Qui veut faire l’ange fait la bête

  • Jean-Pierre Chevènement était l’invité de Public Sénat, lundi 12 octobre 2015.

  • Voici notre commentaire , scandaleux ci dessous inséré en italiques.

  • Le terrorisme ne peut se combattre avec des bombes guidées au laser, parce que le terrorisme vient de très loin. Il y a tout un passé, toute une histoire, tout un ressentiment. Il y a eu des réponses diverses adoptées dans le monde arabo-musulman au défi de l’Occident. Et c’est sur la base d’une réponse identitaire d’un courant, le courant salafiste, que la réponse du terroriste djihadiste s’est développé. Mais il y avait d’autres réponses, il faudrait peut-être s’interroger sur le fait de savoir si les pays Occidentaux n’ont pas eux-mêmes contribué à allumer le brasier, par des interventions tout à fait discutable et inappropriée. Je pense aux deux guerres menées contre l’Irak, qui ont abouti à la destruction de l’Etat irakien, et à l’épanouissement d’abord d’Al Qaeda, puis ensuite de Daesh. Ces Etats, je pense à l’Irak, mais aussi à la Syrie, n’étaient pas vraiment vivables pour leur population. Peut-être que l’on aurait pu agir autrement : exercer un magistère d’influence. Il y avait des possibilités. Elles n’ont pas été explorées quand cela était possible, il y a très longtemps

