En Guise d’éditorial Capitalisme par BRUNO BERTEZ


http://lesobservateurs.ch/2015/10/17/capitalisme/

« Au cours du débat qui a opposé les candidats démocrates,  la semaine dernière aux Etats-Unis, Clinton a déclaré :

« Quelquefois, le Capitalisme doit être sauvé de lui-même, c’est notre tâche que de limiter les excès du capitalisme, de telle façon que tout ne se détraque pas et qu’il ne cause pas le genre d’inégalités que nous voyons maintenant dans notre système économique ».

“Sometimes Capitalism must be saved from itself” and “It’s our job to rein in the excesses of capitalism so that it doesn’t run amok and doesn’t cause the kind of inequities that were seeing in our economic system.”

Nous sommes au cœur du sujet, au cœur de la problématique de notre époque. Les dirigistes, les étatistes, les constructivistes, les socialistes, n’ont cessé de perturber le fonctionnement du capitalisme. Ils l’ont fait par le mensonge institutionnel qui a consisté à dépenser plus qu’ils n’osaient prélever fiscalement. Un mensonge institutionnel qui consiste à faire croire que l’on peut donner aux uns sans prendre aux autres ; qui consiste à faire comme si  l’argent tombait du ciel grâce à l’endettement. Tous ces gens malhonnêtes ont voulu acheter les voix de leurs clients naturels et, en même temps, ne pas se priver de celles des classes moyennes, des voix de ceux qui sont indécis et que l’on appelle le marais. D’où le subterfuge. On distribue bien à ses clients, mais on ne prend pas à ceux qui font l’appoint pour constituer la majorité qui donne le pouvoir. On achète en quelque sorte le droit de gouverner par le crédit.

L’ennui est que le crédit se capitalise, la dette s’auto-accumule par le jeu des intérêts composés et,  peu à peu, le système se bloque, il croule sous le fardeau du stock de dettes, de la charge de l’intérêt. Les travailleurs qui devaient être les bénéficiaires de ce système fondé sur la dette et le report des charges sur le futur, les travailleurs commencent à subir les prélèvements destinés à assurer la viabilité/solvabilité  du système. Ils subissent non seulement le prélèvement du capital, mais celui de l’Etat. Et celui de l’Etat finit par être tellement lourd qu’il dépasse celui du capital. Le système se déséquilibre, son harmonie est rompue, les revenus des travailleurs deviennent insuffisants pour faire tourner la machine économique, les profits deviennent  insuffisants pour investir dans les équipements neufs et mettre les hommes au travail. Le système se bloque, il s’asphyxie, c’est ce que nous voyons, ce que nous constatons, ce dont nous souffrons.

Pour repousser les limites de ce système, les banquiers ont une solution. Il faut faire de l’inflation de crédit, créer toujours plus de dettes et, pour que cette dette soit supportable,  il faut supprimer la rémunération qui devrait normalement revenir à l’épargne, d’où les taux zéro, d’où la suppression de la rémunération de la prévoyance. Pas la suppression de la rémunération des banquiers bien sûr. Eux sont prioritaires, c’est le jeu de l’usure. C’est ce que l’on fait depuis 2008 de façon accélérée, mais en fait, on a commencé vers la fin des années 80.

Ce système n’est pas le capitalisme, mais sa perversion socialiste, dirigiste, malhonnête.  Le capitalisme a structurellement à voir avec la bonne gestion, comme on la pratique dans les bonnes entreprises. On ne dépense pas plus que l’on a,  ou pas plus que l’on ne prévoit d’avoir. Le capitalisme a à voir avec les limites à la gabegie, limites aux promesses et limites aux repas et rasages gratuits. Dans le capitalisme, il y a la notion de rareté qui est omniprésente. Le capitalisme se coltine la rareté du monde réel, de façon saine, par le travail, l’épargne, l’investissement, l’innovation, la productivité et la gestion honnête.

Le socialisme dans sa version moderne, c’est à dire sa version sociale-démocrate cherche à attraper les mouches-électeurs avec du vinaigre, c’est à dire par des promesses, il nie le réel, il nie la rareté,  il nie l’effort, il promet l’abondance et le paradis  sur terre.

Dans le capitalisme, le bonheur est toujours pour demain car il faut faire le détour des études, du travail et de l’investissement productif pour pouvoir enfin jouir. On économise d’abord et on profite ensuite.

Dans le socialisme, c’est l’inverse exactement: c’est on jouit d’abord, et on… essaie de ne pas payer ensuite. D’où le lien entre le socialisme et le surendettement, d’une part, et la dévalorisation organisée de la monnaie, d’autre part. On repousse, on retarde, on utilise tous les subterfuges. D’où le lien étroit qui unit les socialistes et les banquiers. Les banquiers de tous temps ont adoré les pouvoirs dispendieux. L’ascension des banquiers, ce sont les avances aux rois. Ils adorent leurs clients/gouvernements  et en sont solidaires… pour vous faire payer.  Le socialisme, c’est le fonds de commerce du banquier puisque le banquier c’est celui qui prétend (et permet) que l’on peut  profiter de tout, tout de suite. Regarder leurs publicités en faveur du crédit à la télévision, c’est toujours tout, tout de suite, sans effort et bien sûr,  sans contrepartie dans le futur, la peine du  futur est escamotée.

