque cette inversion, en fait c’est la Fed qui absorbe le risque. C’est elle qui fait que les mauvaises nouvelles sont transmutées en bonnes nouvelles. Tout cela parce que l’expérience négative du Taper et de la normalisation n’ avait pas encore joué. On n’avait pas constaté, touché du doigt à quel point le cercle était devenu vicieux. A quel point on était prisonnier. On l’a constaé en juin 2013, puis en 2014 et maintenant en 2015.
Dans le cadre de cet autre chose, il se peut que les couples causes-conséquences se remettent à l’endroit c’est à dire que les mauvaises nouvelles redeviennent vraiment mauvaises et que les bonnes soient saluées comme étant bonnes. Il est possible que l’effet tampon, absorbeur de la Fed s’estompe puis disparaisse. Le prix du risque peut redevenir un prix libre, libéré, non bloqué.
De la même façon les corrélations positives et inverses entre les différentes classes d’actif, le célèbre risk-on/risk-off, peuvent se briser, se disloquer. On peut prendre conscience que tout cela c’est bonnet blanc et blanc bonnet et qu’à partir du nouveau stade, le sans-risque redevient porteur de risque. Tout cela c’est toujours du papier et de la solvabilité qui dépend de la production de richesse c’est à dire de la croissance.
La logique même de l’investissement peut se bouleverser. La dette qui a servi à batir les performances des 6 ou 7 dernières années, peut devenir la peste. Les critères peuvent basculer. On peut fuir le levier, celui qui accompagne et bonifie les politiques d’investissement, celui qui sert à créer la fausse demande et les faux chiffres d’affaires, celui qui masque les erreurs et les défaillances.