  • J’ai souligné la question essentielle que Chevènement esquive tout en ayant le courage de l’évoquer: « c’est sur la base d’une réponse identitaire d’un courant, le courant salafiste, que la réponse du terroriste djihadiste s’est développé » . Le mot important est identitaire. c’est la clef de la compréhension de la situation. il y a des peuples, des nations ou des fractions de nations qui ne veulent pas passer sous la moulinette occidentale, qui considèrent que notre projet de civilisation ne leur convient pas. Ces peuples sont sous le joug de tyrans ou marchands ou élites occidentalisées, ils n’ont pas les moyens de faire entendre leur voix car leurs régimes ne sont pas démocratiques , et ces régimes sont soutenus par les occidentaux pour des raisons économiques. Ce sont des faibles face aux forts. Pour rallier à leur cause, ils utilisent l’obscurantisme religieux, c’est un moyen d’unifier et de recruter. Dans le monde moderne dissymétrique, la réponse du faible au fort ne peu être que la terreur et la menace barbare. Le religieux est un leurre, un drapeau, ceux qui ont lu les premiers textes de Bin Laden le savent. Le point central qui n’est pas analysé c’est la volonté de vivre selon la Charia et non pas sous le régime de la démocratie libérale  marchande. L’analyse de Chevènement pourrait être radicale, mais alors , il sortirait du jeu politique, or il a choisi d’y rester.
  • Aujourd’hui, il faut arriver à rendre vivable l’Irak. Je suis allé en Iran il y a une quinzaine de jours, et j’ai prêché auprès de mes interlocuteurs pour un Irak fédéral, parce que le problème, c’est que les régions occidentales de l’Irak sont peuplées de sunnites, qui ont fait l’objet d’une politique extrêmement sectaire de la part du gouvernement à majorité chiite, mis en place après l’invasion américaine. Et par conséquent, si l’on ne veut pas essayer de comprendre les motivations qui sont derrière un certain nombre de réactions, on ne trouvera pas les médecines appropriées.
  • Le terrorisme est d’abord justiciable d’un traitement politique, et accessoirement militaire – je ne suis pas contre si c’est nécessaire. Mais j’ai toujours été pour un usage proportionné de la force, et pas pour un usage indiscriminé, car on ouvre une boîte de Pandore, et après on ne contrôle plus.
  • Le traitement politique ne résoudrait pas les problèmes, car la révolte et le refus sont au delà, du politique. c’est toute une conception de l’homme, de la vie en société, des rapports sociaux, humains, qui est en cause et en jeu. Nous sommes dans la différence radicale, irréductible , celle qui fait le sens de la vie. La question que personne ne veut poser , même Chevènement ,qui se veut identitaire, est celle ci, as-t-on encore le droit, dans le ONE WORLD,  la possibilité, d’être différent et de se battre à mort pour avoir la possibilité de l’être. D’être ce que l’on est . 
  • Dans une affaire comme celle-là, nous sommes en présence de plusieurs acteurs, qui ont des objectifs différents. Les Russes soutiennent Bachar Al Asssad. Les Américains préféreraient s’en passer. Les Turcs en ont surtout après les Kurdes, et à la limite, Daesh, ils les ont généralement approvisionné. Il faut avoir une vision complète du champ, savoir qu’il y a ce conflit sunnite/chiite, Iran/Arabie Saoudite, mais derrière il devrait y avoir une réponse concertée, parce que Daesh est une menace pour le monde entier, et par conséquent on devrait avancer au niveau d’une gouvernance mondiale pour trouver une meilleure coordination.
  • Chevènement montre le bout de l’oreille, « il faudrait une gouvernance mondiale » …pour imposer le rouleau compresseur, le laminage de et par  l’ordre libéral  marchand. C’est ce qui fait l’ambiguïté de son positionnement et le fait que politiquement, électoralement il finit toujours par soutenir la deuxième gauche alors qu’il est de la première. Il  fait toujours l’appoint qui permet à ses soit-disants ennemis de l’emporter et finalement de renforcer ce qu’il prétend honnêtement combattre. Ce n’est ni mauvaise foi, ni opportunisme tactique, c’est de l’insuffisance de rigueur. Il faut en effet une singulière audace pour pousser la logique à son extrême
  • Nous ne sommes pas les amis de Bachar Al Assad, mais il faut savoir hiérarchiser les priorités. Je crois qu’il y a une priorité évidente, aujourd’hui, c’est d’éradiquer Daesh. Et c’est une menace pour le monde entier. Je viens d’apprendre que des attentats auraient peut-être été déjoués à Moscou. D’autres ont été commis en Turquie, et il est quand même probable que Daesh soit derrière, même si le gouvernement turc n’a pas pris toutes les mesures de sécurité qui s’imposaient.
  • Peux-t-on éradiquer ce qui fait le fond, la raison d’être de Daesh? Oui,  Daesh on le peut, mais comment éradiquer ce qui fait le ressort de Daesh? Comment éradiquer le refus , la révolte lorsqu’ils sont une lutte à mort pour exister en tant que ce que l’on est
  • On m’a posé la question à Téhéran : si vous éliminez Bachar Al Assad en Syrie, qu’est ce qui se passe ? Vous pensez franchement que Daesh ne va pas rentrer dans Damas ? Je pense que cette question se pose. C’est une situation compliquée, où vous avez Daesh, Bachar Al Assad, et ce que l’on appelle l’Armée de la Libération, dominée par Al-Nosra, qui se rattache à Al Qaeda… On ne peut pas dire que ce soit des gens très sympathiques ! Au moins Bachar ne veut pas instaurer un califat.
  • Voici ce qui montre, par défaut, la justesse de notre interprétation. il s’agit de lutter contre l’instauration d’un ordre différent, non marchand, peut être rétrograde, peut être barbare, peut être inférieur, non dominé par l’Intelligence des Lumières, qui serait le Califat
  • L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête (Pascal). En définitive, je pense que Saddam Hussein, sur lequel on aurait pu exercer une influence, et on le pouvait dans certaines circonstances, a coûté peut être dix mille fois moins de victimes que les deux guerres qui ont été faite, et au blocus, l’ensemble aboutissant à la destruction de l’Etat irakien et à une guerre interconfessionnelle qui n’est pas terminée.
  • Non ce n’est pas une guerre interconfessionnelle, cela en a les apparences car c’est ainsi qu’il est commode de la représenter. C’est une guerre entre les défenseurs  d’un ordre comprador , pillard, vassal des anglo-saxons  et les résistants partisans d’un autre ordre. Il suffit de regarder d’ou viennent les fonds et les mercenaires.
  • Je pense qu’en politique il faut distinguer les plans. La morale c’est bien, mais il faut savoir distinguer la politique et la morale. Et il faut savoir prendre ses responsabilités.
  • Rien à dire, nous sommes dans le fameux pragmatisme politique, celui qui est au dessus de la morale;  ce qui n’est pas grave, mais au dessus de la Vérité efficace, ce qui l’est plus. Le débat n’est ni moral ni politique, il est philosophique.

Une réflexion sur “Qui veut faire l’ange fait la bête

  1. « A-t-on encore le droit, dans le ONE WORLD, la possibilité, d’être différent… D’être ce que l’on est ? »
    L’Empire et ses vassaux s’y oppose avec leur créature « le nouvel ordre mondial » mais ce qui
    se passe, notamment au proche-orient, montre que ce plan « Orwellien » a échoué et qu’il continuera à échouer.

    Oui, chacun doit avoir la possibilité et le droit d’être différent tant que chacun respecte la vie et l’intégrité des autres ainsi que leurs croyances.

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