Editorial : « ILS » n’ont plus le choix

Titre : »ILS » n’ont plus le choix, ils font semblant d’hésiter pour sauver la face; ils obéissent à la Nécessité.

Il faut des nerfs solides et une conviction inébranlable dans ses analyses pour tenir la position que nous tenons depuis des années; position qui se résume de la façon suivante: nous allons à la catastrophe, mais comme la seule arme utilisée pour lutter contre cette catastrophe est monétaire, alors les prix des actifs financiers ne peuvent que monter. Pire, l’utilisation de cette arme monétaire rend cette catastrophe de plus en plus nécessaire et elle augmente jour après jour l’ampleur des futurs dégâts.

Depuis le krach du mois d’août, nous répétons inlassablement que les autorités monétaires vont être une fois de plus obligées de renforcer et étendre leurs largesses. Nous avons exprès passé un texte du défunt Chief Economist de l’UBS qui allait dans ce sens afin de convaincre les indécis et de faire basculer leurs convictions. Nous luttons sans cesse contre le millénarisme, rappelant cette évidence, « ils ont les moyens de retarder ». Nous avons même expliqué que Pavlov était toujours là et que les chiens des marchés ne savaient rien faire d’autre que saliver quand sonnait la cloche de la crise puisque cette cloche annonçait une nouvelle ration. Bref, pour résumer une énième fois, nous affirmons que « Vive les crises », elles en enrichissent certains. Elles enrichissent la Communauté Spéculative globale.

Tout va mal dans le réel, la déflation redouble, les taux de croissance sont révisés en baisse, l’incertitude revient en force, des pays hier prospères basculent dans le chaos, et les Bourses mondiales s’envolent. Que dire de plus pour faire comprendre ce qui se passe? Le Nasdaq 100 est maintenant le vrai phare global, ce n’est plus le S&P 500, ce Nasdaq 100 vient de faire un bond de 4,2%, cela résume et symbolise tout. Depuis le krach du mois d’août, il a grimpé de… 22%. En une séance, les cours des Google, Amazon, Microsoft ont inflaté de 100 milliards, vous lisez bien 100 milliards. On s’est précipité sur tout ce qui avait chuté, on s’est arraché ce que l’on appelle le « risk », on réclame des junks, des high yield, l’argent afflue dans les véhicules pourris comme si rien ne s’était passé, pire, il n’y en a pas assez pour tout le monde! C’est un afflux record qui fait écrire à Bloomberg, alors que le mois n’est pas fini: c’est un mois record pour les ETF de junk. Attention, cela ne veut pas dire que le fond du marché monte ; non, ce qui monte, c’est la pourriture, c’est le risk et ce qui était vendu à découvert.

Tout est à l’unisson, les cours de Bourse, les commentaires, les recommandations, les pseudo-analyses. Finies, derrière nous, les craintes sur la Chine, sur les monnaies des émergents, sur les firmes en faillites, l’optimisme est revenu, nous dirions plutôt que le cynisme a franchi une nouvelle étape. Plus c’est grave, plus on tutoie le gouffre, et plus on s’enhardit car on a compris et c’est cela la nouveauté, le monde financier, même les plus stupides, même les moins sophistiqués ont compris. Le gouffre béant de la fragilité du Système a été entrevu en Août et c’est ce qui a déclenché à la fois la réaction de panique des autorités et l’enthousiasme de la foule qui fréquente les marchés. Les vautours de la crise, ceux qui se nourrissent des dépouilles des gens raisonnables, mais imprudents qui vendent à découvert, les vautours se sont régalés, dépeçant becs et ongles. Car pour les fondamentalistes et partisans de la thèse de la Grande Réconciliation, ce fut un bain de sang. Nous ne le dirons jamais assez, le Système se nourrit du sang de ceux qui croient le protéger en étant plus raisonnables que les autres et qui essaient encore de contrer la Grande Folie.

