Le vote Front National est utile, c’est un cri, une alarme, un tocsin.

 

Article Bruno Bertez du 7 décembre 2015

Titre : Le vote Front National est utile, c’est un cri, une alarme, un tocsin

La soirée électorale de dimanche soir, après les résultats du premier tour des Régionales en France, avait quelque chose de surréaliste. Jamais nous n’avons eu l’impression d’être dans le réel, dans un réel commenté par des gens dotés de toutes leurs facultés mentales.

Cette soirée a confirmé, si besoin en était, notre conviction que la société française a perdu tout contact avec la réalité et qu’elle est prisonnière d’une névrose. Une névrose, c’est quand on perd le contact avec la réalité, quand le discours que l’on tient sur elle est déplacé, inadapté, biaisé. La névrose fait passer la réflexion et son expression au travers d’un prisme qui ne laisse filtrer qu’un reflet déformé, faux, de ce qui constitue la réalité sous-jacente. La névrose rend inadapté, elle empêche l’adaptation, la solution des problèmes, puisqu’elle donne une vision tronquée du réel et que, précisément, cette vision fait partie intégrante du problème à résoudre. La névrose met dans une bulle, elle met le réel hors de portée. C’est un terrible constat que celui de voir la soi-disant élite prisonnière du même bocal, de la même bulle, elle ne se rend pas compte qu’à partir du moment où on se trouve dans la même prison, tenir un discours positif, ou négatif, dire une chose ou son contraire, fait toujours partie de la même attitude, on reste à l’intérieur de la prison. Celui qui marche à côté des rails du chemin de fer, est aussi prisonnier, aliéné, que celui qui roule sur les rails eux-mêmes. Ce qu’il faut, c’est inventer un autre chemin.

La seule question qui revenait comme une rengaine était: comment faire barrage au Front National!


La montée du Front n’est pourtant qu’une expression, un reflet de quelque chose de
profond, qui va s’aggravant. Ce symptôme du malaise de la société française, de sa déliquescence, de son fractionnement, de son mal à vivre ensemble, ce symptôme de la cassure radicale de la société est pris pour la cause. Le symptôme occulte la réalité. Et de tourner, de tournicoter, de bavasser. La répétition est, elle aussi, un symptôme de la névrose sociale, elle est symptôme de quelque chose, qui, faute d’être résolu, se répète en boucle. Il semble y avoir un consensus inconscient pour ne pas toucher au réel, aux causes profondes du mal français, et, ainsi, le laisser intact, sans prise aucune sur lui. Il semble y avoir une convergence inconsciente pour faire semblant de traiter les questions importantes au niveau superficiel, au niveau des signes, des discours, sans jamais pénétrer dans le vif du sujet. On ne baise plus, on se masturbe, voilà la comparaison qui nous vient à l’esprit pour tenter de faire toucher du doigt la situation française; et après, on fait semblant  de s’étonner d’être impuissant, alors que l’impuissance est contenue dans le choix… de la masturbation.

Le discours politique français est devenu obsessionnel, aussi bien du côté des médias et autres commentateurs, que du côté des soi-disant acteurs de la politique. En fait, il n’y a plus de distinction entre les acteurs, les médias, les présentateurs, les journalistes, c’est une gigantesque partouse sans pudeur: on se passe les plats, on se caresse, on s’insulte, on se tend les miroirs, on s’enfonce dans le narcissisme, sans jamais sortir du convenu. Le tout jusqu’à la nausée.

Le problème n’est pas le score, la victoire du parti lepéniste, non, surtout pas ; cela, c’est un avertissement, un avertissement utile; non, le problème c’est l’état dans lequel se trouve la société française, après cette succession calamiteuse des Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande.

D’abord, la société française est éclatée, morcelée, elle part dans tous les sens, elle est divisée.

Ensuite, elle a du mal à vivre ensemble, à se supporter, elle vit dans l’agressif et l’agression


Enfin, aucune expression politique ne permet de mettre ces malaises au centre des priorités de gestion.

Rien ne permet de faire en sorte que ce chaos existentiel soit traité au plan politique, ne trouve une expression politique, républicaine, démocratique. La superstructure politique est une inadéquation totale; et elle ne veut pas céder la place, elle ne veut pas mourir, elle ne veut pas laisser passer le neuf.