Le socialisme, c’est l’excès de dépenses non couvertes, l’excès de crédit, l’excès de fausse monnaie car le socialiste ne peut jamais prélever par l’impôt autant qu’il promet pour être élu. S’il tentait de le faire, il ne serait jamais au pouvoir ; or, du pouvoir, il en veut! Le socialisme, ou la perversion financière du capitalisme, produit des booms, des euphories  de crédit et inéluctablement des busts, des crises déflationnistes. Comme maintenant. Et plus le « boom » a été grand, plus il a été long et plus le « bust » est lourd, pénible, douloureux.

Le bust ouvre un abime de récession sous nos pieds, un abime sombre, effrayant. C’est cet abime qui s’est d’un seul coup creusé en 2008, après 25 ans de débauche de dépenses non couvertes, reportées. En 2008, est venu le jour des comptes, « the day of reckoning ». Affolés, terrorisés à l’idée de perdre leur place, à l’idée du bouleversement social, à l’idée de voir leur tête au bout d’une pique, les politiciens ont confié les pleins pouvoirs aux banquiers et à leurs chefs, les banquiers centraux.

La politique à laquelle il nous est donné d’assister depuis 2008 n’est pas capitaliste, c’est une politique de dirigisme monétaire dont le seul objectif est de sauver la mise des expériences et des dérives socialistes, lesquelles conviennent si bien aux classes non pas capitalistes, mais aux classes klepto-ploutocratiques et aux employés de l’Etat.

Cette politique se donne pour objectif d’éviter ou de repousser la faillite, les faillites, celles des gouvernements et celles des banques aventureuses qui ont délaissé les règles du banking orthodoxe.

Le socialisme est attrayant, il séduit. Qui ne serait séduit par les repas gratuits, par les distributions, par  les redistributions? Même les migrants du bout du monde le comprennent, eux qui viennent chez nous suivre la ligne de plus grande pente du moindre effort, de la sécurité et du free lunch.

C’est par une pirouette de la propagande que les vices de la situation présente sont imputés au capitalisme alors qu’ils en sont la négation destructrice. Mais le mensonge réussit bien mieux que la vérité, car il va dans le sens de ce que les gens veulent entendre, il les flatte et leur permet de continuer de se bercer d’illusions.

Ce n’est pas le capitalisme qui nous a précipités dans la crise, mais la sociale-démocratie menteuse et tricheuse avec les grands équilibres de gestion. Ce n’est pas du capitalisme que cette financiarisation à outrance qui nous submerge.  C’est du socialisme pervers, c’est de l’inflationnisme du crédit, permis et fabriqué par les banquiers et leurs chefs, les banquiers centraux. L’activisme des banques centrales est  la condition de perpétuation de ce système inique, malsain, immoral, qui permet à ceux qui ont accès direct aux robinets financiers de s’enrichir sans produire.

Le gâchis actuel, car c’est est un, terrible, on le verra d’ici quelques courtes années, vient de la rencontre du socialisme, de l’activisme des banquiers centraux et de l’inflationnisme qui a envahi les esprits. Ce n’est pas le capitalisme que les banques et leurs chefs essaient de sauver, ils en sont les fossoyeurs, non,  ce qu’ils essaient de sauver, c’est le système qui fait leur fortune, le système qui les enrichit. Les Greenspan, les Bernanke, les Fischer, les Yellen ne sont pas des capitalistes, ce sont des bureaucrates, des apprentis sorciers qui ont vendu leur conscience au diable de la politique et des ultras riches. Le capitalisme ne peut fonctionner dans un environnement de fausses théories, de fausses monnaies, de débiteurs  insolvables, de marchés manipulés et de comptabilités truquées.

Les Maîtres ont tout, absolument tout, détraqué, ils ont détruit tous les mécanismes régulateurs, tous les ajustements spontanés, tous les signaux correcteurs qui déclenchent les rééquilibrages. Ils sont responsables du gaspillage des ressources, du chômage, de l’accroissement scandaleux des inégalités, de la destruction en profondeur des démocraties, des tensions sociales, régionales et géopolitiques et des guerres à venir.

L’Histoire ne sera pas tendre avec eux.

Bruno Bertez, 17 octobre 2015

Un commentaire

  1. Posté par fergile le 18 octobre 2015 à 00h44

    Très joli texte et tellement agréable à lire tant ces constatations de simple bon sens sont absentes de la plupart des médias, même en ligne et dits de réinformation.
    Le marxisme a semble-t-il épargné certains esprits et il est bon qu’ils s’expriment.

Une réflexion sur “En Guise d’éditorial Capitalisme par BRUNO BERTEZ

  1. C’est clair que les revenus des travailleurs sont devenus insuffisants surtout lorsque ces derniers doivent à leur tour employer une autre personne.

    Imaginons une entreprise de services qui vend son employé à d’autres entreprises dans les 500 euros HT par jour. Devant la lourdeur du système, cet employé ne touche plus que dans les 100 euros par jour en salaire net. Sachant que s’il veut employer une personne similaire mais dans une autre compétence et faisant parti d’une autre entreprise, il faut qu’il débourse le même prix voir plus avec la TVA, comment ce dernier peut-il employer à nouveau quelqu’un s’il faut qu’il travaille 4 à 5 jours pour espérer avoir seulement 1 journée de travail de quelqu’un d’autre ? A ce prix-là, je ne suis pas acheteur.

    Voilà, pour moi, une des raisons du chômage et qui grippe le système car, dans le système actuel et dans cette société de la connaissance, il devient, je pense intéressant d’arriver à avoir du temps pour soi pour faire les choses soi-même, même si elles sont un peu complexe et qu’on y passe 2 à 3 fois plus de temps.

    Par chance ce qui maintient le système à flot, c’est la production de masse d’objets peu cher.

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