Les propos d’un Draghi ont précipité des fortunes sur le marché des changes à la baisse de l’euro, jamais paroles n’ont provoqué à la fois pareils enrichissements et pareilles ruines. L’euro en quelques secondes a chuté de 300 Pips! Relançant le carry trade jusque sur les véhicules les plus pourris, plombés par le niveau des commodities. Des trillions ont été inflatés en quelques heures. A ce stade, il n’est même plus question de morale ou de moralité de la spéculation, tout , absolument tout est permis. Jamais on n’a vu un tel transfert de richesses. Et les idiots qui en sont encore à calculer et grappiller quelques milliards dans les budgets, comme si cela était encore à l’échelle des problèmes et surtout des risques. Combien paraît dérisoire l’effort des gouvernements qui prétendent chasser les quelques milliards qui restent dans les poches des contribuables normaux!

Ce qui s’est passé, c’est la Révélation, révélation que nous serinons depuis des années et des années, à savoir que les responsables de la conduite des affaires sont dans l’impasse, ils n’ont plus aucun choix, c’est marche ou crève. Il sont dans la bouteille, ils sont dans la seringue, ils ont le dos au mur, il faut qu’ils s’exécutent et qu’ils donnent ce que les marchés-rois, maîtres du monde, demandent et ce qu’ils demandent, c’est toujours plus de liquidités gratuites, toujours plus de QE, toujours plus de taux d’intérêt négatifs. Que l’on ne s’y trompe pas, c’est ce qui est en cours, c’est la promesse sous jacente aux propos de Draghi et aux débats au sein de la Fed; on parle même ces dernières heures de la possibilité pour la BCE d’envisager, comme la BOJ, d’acheter des actions et non plus seulement des obligations. Faut-il que la situation soit grave pour que l’on évoque de façon crédible pareilles mesures extrêmes.

Les responsables de la conduite des affaires organisent de faux débats, de fausses questions et réponses, de fausses divergences, pour faire croire que c’est incertain, qu’ils ont encore le choix et qu’ils conduisent encore quelque chose! Billevesées, ils n’ont plus aucun choix et c’est parce que cela se sent, se perçoit, que les choses s’emballent. Ils développent des thèses de plus en plus mensongères et absurdes, comme Bernanke dans ses interviews, pour faire croire qu’ils choisissent alors qu’ils sont dans la Nécessité.

Après la bulle des Telcos, il a fallu inflater nécessairement par le biais des hypothèques et des GSE, la bulle du logement. Après l’éclatement de la bulle du logement et le sauvetage des GSE, il a fallu inflater la bulle des fonds d’Etat, puis la bulle des actions et du high yield, et celle de l’ingénierie financière, puis celles des émergents et de la Chine. L’ennui est que la bulle s’est déplacée, elle a migré sur les marchés et elle n’est plus restée cantonnée aux systèmes bancaires classiques et shadow, et maintenant qu’elle est sur les marchés, ce sont les marchés qu’il faut sauver, empêcher de chuter. Car si les marchés chutent, les banques chutent en retour! La bulle a migré de lieux et d’institutions sauvables et renflouables vers les marchés colossaux de centaines de Trillions volatils, capricieux, mal financés, soumis aux « animal spirits » imprévisibles. Et surtout soumis à la pesanteur de la réalité. Car nous sommes dans l’impossible. Ce qui s’est passé en Août, et qui est passé inaperçu des médias et des gouvernements, est terrible: les marchés ont crié haut et fort, sauvez-nous, sinon nous faisons tout sauter. Vous n’avez aucun choix, c’est à prendre ou laisser, tout ou rien.

Nous vous rappelons, sans fierté et avec tristesse, notre premier commentaire lorsque nous avons analysé la voie suivie par les autorités après la crise de 2008:  «  ils ont brûlé leurs vaisseaux, sur la voie choisie, il n’y a pas de retour en arrière ».

Une réflexion sur “Editorial : « ILS » n’ont plus le choix

  1. Ce qui est “ennuyeux” avec vos commentaires beaucoup plus intelligement exprime et plus fouilles
    C’est non-seulement que vous avez TOUJOURS raison et que je pense et adhere 100% sans hesitation comme vous.
    Et c’est terrible et angoissant de savoir Il n’y a aucun espoir de changement ni de solution a cette crise tant que l’alliance diabolique entre:
    les banques centrales, les gouvernements et multinnationnales qui dirigent et profitent de ce systeme, et FONT ce systeme.

    Je ne peux encore et toujours que vous remercier pour vos commentaires courageux et éclairés.

    Mon voeux le plus cher et que vous soyez de plus en plus lu et compris malgré la main mise sur tous les medias par les différents acteurs, profiteurs de cette plutocracie.

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