On peut lire pour « consommer » de la lecture; on peut lire pour « investir » par la lecture. Investir en quelque sorte dans soi même, dans son propre perfectionnement, dans son « achèvement » pour oser un anglicisme.
Quand on lit pour consommer, le produit que l’on consomme est une sorte de savonnette, « qui se prend et qui se jette ». Nous sommes alors dans le bio-dégradable.Quand on lit pour investir, la démarche est totalement différente, non seulement le produit ne se jette pas, ne s’use pas, mais il bonifie au fur et à mesure qu’on le prend et le reprend en mains. Il y a toujours quelque chose à creuser, à approfondir. Et surtout à assimiler.
Valery disait que la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié, cela est d’une richesse que l’on ne soupçonne pas. Ce que nous en retenons c’est cette idée que la culture n’est pas du domaine de l’avoir, mais du domaine de l’être, elle construit ce que nous sommes, notre être, notre personne. Elle fait partie de nos structures inconscientes. Ce que nous retenons c’est que la culture n’est pas du domaine du psittacisme, elle se vit, elle ne se manie pas, d’ou l’intérêt de mettre l’accent sur l’oubli , c’est à dire le fait que cela est intégré et fait partie de ce que l’on est.
Pourquoi cet éclairage ? Parce que je réflechissais à la raison qui me conduisait à publier certains textes difficiles et donc sur l’élitisme. Il est évident que beaucoup de textes sont d’accès difficile, ce sont des textes dans lesquels il faut investir: On ne les lit pas en lecture rapide.Et puis il faut un bagage culturel, historique, conceptuel etc. Pour accéder à ces textes il faut parcourir un certain chemin et quelque fois, la pente est non pas descendante comme dans les médias MSM, mais fortement montante. Il faut être comme l’on dit, motivé.
La théorie scientifique de la communication démontre qu’un message complexe à fort contenu informationnel, un message riche ne peuvent malheureusement être accessible au plus grand nombre. C’est la théorie de la communication qui permet de comprendre le pourquoi et le comment du discours politique, pourquoi il est vide et n’est qu’un discours d’évidences. Ecoutez Fabius ou réécoutez Giscard, vous comprendrez tout de suite. Avec 150 mots et très peu d’idées, on ne dit pas grand chose. Un discours pour le plus grand nombre doit pour passer, être pauvre, il doit faire appel à l’évidence et aux émotions, bien souvent et malheureusement . C’est ainsi que sont conçus les discours de propagande. Le locuteur s’adresse à tous, au plus grand nombre, à la masse.
Pour diffuser un message complexe, à contenu fort et riche il faut utiliser d’autres techniques, celles de relais. il faut accepter l’idée que la cible est non pas un maillage à plat ou tous les récepteurs se valent, mais une cible hierarchisée. C’est l’idée que ce que l’on a en face de soi, c’est un système pyramidal avec des pôles, des sommets qui sont la cible première, des relais, des redistributeurs, des prescripteurs etc Il faut sous cet aspect être anti démocratique, élitiste. Les sommets des différentes pyramides qui constituent le tissus social sont eux mêmes autant de redistributeurs, de relais qui transforment, digèrent et passent le message de façon adaptée à la compréhension de leurs proches. Avec un code adapté puisqu’ils sont proches et se connaissent.
Le monde est ce qu’il parait être et en même temps il n’est pas ce qu’il parait être. La connaissance vraie n’est pas une donnée, c’est un effort, un travail. C’est un dépassement dialectique toujours à recommencer. Il faut beaucoup de temps et des générations pour arriver à l’idée que la terre est ronde, pour comprendre que la table qui est devant vous, aux niveau des atomes, c’est du vide etc; il faut du temps pour comprendre que ce que l’on appelle la sociale démocratie est la forme la plus aboutie, à ce jour, de la société d’exploitation par le grand capital financier.
Il faut passer le scalpel de l’intelligence dans le réel pour y avoir un accès de plus en plus fin, vrai et efficace.
Bonjour,
Même si je crois avoir compris votre préoccupation dans la rédaction de cet article, une phrase m’a cependant accroché : « Il faut sous cet aspect être anti-démocratique, élitiste » ; l’expression « sous cet aspect » renvoyant à l’incontournable hiérarchisation des cibles lorsqu’on diffuse un message complexe.
Même si l’élitisme est défini par le Larousse comme une attitude ou politique visant à former et à sélectionner les meilleurs éléments d’un groupe sur le plan des aptitudes intellectuelles ou physiques, aux dépens de la masse, ça me gêne d’admettre que la recherche des mécanismes de manifestion de la réalité (je prends la précaution de ne pas utiliser le mot vérité) serait anti-démocratique. Car son contraire (une démarche démocratique) consisterait alors à refuser in fine tout effort de recherche de cette réalité pour ne pas faire offense au « peuple » réputé incapable de hausser son niveau. La démocratie serait alors, en théorie, incompatible avec toute forme de hiérarchie, ou, dit autrement, la recherche de l’excellence serait incompatible avec la recherche de l’égalité, laquelle obligerait, soit à ne pas dire la réalité, soit à ne pas la rechercher, voire même à la dénier, si nécessaire. N’est-ce pas là une des caractéristiques de l’état de nos sociétés contemporaines occidentales ? (Tocqueville l’avait déjà très largement pressenti).
La recherche de l’excellence, pour le plus grand nombre, dans la mesure des moyens intellectuels de chacun, ne me semble pas fondamentalement contradictoire avec la démocratie ; au contraire, n’est-ce-pas la seule voie permettant à la démocratie d’être socialement supérieure ? Pour y parvenir, il faudrait un enseignement visant à former et non à conformer ; programme certes irréaliste tant que l’ « école » sera sous l’emprise du « Big brother ».
Bien cordialement.
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Vous faites dire à mon texte ce que je ne dis pas. Pourtant vous relevez correctement le caractère restrictif de mon affirmation puisque vous soulignez le:
« sous cet aspect ».
Par ailleurs , l’idéal démocratique, dont à mon sens nous nous éloignons de plus en plus, est un moment, une étape du développement et de l’histoire, le « un homme, une voix » est en train de tuer l’esprit de la démocratie, il sert aux « conservateurs ploutos » et autres à augmenter leur main mise sur la société et leurs accaparements.
Mais c’est une autre histoire, pour un autre jour. Réflechissez à cette vérité que les sociologues ont mis à jour, à savoir que le système « produit » les voix démocratiques dont il a besoin pour se reproduire et durer. Je pense aux travaux de l’Ecole de Clouscard ou dans un autre registre à ceux de ceux que l’on appelé les Chinois, du groupe Tel Quel, adeptes de la révolution Culturelle.
La société civile n’est plus une donnée, contrepoids de la societé politique, elle est produite, modelée, fabriquée, par l’économie politique dominante , c’est cela qui , pour moi, invalide les pseudo démocraties actuelles. Mais je suis prudent et souvent je parle, pour être politiquement correct et peut être un peu optimiste , non pas de démocratie, mais d’idéal démocratique.
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« Ils » ont remplacé la lucidité, le discernement, la perception, et les valeurs humaines universelles par l’organisation de la perte du sens et des repères où tout est l’égal de tout, la désinformation systémique, la propagande, la manipulation et la cupidité.
Un grand merci pour votre blog, riche d’informations et d’analyses quotidiennes sur le monde tel qu’il est et non sur le monde tel qu' »ils » veulent nous le faire voir.
« En ces temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire » G.Orwell.
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