Editorial. Les fossoyeurs sont à l’oeuvre

Bruno Bertez 16 octobre 2015

Editorial. Les fossoyeurs sont à l’oeuvre

Montupet, firme globale française spécialisée dans les pièces de fonderie aluminium pour l’industrie automobile risque de passer sous le contrôle du Canadien Linamar Corp. C’est une firme efficace, productive, rentable, de technologie de pointe dans son domaine. Le titre figure dans de nombreux portefeuilles de gérants sophistiqués. Le résultat est de l’ordre 90 a 100 millions d’euros par an. La firme emploie 3200 personnes dans 7 usines. Le management détient environ 37% du capital, l’age moyen des propriétaires est autour des 65 ans. La firme est valorisée environ 1 milliard.

Montupet s’ajoute ainsi à la longue, très longue liste des firmes françaises de qualité qui passent sous contrôle étranger. Nous avons à chaque fois fait la même remarque et encore récemment avec le transporteur de pointe Dentressangle, et avec  SFR et avec Nextradio,  et avec Alstom  etc. . La France vend ses fleurons, ses bijoux de famille. C’est ainsi que la France vit ou plutôt survit. Elle brade l’héritage.

Ce n’est pas d’hier, ce n’est pas nouveau, c’est ainsi depuis Giscard. Depuis qu’il n’y a plus de grands desseins, plus de Projets, depuis qu’il n’y a que la gestion à la petite semaine, gestion du chien crevé qui glisse au fil de l’eau. Depuis que l’argument des collabos internationaux est : notre petite place dans le monde ne nous permet plus d’avoir de grandes ambitions… autres que guerrières en tant que mercenaires des USA et lèche bottes supplétifs des producteurs de pétrole.

La France est un pays riche, n’en déplaise à ceux qui clament avec les loups anglo -saxons que le pays est surendetté. Son actif est considérable enraciné aussi bien dans des savoirs faire, des savoirs, des technologies, que des infrastructures, des fonds de commerce et un tissus industriel. Elle a un Système solide. C’est, malgré Cazeneuve, Taubira et sa bande, encore un état de droit. Vous n’imaginez la richesse, le capital qui est enfoui dans nos institutions de protection, nos institutions scolaires, de santé etc.

Le passif français est de l’ordre du GDP, ce qui est élevé en regard des normes historiques, mais raisonnable et supportable en regard de sa capacité de production de richesses, si bien sur celle ci était mobilisée. Ce passif est modéré en comparaison du passif des pays anglo-saxons qui ne vivent que de déficit- spending. Tout, chez eux est déséquilibré par la dette, tout ne tient que par la dette. C’est à dire par les ressources réelles qu’ils attirent à eux contre des promesses de papier.

C’est leur talon d’Achille, un point faible que seul le Général de Gaulle a compris quand il a refusé la dépendance à l’égard de l’impérialisme monétaire qui nous détruit. Les anglo-saxons ont accès au crédit gratuit puisque ce sont eux qui le produisent, au crédit sans limite puisqu’ils produisent les normes de surendettement par leurs Agences. Ils ont accès au capital puisqu’ils tiennent les règles du jeu du fonctionnement des marchés financiers.  Ils ont les lois, les pratiques et les théories qui vont avec. Et nous, nous nous soumettons pour quelques miettes partagées avec le grand capital klepto-financier-bancaire français. L’alliance entre le capital internationalisé francais et le capital anglo-saxon est l’une des données, l’une des causes de notre descente dans l’échelle des nations. Nous jouons avec des règles du jeu qui ont été concoctées par d’autres, … à leur seul profit. Et cela on le voit clairement avec la politique imbécile qui a conduit à faire de l’austérité pour réduire le poids de la dette alors qu’il eut fallu accélérer le développement par l’équipement.

La France mène une politique qui n’est pas la sienne, une politique qui la détruit.

Nous ne sommes pas pour le protectionnisme financier ou capitalistique, non, absolument pas. Tout ce  qui va dans le sens de l’efficacité du capital,  dans le sens de la production de richesses avec moins de coûts, tout cela va dans le bon sens : mais à condition que le jeu soit égal.

Nous sommes dans un monde capitaliste et même un monde de capitalisme exacerbé : on détruit les formes pré-capitalistes à la faveur de la crise. C’est celui qui connait le mieux les règles du Système, qui les assimile le mieux et qui les met en oeuvre qui survit d’abord et qui gagne ensuite.
L’efficacité dans le monde capitaliste se mesure au taux de profit n’en déplaise aux Mélenchon, Hollande et autres idiots utiles (aux anglo-saxons). L’efficacité s’obtient par l’investissement, par l’équipement , c’est à dire par la capitalisation maximum. C’est cela la règle du jeu mondial capitaliste. D’abord le profit maximum, ensuite la capitalisation maximum : point à la ligne.