Rien n’y fait, le vieux, le pourri, ne veulent pas laisser la place, tout est fait pour que dure le monopole inadéquat et criminel. Qu’importe les drames, les vrais, tels que le chômage, l’affaissement des conditions de vie, la disparition des valeurs communes, l’insécurité, la précarité, les attaques meurtrières, les tricheries, les mensonges, l’absence de perspectives, on veut que cela dure.

Plus encore que le vote Front National, ce qui traduit le mieux l’état de la société française, c’est l’abstention, le refus de participer à la mascarade de la démocratie et de cautionner en participant au scrutin, ce que l’on considère comme inadmissible. Le vote Front National est une impasse, certes, mais l’impasse, la vraie, c’est la non-participation, la non-reconnaissance par les Français du système dans lequel les monopoles politiques voudraient les enfermer

Le vote Front National n’offre aucune perspective; pourtant, je soutiens que c’est le seul vote utile, car c’est celui qui, par sa seule existence, pointe, montre du doigt, l’inadéquation du Système actuel. Le vote Front national est un révélateur, c’est le Messager d’antan. Le vote Front National dit une chose: cela ne peut pas continuer ainsi. C’est un cri, une alarme. Cette alarme a déjà retenti lors des élections européennes, on a fait semblant, pendant un mois, de l’entendre, puis, sous la pression de la bureaucratie de Bruxelles, on a bouché les oreilles et on a fait tout le contraire de ce que les Français, par leurs votes, demandaient. Au lieu du retour en arrière, on a choisi la fuite en avant. Le résultat, on le voit dans le scrutin des Régionales.

Face à cette situation incontournable, certains, comme Juppé, cherchent encore à biaiser, ils voudraient renforcer le monopole des inadéquats, le monopole de la coalition, Centre, PS, UMP. Le monopole de l’absence d’alternative pseudo-fasciste. C’est un choix criminel, lourd de conséquence, car il favorisera encore plus la coupure, la division, le rejet, et donc la violence. Il faut que « Cela », le grand « Cela » de la révolte, du refus, puisse s’exprimer politiquement, socialement, de façon civilisée. Les gens comme Juppé veulent l’inverse, ils veulent mettre le couvercle, casser les expressions alternatives porteuses de destruction, d’abord, et de changement positifs, ensuite.

Que dire du PS, si ce n’est qu’il n’est que l’ombre de lui-même et des valeurs qu’il prétend incarner. Il nie tout ce qui avait fait sa force, sinon son intérêt, en tant que formation politique. Il succombe sous la pensée unique, sous le culte de la personnalité ou des personnalités les plus médiocres, il sacrifie son essence au maintien de son existence. Le PS a réussi à faire taire ses dissidents au prix de son suicide.

Il n’y a pas de Droite, dite Républicaine. Le choix de l’étiquette de « les Républicains » est révélateur, on met l’étiquette sur le flacon, pour cacher, pour mentir, pour tromper, pour affirmer ce qui n’est pas. Comme dans les publicités pour un petit Champagne médiocre, on ajoute: un grand Champagne. La publicité, maintenant, c’est l’affirmation de ce que l’on n’est pas, c’est la volonté de substituer une image positive à une réalité négative. Et la Droite Républicaine n’existe pas, elle est inaudible, pire, elle n’a rien à dire car Hollande fait tout ce qu’elle n’a pas eu le « courage » de faire. La Droite n’a ni analyse de la situation du pays, ni diagnostic de la problématique globale et européenne, elle glisse, comme le légendaire chien crevé au fil de l’eau. Pas un sursaut, pas un renouvellement, juste quelques petites nuances destinées à peaufiner des images pour les prochains scrutins que l’on espère encore monopolistiques.

 

 

5 réflexions sur “Le vote Front National est utile, c’est un cri, une alarme, un tocsin.

