Une semaine sous le signe de Bernanke

Article Bruno Bertez  12 octobre  2015

Une semaine sous le signe de Bernanke

Les achats et rachats de la semaine dernière ne font pas boule de neige Les cours restent bien tenus , mais on ne constate nul véritable suivi. Notre interprétation est que l’on a réussi une fois de plus à éteindre l’incendie mais qu’au fond, rien n’a changé.

On a, en catastrophe, éteint l’incendie de Glencore, grâce à une vigoureuse réaction du système, réaction qui se manifeste par des annonces de ventes d’actifs ultra rapides.

On a éteint l’incendie en Chine et là bas les autorités s’efforcent de bétonner en affirmant que tous les problèmes sont réglés, que l’ordre est revenu, en particulier sur les changes et la Bourse.

On a éteint l’incendie sur les émergents et leurs devises ou plutôt on croit l’avoir éteint car dès lundi matin en Asie les ventes sont réapparues; le feu fait plus que couver sous la cendre. C’est le maillon faible du moment.

La confusion continue de régner du coté de la normalisation de la politique monétaire et les gouverneurs entretiennent le flou par des déclarations absconses ou contradictoires: on prétend qu’une hausse des taux est encore possible avant la fin de l’année mais … on ne s’avance pas à la prévoir.

Personne ne s’avise de voir la portée de tout cela: vous avez des autorités qui gèrent quasi au jour le jour, mais ces mêmes autorités n’ont qu’aucun horizon de visibilité. Avant, ils pilotaient avec idée de la route à suivre pour sortir de la mauvaise passe, maintenant ils ne font plus qu’improviser au mileu des écueils. On pare sans cesse au plus pressé, on écope, un coup à droite, un coup à gauche. La comparaison avec le Titanic est de plus en plus justifiée.

La communauté ploutocratique se disloque , l’unanimité disparait. Les institutions internationales , BRI, FMI, Banque Mondiale, OCDE, multiplient les avertissements sur les risques de la situation car elles veulent que les Etats-Unis reportent la normalisation. Les intérêts deviennent de plus en plus antagoniques .

Elles ne proposent rien de crédible, elles non plus. Tout ce qu’elles savent faire, c’est énoncer et dénoncer. En fait si on y regarde de plus près, les institutions semblent avoir compris la nocivité des excès de crédit , mais elles n’en sont pas encore à pousser au changement de pied et à inciter les gouvernements à refaire du soutien fiscal. Cela viendra, il n’y a pas d’alternative, on passe de l’un à l’autre et de l’autre à l’un. Mais peut-être qu’avant on aura essayé l’idiotie criminelle des taux négatifs.

Bernanke est de sortie ces temps-ci afin de toucher quelques cachets, mais aussi de défendre son livre plaidoyer. Il ne regrette rien, ne renie rien et ce ne sont pas ses interlocuteurs, soigneusement choisis pour leur ignorance qui vont le mettre en difficulté.

Bernanke soutient que sa politique est une réussite même si tout a échoué . Bien entendu il se donne pour titre de gloire le fait d’avoir stoppé la crise, comme l’a fait Geithner, mais personne ne lui rétorque qu’avant de pavoiser, il faut attendre. Il faut attendre la fin, la fin du cycle du crédit qu’il a initié, la fin du cycle de bulles qu’il a soufflées, la fin du monstre qu’il a nourri dans le reste du monde. On pourra parler de succès dans la lutte contre la crise financière quand la finance sera sortie de sa situation exceptionnelle, sortie de sa couveuse financière et de ses perfusions. Quand les bilans des banques centrales seront revenus aux normes historiques.

Quand on l’interroge sur la croissance faible , Bernanke nie qu’elle ait un rapport avec la crise et ses pseudo remèdees. Il nous dit que si la croissance est faible c’est à cause de la productivité qui est insuffisante. Selon lui les investisssements productifs sont insuffisants pour soutenir des gains de productivité conformes aux moyennes de longue période et il ajoute que tout cela in fine vient du fait qu’il ya peu d’occasions interessantes d ‘investir. Il ne lui vient pas à l’esprit que sa politique d’inflation des prix des actifs anciens fait concurrence aux investissements neufs, il ne lui vient pas à l’esprit que le refus de détruire le capital ancien non productif empêche la formation du capital neuf. Pourquoi prendre le risque d’entreprise, le risque entrepreneurial quand il suffit de jouer au mecano sur les marchés avec les buy-backs, les M&A, le Private Equity etc? On ne peut à la fois prétendre faire coexister un systéme ou la création de valeur est facile, purement monétaire, fictive et un système de création de vraie richesse, réelles; le premier tue le second, le capital suit la ligne de plus grande pente de la facilité.

Les explictions de Bernanke sont un peu courtes , elles devaient être poussées plus loin mais Bernanke ne le fait pas, bien sur! Ils ‘accroche à son idée d’excès d’épargne mondiale, son idée de “savings glut” sans comprendre que ce qui est excédentaire, ce n’est pas l’épargne mais la création de crédit, le crédit fait dumping sur l’épargne Monsieur Bernanke! Concrètement la classe des financiers tue la classe des épargnants et des chefs d’entreprise.

Il ne comprend pas que la performance réalisée sur l’ingéniérie financière et les arbitrages sur le capital anciens sont plus rentables que l’investissement productifs et que les financiers préfèrent, c’est évident, “ faire joujou“sur les marchés plutôt que prendre des risques d’entreprise. Le joujou avec les signes, les bits et les digits et les comptabilités est moins fatiguant et moins pénible que le travail de diriger et faire travailler des hommes. La sueur n’a pas bonne presse.

Il ne comprend pas que le soit-disant taux de profit trop bas vient du fait, non pas qu’il y a trop peu de profit , mais du fait qu’il y a trop de capital à se le partager, trop de capital fictif, trop de “capital de poids mort” lequel détourne et confisque le profit.

Il ne comprend pas que sa politique de crédit facile fausse tous les mécanismes économiques et ainsi produit une mis-allocation gigantesque des ressources; du capital ,du profit et des compétences. Bernanke est incapablede comprendre que des occasions d’investir il y en a , mais que la concurrence touche également ce domaine, les fonds vont là ou ils sont le plus rentables , facilement, avec le risque minimum. Il y a une compétition à l’investissement et si la finance avec son monopole produit une concurrence biaisiée, elle élimine le reste. Pourquoi se fatiguer à créer des emplois quand on peut gagner plus d’argent en en détruisant par les fusions, les rationalisations, les destructions malthusiennes?

Pourquoi se fatiguer à produire quand on peut fermer les usines, importer et gagner plus en faisant l’intermédiaire-distributeur? Pourquoi se salir les mains et se coltiner les ouvriers râleurs quand on peut s’enrichir dans les services bidons comme les réseaux sociaux qui rapportent cent fois plus.

Bref, Bernanke n’a rien compris, rien appris.

Une réflexion sur “Une semaine sous le signe de Bernanke

  1. La comparaison avec le Titanic est de plus en plus réaliste.

    Bernanke fait partie de l’orchestre qui continue à jouer pour faire croire que tout va bien mais tout en sachant que le navire est en train de couler, irrémédiablement.

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