Editorial Le nouveau mur de l’argent

Draghi est revenu nous tenir des propos de Maître; il assène, il affirme avec la même détermination qu’en 2012, lors de sa prise de pouvoir par le maintenant historique « coûte que coûte ». Il ne prend même plus la peine d’argumenter. Il ne rencontre aucune résistance, aucune critique, pas une question sur l’échec du premier round de QE, sur l’échec japonais , rien sur les conséquences non voulues,  un seul leimotiv: il faut faire plus de tout ce qui échoue.

Nous défendons l’idée que dans le vieux temps, les 200 Familles tenaient la Banque de France, mais que cela c’était avant. Maintenant, ce qui a remplacé les 200 Familles, le capital sans  visage internationalisé, celui des Barons Anonymes de  la Finance tient la BCE , la Banque Centrale Européenne, comme aux USA, il tient la Fed.

Et ceux qui tiennent les banques, tiennent la monnaie. On  se trompe sur la monnaie et son pouvoir, son vrai pouvoir n’est pas Pouvoir d’Achat , cela c’était avant; non son vrai pouvoir, c’est celui de faire continuer à tourner le système ou à l’inverse de le faire se gripper. La question des inégalités que les socio-démocraties agitent depuis quelque temps, est un chiffon rouge, ils ‘en fichent et ils lacheront  dessus dès que ce sera utile,  quand  le temps sera venu, ils feront semblant de lutter contre.

Non la seule question qui importe c’est celle du Pouvoir, du Pouvoir à l’état pur, de celui de faire les lois, de fixer les règles du jeu, de celui qui peut se manifester tous azimuts, celui de faire et défaire les gouvernements,  celui de briser une classe sociale, celui de faire ou de ne pas  faire la guerre etc.
Vous avez du remarquer, « faire plus de tout ce qui échoue » est une structure, un « pattern » de nos sociétés. Nous avons expliqué il y a peu que c’était exactement le même « pattern » que l’on reproduisait dans le cadre de  la gestion des attaques  islamistes: on intensifie la guerre qui est à l’origine des attaques, alors que l’on sait que cela ne mène nullement à la solution, tant que l’on refuse la véritable action sur le terrain. Ou tant que l’on refuse la solution politique.

Pourquoi?  Pourquoi ce pattern? Parce que nous sommes dans ce que les spécialistes appellent  « un monde de constructions parallèles ». C’est à dire que l’on construit des édifices de fausses rationalités, des  édifices de choses qui ne sont pas ce qu’elles prétendent être. On donne à voir des leurres que l’on fait passer pour des évidences . Avant on appelait cela des miroirs aux alouettes, étant entendu, que les alouettes, c’est vous.
L’échec des actions engagées dans la plupart des domaines ,  n’a plus d’importance, on ne mesure plus l’efficacité des actions à leur résultat, mais à leur popularité. Et leur popularité n’a plus rien à voir avec la vérité, le débat démocratique, non elle a à voir avec la maîtrise des appareils de la fabrication des consensus populaires. Ces appareils ont la capacité d’étouffer tout ce qui gène et de monter en épingle tout ce qui sert. La machine est primaire, mais bien rodée. Peu importe au fond que ce soit Hollande ou Sarkozy,  Clinton ou n’importe quel Républicain, du moment que n’est pas Marine, Trump ou Rand Paul. Tous sont interchangeables sauf les populistes. Ce qu’il ne faut pas c’est que l’ordre soit menacé.
Si une voix discordante s’élève, elle est rejetée, même pas contrée, non car la contrer ce serait lui donner crédibilité. Non ce qui est fait est plus radical, elle est niée, nulle et non avenue, comme si elle n’avait pas existé. Ceux qui insistent sont excommuniés. Ils n’ont plus droit de Cité, ils sont interdits d’Agora, ils sont tricards sur les médias d’état. Et quasi tous sont d’état, il suffit d’avoir analysé Le figaro ou le Point ou TF1   pour s’en persuader. Nous faisons exception pour le moment pour Valeurs Actuelles qui occupe une place particulière sur l’échiquier, c’est un électron libre, mais il n’est pas très puissant.
C’est ainsi que cela se passe quotidiennement aussi bien en matière de politique économique, monétaire, que de politique tout court et maintenant de terrorisme. Analysez ce qui s’est passé avec Onfray, il a eu l’audace de penser, ce qui est son métier , aussitôt on a fait donner la troupe, on le fait maintenant passer pour un pro-fasciste!  On va bien sur faire de même avec Houllebecq.
Retenez bien ce que nous essayons de faire passer, il y a une structure sous jacente, un « pattern » au sens  de la théorie structuraliste, qui est à l’oeuvre dans nos machines sociales, et qui, pour l’instant marche.
Parce que les buts de la politique monétaire , des QE et des taux zéro, ne sont pas ceux qui sont avoués et martelés au public, ils sont:

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-de financer les dettes des états,
-de solvabiliser les banques,
-de réduire le pouvoir d’achat réels des salaires directs et indirects,
-de hausser les marges et la rentabilité du capital productif et surtout improductif.
Le but c’est de poursuivre le Grand Transfert. Pourquoi pour que le Système de Pouvoir se reproduise quasi à l’identique, mais en plus resserré, expurgé, concentré. En plus anonyme, plus lointain, plus insaisissable.
La recherche d’une inflation plus forte et d’une croissance améliorée ne sont que des moyens , tandis que les objectifs listés ci dessus sont les véritables priorités.
la question de savoir pourquoi les gouvernements et leurs oppositions politiques ne s’élèvent pas contre la politique monétaire se pose bien entendu. Pas un mot, on fait comme si cela venait d’une autre planète. C’est sacré, cela vient du ciel !
La raison de ce silence est simple: les gouvernements sont tenus par les c……s; c’est à dire par le robinet du financement, comme on l’a vu dans l’épisode de Berlusconi, dans l’épisode Grec . Le robinet du financement des déficits, du refinancement des dettes, mais surtout celui du refinancement, du « funding » de leurs banques .
Et c’est ce « funding » des banques qui est en fait le plus important. C’est ce qui explique la soumission allemande, laquelle ne fait semblant que de « couiner », contre la fin de l’orthodoxie monétaire car elle sait que la Deutsche  Bank est un colosse aux pieds d’argile.

La BCE, les gnômes, ont le pouvoir de faire tomber n’importe quel gouvernement. Comme ils feraient tomber un gouvernement conservateur de droite en France qui mettrait en oeuvre des politiques contraires à leurs intérêts.

Le mur de l’argent des années  20 et  30 , il est là; délocalisé, avec un faux nez.

 

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