Nos gouvernants ne comprennent rien, ils sont anti-capitalistes, mais pro-entreprises, ils ne comprennent pas que c’est une aberration que ce capitalisme d’entreprise, sans profit suffisant et sans capital  accumulé.  Ils veulent habiter le système capitaliste, mais sans accepter sa règle du jeu qui est

1- la recherche du profit maximum de long terme,

2- l’accumulation de capital qui permet de prendre le risque de l’investissement

3- la progression de la fortune des gens qui entreprennent

4- des règles de succession qui favorisent le maintien de la propriété des groupes efficaces.

Nos idiots utiles rêvent d’un monde ou l’on pourrait avoir les bénéfices du capitalisme sans ce qu’ils appellent les inconvénients : le vrai capital . Nous disons bien le vrai, celui qui accepte de prendre des risques, d’innover, de se remettre sans cesse en jeu, celui-là est insuffisant, cruellement insuffisant. . Et c’est pour cela que l’on accepte de faire appel aux capitaux étrangers, aux capitaux des producteurs de pétrole, aux capitaux impérialistes localisés et délocalisés.

La cession de nos entreprises, la destruction du maillage industriel, la dislocation des filières,  sont la conséquence de politiques qui, sous couvert d’être favorables aux entreprises , sont en réalité profondément hostiles au capital et à sa propriété privée.

La Gauche et la Droite se rejoignent dans ces politiques imbéciles et surtout d’un autre age. Ces politiques qui font le jeu de l’étranger et de son faux capital accumulé à crédit, ces politiques qui datent d’avant la mutation du Système des 30 dernières années.

Nous détruisons notre possibilité d’accumulation à l’intérieur par des politiques publiques à courte vue, nous ouvrons la porte aux pillards qui n’ont ni capital et ni épargne, mais n’ont que des dettes, nous cirons les babouches de ceux qui drainent nos ressources par le biais du monopole de la production de pétrole.

Les travailleurs, si ils étaient correctement guidés, comprendraient que leur avenir ne peut être assuré que par des profits élevés des entreprises, par des accumulations efficaces de capital productif, par l’enrichissement des capitalistes, par des inégalités justifiées par la fonction sociale et le service économique rendus à la collectivité. Ils lutteraient contre la masse de prélèvements étatiques qui mettent à la portion congrue le capital et le capitaliste, et l’investissement. Ils se battraient pour des règles du  jeu de la concurrence internationale non biaisées ou dissymétriques,   Ils se battraient pour avoir des gouvernements dont le seul objectif serait de reconstituer les conditions de la prospérité.

La haine du capital pousse le capital francais dans les mains et sous le joug de l’étranger, lequel est cent fois plus dur et plus exigeant,  dans tous les domaines.

Une réflexion sur “Editorial. Les fossoyeurs sont à l’oeuvre

  1. Il y avait en effet une vision gaullienne d’indépendance nationale, disparue dès
    Pompidou, le passeur de la dette aux banques privées.
    Le tandem des faux antagonistes syndicats/Etat a complètement occulté la
    progression constante du capitalisme transnational qui sait si bien transporter
    ailleurs ses investissements et ses bénéfices, exploiter « comme au bon vieux
    temps » les travailleurs des pays pauvres et licencier chez nous. Maintenant le
    revenu moyen baisse en France, l’appauvrissement devient patent, avant la saisie
    pure et simple de l’épargne pour éponger les dettes.
    Là ou j’ai du mal à suivre Bertez, c’est dans sa croyance toujours affirmée dans
    le « bon » le « vrai » capitalisme, alors que celui-ci, qui se réinvestirait localement,
    en tout cas « nationalement », devient peu à peu minoritaire, soumis, directement
    ou indirectement au grand capital spéculatif et déterritorialisé, réfugié dans
    les paradis fiscaux, clés de voûte du système, utilisant les humains comme
    des pions selon les différences locales de potentiel.
    Je répète donc, qu’au sein du capital, réalité bénéfique et naturellement humaine,
    se cache la possibilité du capitalisme, son abstraction mortelle, ennemie
    des nations, des sociétés et de l’humanité. Les Aliens ne sont pas à chercher
    ailleurs.
    « Le capitalisme est au capital ce que le cancer est à la vie. »

    Marco

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