  1. Cher Monsieur, en complément de votre article et si vous le permettez, j’aimerais partager avec vos lecteurs une analyse à mon sens brillante (et complémentaire de la vôtre) concernant les dessous de la crise migratoire en cours (lien ci-après: http://www.eurocontinent.eu/2015/10/crise-migratoire-le-grand-soir-des-utopistes-europeens-masque-les-conflits-geopolitiques-du-futur/).
    Sous les prétextes d’un déclin démographique annoncé, d’une culpabilité morbide et d’une orthodoxie ultra-libérale confinant au fanatisme religieux, l’Allemagne de Merkel a complètement – pardonnez-moi l’expression – pété les plombs ! L’angélisme européiste ne nous sera d’aucun secours face aux désastres qui se profilent, pas plus que la stigmatisation du vote FN. Il est plus que temps d’en finir avec le mythe de notre culpabilité franco-française post-coloniale. Et en passant, il serait fort opportun de délocaliser nos pseudo-décideurs politiques à Roubaix !

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  2. Avis partagé, ces élections, comme les précédentes (européennes et départementales) ne sont pas des élections classiques ou normales, mais une nouvelle occasion de crier son désespoir et sa rage.

    Mais, ce matin, je me disais que les français ont toujours un train de retard. C’est il y a 15 ans, au moins, que les français auraient dû sérieusement réfléchir -ce qui ne voulait pas dire adhérer forcément ou entièrement- aux arguments avancés par Jean-Marie Le Pen. Maintenant les choses sont très compliquées, tant au plan économico-financier et social qu’au plan politique.
    Mais celui qui dit trop tôt que le chemin emprunté n’est pas le bon est presque toujours honni ; il fallait donc aller jusqu’au bout de l’illusion.

    Aujourd’hui, les solutions du FN, notamment sur l’économie, sur l’Europe, sur l’immigration ne me semblent pas tenables. Je ne crois pas que Marine Le Pen soit véritablement armée pour sortir de cet eurofascisme que nous subissons, pas plus que je ne crois qu’elle ait l’envergure pour s’opposer à l’imperium américain, si tant est qu’elle en ait même l’intention. Je ne crois pas, non plus, que nous sortirons du marasme économique dans lequel nous sommes plongés avec des solutions socialistes.
    Le FN sera, s’il accède un jour au pouvoir, notre SIRIZA et Marine Le Pen sera notre Tsipras.

    Désormais l’illusion s’est dissipée et vous avez raison, le vote FN est un cri d’alarme, de désespoir d’une partie de la population (celle qui consent encore à aller voter), qui a compris que le discours est mensonger et suicidaire. En ce sens, ce vote est utile, car il maintient une forte pression, et qui sait ce que l’Histoire nous réservera. Il évite, pour l’instant, l’explosion de violence, même si la violence sociale est quotidienne.
    Si les névrosés qui prétendent nous gouverner, y compris contre notre gré, et qui sont aussi des salauds (excusez ma grossièreté), ne comprennent pas vite la gravité de la situation, et manifestement ils ne sont pas en capacité de remettre en cause le carcan qui leur garantit des privilèges, nous allons glisser soit vers une dictature dite républicaine, soit vers une insurrection.
    Vous aviez raison dans un article d’hier ou d’avant-hier quand vous affirmiez que la classe politique au pouvoir veut éliminer une partie de la population française, sinon comment comprendre qu’elle puisse toujours insulter un tiers des électeurs ? En démocratie, ça dépasse l’entendement, mais il est vrai que nous ne sommes plus en démocratie depuis assez longtemps.

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    1. Vous touchez du doigt le problème de fond du changement en Europe quand vous évoquez la référence à la Grèce. La politique ne suffit plus car l’europe est une construction originale, d’un troisième type qui n’ a jamais été étudié.
      L’europe est originale en ce sens qu’elle a été construite et qu’elle est gérée par une bureaucratie délocalisée, non élue, non responsable devant qui que ce soit, et cette bureaucratie a des moyens des budgets considérables, des capacités de propagande uniques et qui plus est elle nous a dépossédé du bien commun, la monnaie. La BCE est une bureaucratie technicienne. C’est une classe sociale en elle même, un concentré de classe sociale, et comme elle détient les clefs des ressources, les clefs de la fabrication des lois, alors les politiques, les mutations politiques échouent. C’est la le fond du problème. Et cette bureaucratie s’alliera avec les bureaucraties nationales en cas de révolte politiques nationales pour provoquer le chaos et faire échouer toute tentative de changement. Le changement pacifique, pour moi, est devenu impossible. Je n’ose aller jusqu’au bout de ma logique et de mon raisonnement car je vais me faire épingler par les lois scélérates dites anti-terroristes.

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